N iv. lé' W m^ i m M â; KM' ■:!^Bl p. ,^-3 ^HNDVYORKBOTANICALGARPj L'ILLUSTRATION HORTICOLE REVUE MENSUELLE DES SERRES ET DÈS JARDINS COMPRENANT LA FIGURE, LA DESCRIPTION, L'HISTOIRE ET LA CULTURE DES PLANTES LES PLUS REMARQUABLES, LES INTRODUCTIONS NOUVELLES; LA CHRONIQUE HORTICOLE, LES VOYAGES BOTANIQUES, LE COMPTE-RENDU DES GRANDES EXPOSITIONS ET DES OUVRAGES NOUVEAUX SUR LA BOTANIQUE ET L'HORTICULTURE, ETC., ETC.; publiée sous la direction de J. L I N D E N et rédige'e par ED. ANDRÉ AVEC LA COLLABORATION DE PLUSIEURS BOTANISTES ET HORTICULTEURS Vingtième Volume, (OU QUATRIÈME DE LA TROISIÈME SÉRIE.) GAND. 1873. VT Le dépôt exigé par la loi a été lait. ADDENDA et ERRATA L'ILLUSTRATION HORTICOLE 1873. (La dillicullé Je corriger à temps les épreuves, a amené cette amiée un assez grand nombrr d'erreurs typographiques. Nous engageons nos lecteurs à les rectifier eux-mêmes sur leur exemplaire au moyen de la liste ci-jointe.) Page 22, avant dernière ligi lie, lisez MM. Benlliani et Muellcr. pour leur F\nra australieni - 25, ligne 21, au lieu de coiitesture, lisej : cojiteiture. — 23, — 24, — fleurs — fleurs. - 27, — 26, — dcvolitcs — dévolus. — 59, — 23, — par — pour. — 40, — 29, — Lanlnrel — Lautaret. — 31, — 12, — accoinodri- — accommoder. — 31, — 50, — Le Berrioys — Le Berrynis. — 32. — 3, — tuent — tne. — 52, — 6, — ait — eut. - 32, — «, — tout — tant. — 52, — 51, — Drumondi cl Arjrostema lisez Drirmmoiidi et Agi-nstemmu. — 55, — 9, — Winte lisez Win 1er. — 53, — 43, — iipplati — aplati. — 34, — 14,13 ,16,— il — elle. — 34, — 40, — Nuheman — Nuncham. - 33, — 1, — Hannencourl — Hannencourl . — 35, — 3, — piàches vertes — mùclie verte. — 33, — 7, — npplati — aplati. — 67, — 3, — Soolg, — Sooli/. — '72, — 17, — nommée — éludiée. — 96, — 23, — Gusmannia — Caraguata. — 100, — 51, — sphagmum — sphagnmn . - 102, — 18, — eucore — encore. — 107, — 10, — obliquus — obliqumn. -107, — 17, — cripitatus — capilatmn. — 115. — 16, — le — la. -121, — 3, — nomme — étudié. -121, — 10, — possédo7is — possédions. — 121, — 27, — Dcne — Bunr/e. — 122, — 14, — vente — ventes. — 124, — 13, après in ajoutez Brasilia. — 141, — 13, au lieu de natif lisez native. — 141, — 33, — mycrologic — mycologie. Pane liO, lia, 148, loi, ISl, loi, im, 157, 158, 158, 160, 168, 171, 174, 174, 176, 176, ■179, 179, 180, ■ 181, ■ 183, - 184, ■189. ■192, ■ 19-2, ■194, ■194, ■195, ■ 195, ■ 196, 196, • 197, 198, 198, ■ 200, ■205, ■206, ■209, -211, ■221. - 221 - 221 -221, ■223, ■223, ■223, - 223, ligne 25, au lieu de hnliricatliis lisez imhricatis. après la llync 30, ajoutez syn. P. lepidola. Regel, Garlen/l,, 1873, oclobre. ligne 13, — 36. — — 37, — — 34, - — 31, — — 23, - — 53, — 26 c)3 lieu de Fraisiers — Dion — Peperonia — Clyanlhus — publions — satiyvrum — Daphno Glascow Chaton Walp. après — 22, au lieu de musaïca — i, - — 7, - — 7, — — 26 et 33, - 9 _ — 42 et 48, - — 53, — — 17, — 21. lisez Fraises. — Dioon . — Peperomia. — Clinnllius. — puhlirrons. — setigerum. — Daphné. — Glasgow. — Chaton. ajoute/. Annales. lisez musaica. du Figuier de l'Inde, lisez de l'Opuntia. à cochenille répandue Jaquinia rédigé Jameson moins lisez vulgaire. — répandu. — Jacquinia. — rédigée. — Jatniesoti. — mous. — connu. ■ oi, — ■ 41, - • 46, - ■ 45, — • 47, — - I, - ■ 18, — - 12, — 43et44, — - 25, - ■ 18, — 37, - ■ 20, — Tydœa Lindeni. Regel (fide J. Linden), lisez Tgdœa Lindeni, Re^el, Cartenpiira, 18G8, PI. 589. — Oncidium dubium{'^), Ed. A., lisez Oncidiumtriguctrum,R. Brown. attribué lisez appliqué. 39. — 8, - 29, — 16, — 16, supprimez peu. 39, au lieu de qu'il Humée textile — stroobiles — observées; nous — Or, en — excellent — le — Arborelrum — exceptis — de — eotmaissions — découvert — Zeivheri — Gorvcniana, — du — Pinetrum — plau — Nous. a, 39, 39, 7, 7, 9, 16, brûlants vulgarc Milt. Comanchica Hegel MinncHsota iiiamorhiza Ramie. insignis. strobilcs. observées En. excellente. les. Arboretum. sed. du vntinaissons retrouvé. Xegheri. Goweniana. de. Pinctum. plan. qui. brûlantes. l'iilgaris. M'ai. Camanchica. Higelow. Minnesota. macrorhizn. L'ILLUSTRATION HORTICOLE. CHRONIQUE HORTICOLE. 1" janvier 1873. Les Roses nouvelles pour 1873. — Nous avons reçu de M. J. Sisley, de Lyon, communication de la liste suivante, qui rend compte des obten- tions nouvelles de l'année dernière à Lyon dans le genre Rosier. NouveUes variétés de Roses, obtenues à Lyon et mises au commerce en novembre 1873. Ohtenlnirs. Amazone. — Thé. — Jaune foncé Dccher. Anna Ollivicr. — Tlié. — Rose carné » Antoine AlUon. — Hyliriile remontaule. — Rouge cerise D.uiaizin. Belle des Jardins. — Provins. — Pourpré strié, blanc Glillot fils. Boiiqiict d'or. — Noiselte. — Jaune foncé Ducher. Marie Aecurij. — Noiselte. — Blanc Glillot fils. Mademoiselle Fernando de la Forest. — Hybride remontante. — Rose. . . Damaizi.n. — Marie Arnaiid. — Thé. — Jaune Levet. — — Cointct. — Hybride remontante. — Rose Glillot fils. Madame Chavcrct. — Thé. — Jaune Levet. — Docteur Jutlé. — Thé. — Jaune » — François Jamin. — Thé. — Jaune » — Lacliarme. — Hybride remontante. — Blanc F Lacharme. — Marins Cote. — Hybride remontante. — Rouge clair Guillot fils. Monsieur Henry Bennett. — Thé. — Rose clair Levet. — Claude Levet. — Hybride remontante. — Groseille » — Pierre Selelzsky. — Hybride remontante. — Pourpre » Ma Surprise. — Microphylla blanc. — Nuancé rose Glillot fils. Marcellin Roda. — Thé. — Blanc, fond jaune Ducher. Mont Rosa. — Thé. — Saumon » Perle de Lyon. — Thé. — Jaune foncé « •~ — des Blanehcs. — Noisette. — Blauc pur F. Lacharme. O en tome XX. — 1" janvier 1873. i OC > — 6 — Oblcntctirf. llcinc VUlui'ia. — lie Bourbon. — Koso vif J- ScHWAtiT?,. Souvenir de la Diielicssc Amclie. — Hybride romoiitantp. — Pourpro fircnal. LuBAin. T/ié à Bouquet. — Thé. — Itl.iiic strié rouge » Vtillee (le Chamonix. — TIk". — Cuivré DfCHER. Pour épargner les frais de transport et (remhallai.'e on peut s'adresser :i un «eul de* oblenteurs. Les Hebeclinium urolepis et Ageratum Lasseauxii. — A propos de l'article que iidus avons publié, page 280 de rannëe dcniiére, sur ces deux plantes, un de nos correspondants nous fait deux observations, dont nous devons nous occuper ici. La première est relative à Y Hebeclinium urolepis, dont nous n'avions pas nommé l'introducteur. C'est au regretté M. Lasseaux, qui en avait récolté des graines dans l'Uruguay, que l'on doit cette belle et curieuse plante. Nous appelons de nouveau sur son compte l'attention de nos lecteurs, qui en trouveront des graines chez ^IM. Vilmorin, à Paris. La seconde observation se rapporte îi VA(ieralum Lasseauxii, Carr. On prétend que la plante n'est autre chose que VEupatorium serratum de Sprengel (Syst. 3, p. 415), également rapportée de Montevideo par M. Lasseaux. Nous pensons que cette assertion est quelque peu hasardée et nous attendrons la végétation prochaine de la plante pour nous prononcer à cet égard. La description de Sprengel est écourtéo et fort peu décisive sur ce point. Plu- sieurs des caractères de la plante lui faisaient défaut. Voici d'ailleurs la traduction du passage du Prodronms sur l'espèce : " Plante frutescente, rameaux....? feuilles opposées subpétiolées linéaires lancéolées étroitement dentées en scie tomenteuses en dessous, panicule terminale à rameaux diva- riqués, capitules pauciflores, involucre imbriqué ou presque simple, à séries peu nombreuses. Le reste est inconnu. » Est-ce là un ensemble suffisant de caractères pour reconnaître l'espèce que M. Carrière a womméQ A. Lasseauxi"? Nous ne le croyons pas, d'autant plus que plusieurs des caractères indiqués . plus haut sont communs à d'autres Eupatoires. Jusqu'à plus ample informé, nous tiendrons donc l'espèce pour bonne; il n'y aurait que sur l'exactitude du genre qu'il faudrait disserter, après avoir étudié de nouveau les fleurs et les achahies. Une plante qui vaut son pesant d''or. — Un journaliste racontait dernièrement que ces mots : il vaut son pesant d'or, ramenés à leur expres- sion littérale, représentent une idée dont on ne soupçonne pas le côté exact. Ainsi, il prouvait que l'or valant 3000 à 3500 francs le kilog. suivant la pureté, une femme ordinaire qui vaudrait son pesant d'or représenterait une valeur de 180,000 à 210,000 francs, ce qui serait énorme ou fort peu, suivant le point de vue où l'on se placerait. Dernièrement on a pu se livrer à un calcul analogue, mais plus correct, à l'endroit de quelques Orchidées rares. Ainsi on a constaté, à l'une des dernières ventes faites à Londres par le commissaire-priseur Stevens, qu'un Masdevallia Veitchi avait été vendu plus que son pesant d'or, y com- pris le pot. C'est M. Bateman qui faisait cette communication la semaine suivante à South-Kensington. Ajoutons qu'une autre espèce, le beau Mas- devaUia Lindeiii, dépasse ce cliiffre élevé et qu'une plante portant quelques feuilles deux fois longues comme le doigt a été vendue dernièrement, par M. Linden, 40 guinées (1050 francs). Ce sont là des prix élevés auquels n'atteignent guère que les plantes nouvelles. Nous étonnerions bien nos lecteurs en leur disant combien ces chiffres sont dépassés encore par le prix auquel reviennent à l'introducteur les premiers spécimens de nou- veautés importées vivantes et- qui imposent de si lourds sacrifices avant d'arriver à être mises au commerce. Le Cercle horticole lyonnais. — Le bureau de cette jeune et vaillante association nous prie de faire savoir qu'elle invite tous les horti- culteurs à envoyer leurs catalogues, qui figureront sur la table de la bibliothèque du Cercle. On est prié d'adresser les envois à M. J. Sislej, secrétaire-général, rue S'-Maurice, 1, Montplaisir, Lyon. Le Ficus Chauvieri. — Sous ce nom, nous avons reçu il y a environ huit ans, à Paris, au fleuriste de la Muette, que nous dirigions alors, une prétendue nouvelle espèce de Ficus qui s'est depuis répandue à profusion dans les cultures parisiennes comme plante d'appartement. Personne ne de- manda l'origine de cette plante et n'en contesta l'appellation. Or, nous venons de la retrouver dans la grande serre de Kew (Angleterre), représentée par un fort et vieux pied, étiqueté avec raison Ficus Bengalensis (ou Figuier des Banyans). Qui donc, parmi les horticulteurs, a eu si peu de vergogne que de rebaptiser ainsi une vieille plante, confiant dans la crédulité de ses confrères et exploitant ainsi le bénévole public? Il ne serait peut être pas inutile de le dévoiler. Douceur de Phiver 1872-73. — La température de l'Europe moyenne reste d'une douceur tout-à-fait inusitée cet hiver. Nous venons de voir des Amandiers et des Pêchers en fleur, en Berry ; les Jasminum nudiflorum, Lonicera Standishi, {rayrantissima, les Daphne, Nardosmia jra- (jrans, Crocus, Violettes, Pervenches, Giroflées, Primevères, s'épanouissent partout, et l'on a vu des Narcisses prêts à fleurir. Nous voici revenus à l'hiver de 1822, où il gela à peine, et qui fut suivi d'une vendange au mois d'août. Qui sait ce que sont les résultats de cette température algérienne? Ed. André. — 8 — PL CXII. DIEFFENBACIIIA LATIMACULATA, mmumu. oieffenbachie a larges macules. Aroïdées. ÉTYMOLOGIE et CARACTÈRES GËNËRIQUES : Voir lllustrathn horticoh', 1870, p. 57. CARACTÈRES SPECIFIQUES : glabra; catilis creclus, robuslus, cicatrisatiis; folin palonli- decunil)L'ntia longe pcliolata peliolo b.isi brcvitcr ainploxantc canaliculalo inargiiiihus lamollalis convolulis scabris, lamina pcrganionca iiniliilata ovalo-obloiiga laiicoolata basi oblusa, mucronc apicali conlorlo, costa supeine bauci proniincnte viridi i)allide slriata, nervis laloralibus plii- riniis inipressis, paf;ina supcina atroviriilis nitens niacnlis sparsis niaynis lulois ad apicem nuini'iosiorlbiis conspersa , subliis ]ialli(lior co.sla venisquc sublcrctibus. Brasilia. Raraquiii, 1^07. — Ad viviim descripsi iii liorto Liiidcnlano (iandavensi. — Eu. A. Dieffenbachia latimaculata, Lind. et And. Sp. nov. Nous sommes loin d'avoir épuisé la série des plantes de ce genre intro- duites depuis quelques années dans les serres de M. Linden. Cette abon- dance est presque incroyable. Dans les mêmes parages, autrefois illustrés par les découvertes de célèbres voyageurs, on moissonne aujourd'hui des espèces cent fois plus belles et qui viennent par douzaines enrichir nos serres chaudes. Le grand historien des Aroïdées, Schott lui-même, qui avait réuni avec tant d'ardeur et de persévérance cette admirable collection de Schonbrunn, où nombre d'espèces inédites attendent encore leur des- cripteur, serait stupéfait de voir arriver par douzaines ces Dieffenbachies aux larges feuillages tigrés qui reçoivent de l'amateur un si chaleureux accueil. En effet, nous n'aurions qu'à citer les D. (lignntea, Wnllisi, ]J'eiri, Verschaffelli, impevialis, Bausei, Bowmanni, Baraquiniana, pour montrer de combien sont dépassées en beauté les rares espèces autrefois connues dans les serres ou dans les herbiers. L'espèce dont nous publions aujourd'hui le portrait a été découverte au Brésil sur les bords de l'Amazone par ce pauvre Baraquin, dont nous racontions dernièrement la fin tragique. Il l'envo^'a en Europe en 1869, une année après le D. impevialis, et M. Linden ne la met au commerce que cette année. La plante est vigoureuse, à tige dressée, verte, mais à feuilles étalées retombantes tout autour. Le pétiole est long, arrondi canaliculé, à bords supérieurs anguleux scabres, puis lamelle convoluté sur sa moitié infé- rieure. Le limbe, de consistance parcheminée, peu épaisse, à surface ondulée, est ovale, à base obtuse, à mucron tordu oblique au sommet; la — 10 — PI. CXIll. ODONTOGLOSSU)! yEXILLAlUi:M, iituiiENBiui ms ODONTOGLOSSE FORTE-ÉTENDARD^ Orchidées. ÉTYMOLOGIE ET CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir llhisl, hwt., IHTd, p. 111. CARACTÈRES SPÉCII'IOl'KS : pscmlohulhi liiic:iri-lij;iiliiti dipliyHi ; fvlia liiipaii-ligulata acula ; pcdmiciili pauoi, ail sexiluri ; hi-nitcœ Iriangulie niiiiut;o ; scpnUi ohlonyo ligulala apioii- lata;/«(«/™ laliora obtiisa; lalicUnm basi anguslalum sagitlatum deiii rx|iaiisiiiii in laniinani amplam flabellatum cmarginalo-bilobam, caiinis quinis abruplis brovissiinis in basi, liiiea veiniiulosa utriiiqiie in basi: columna brcvis alis angusli.ssimis (Rciiu. f.). — Crcseit in Cordi- liora occidoiUali Nova'-Gianata;. Od. vexillarium, H. G. Reicuu. In Gurikncrs Chroiiidc, I8G7, p. iiol.il 1872, p. GG7. Quand pour la première fois cette splendidc espèce arriva en échantillons secs entre les mains de M. J. Linden, il y vit avec admiration une des mer- veilles du genre, un trésor pour nos serres à Orchidées froides, et il n'eut plus de cesse jusqu'à ce qu'il eût obtenu son introduction à l'état vivant. Plusieurs tentatives restèrent infructueuses, mais, grâce à Dieu, de récents envois sont arrivés chez lui en parfaite santé et les amateurs pourront jouir bientôt de sa superbe floraison. De son coté M. Reichenbach fils, en décri- vant l'espèce en 1867 sur une seule fleur sèche, qu'on lui avait confiée avec le plus grand secret, ne se montrait pas moins enthousiaste. C'est sur les versants froids de la Cordillère occidentale des Andes de la Nouvelle- Grenade qu'a été trouvé YOd. vexillariiun, auquel ce nom de porte-étendard convient si bien d'après le limbe, plane et étalé, d'un ton rose charmant, de son vaste labelle. La plante, que nous venons d'observer ad vivum chez M. Linden, est de taille peu élevée; ses pseudobulbes sont très comprimés, ovales amincis des deux côtés en lame de sabre, et portent une ou deux feuilles courtes, au moins sur les plantes observées. Ces feuilles sont ovales lancéolées aiguës, condupliquées, d'un vert doux bleuâtre ou glaucescent finement strié et comme couvert d'une (leur ou pruinosité légère; leur sommet est oblique- ment mucroné. Les fleurs, disposées en épis pluriflores, ont leurs sépales blancs ligules aigus; leurs pétales sont beaucoup plus larges, obtus et roses. Mais le plus bel attrait de ces fleurs est le labelle, d'un rose charmant, d'une largeur exceptionnelle, étalé plane, profondément échancré bilobé et dont la planche ci-contre donne une idée fidèle ; il est sagitté ix la base rétrécie et blanche, — 11 — orné d'ur.e carène double, saillante, aiguë à la base; colonne courte et sans appendices ailés. Voilà une de ces plantes à sensation qui sont destinées à une grande faveur, surtout chez nos voisins d'Outre-Manclie, et dont les prochaines exhibitions florales montreront bientôt les rares beautés. Depuis la publication de la première notice sur cette belle espèce par M. Reichenbach, de nouveaux détails ont été consignés par lui dans le Gurdeners Chronicle (1872, p. 667). Des échantillons secs, mais bien pré- parés, sont arrivés en Europe, et ont permis de bien étudier la plante en attendant qu'elle fleurisse dans nos serres, ce qui ne tardera guères. Elle peut l'ivaliser avec les plus beaux Pluilœnopsis, et ce n'est pas peu dire. Quelques fleurs, indépendamment du blanc teinté de rose, ont montré une ligne purpurine sur les sépales latéi'aux. Une si belle espèce est faite pour tenter au plus haut degré les botanistes collecteurs. Aussi de toutes parts a-t-on envoyé à. sa recherche, et le résul- tat malheureusement est qu'on en a détruit des milliers d'exemplaires pour en introduire quelques-uns vivants. Cependant ce qui paraissait une impos- sibilité est devenu fait accompli, et les botanistes pessimistes qui pronos- tiquaient que tous les envois d'Od. vexillarium arriveraient morts se sont trompés, à notre grand contentement. Le premier qui parait avoir découvert la plante serait feu Bowman ; Warscewicz avait passé à côté sans la voir. Les premiers échantillons secs ïnreni prêtés à M. Stuart Lovv, de Upper Clapton, Londres, et commu- niqués à M. Reichenbach. Une première fois, M. Wallis eu avait envoyé quelques sujets vivants à M. Linden, qui en reçut plus tard de M. Roezl un envoi complet mais arrivé pourri, jusqu'à ce qu'enfin lui parvinrent les plantes en pleine santé dont nous parlions tout à l'heure et qui permettront à M. Linden de bientôt les répandre. On voit que certaines espèces végé- tales ont une véritable Odyssée et que les amateurs ne sauraient assez reconnaître les peines, les dangers, les déceptions, les difficultés de toute sorte qui sont le lot des introducteurs de plantes nouvelles. Ed. a. CULTURE. Même culture que celle de l'Odonloglossum cristatum, p. 115, 1870, et 1869, planche 609, à l'article Od. triumphans. 12 — PI. CXIV. IMMLODENDUON DAGIIENSE, umun n uhhl PHILODENDRON DU RIO-DAGUA. Aroïdéus. Nous l'envoyons nos lecteurs li la planche lAXIX et au loxle de la pa^c lOi île l'année 1871 • Exploration scientifique en Australie. — Le gouvernement d'Adélaïde (Australie) vient de décider qu'une expédition allait partir pour les contrées encore inexplorées, situées entre Central Mount Stuart et la côte occidentale. Le major Warbuton en est le commandant. Les spécimens d'histoire naturelle, botaniques surtout, seront recueillis et classés par M. Berry. La caravane partira de Beltaua, et suivra la même route que l'infortuné Leichardt. Trois chameaux seront spécialement aff'ectés au transport des collections botaniques. Un nouveau fébrifuge. — Un pharmacien de Saint-Lô. (Manche), M. Gustave Doray, a communiqué dernièrement à l'Académie de Médecine de Paris une notice sur les propriétés fébrifuges d'un végétal très commun, le Laurier sauce ou d'Apollon (Laurus nobilis). Si les faits allégués dans ce TOME XX. — FÉVRIER 1873. - 22 - travail sont trouvés exacts, le Quinquina aura trouvé là un concurrent redoutable jjar son bon marché. Encore le Phylloxéra. — On cherche activement le remède au fléau. S'il n'est pas découvert, ce n'est certes pas faute d'inventions plus ou moins ingénieuses. M. le marquis du Planty vient de proposer, sous le nom (ÏApntliophijte («, privatif; ^afo;, maladie, çulm, plante), un liquide formé par la désulfuration du Caoutchouc, et contenant des substances alcalines, du soufre, une matière grasse, qui fait merveille, dit-il, contre le puceron du Rosier. Il en infère que le PhijUoxera doit succomber à ce traitement. Mais où sont les essais en grand, quel est le prix de revient, etc., etc.? Le problème n'est pas encore résolu, tant s'en faut.' Le Loranthus europaeus sur le Chêne. — Cette curieuse plante parasite a été semée avec succès récemment sur le Chêne commun par M. JMoore, au Jardin botanique de Dublin, qui en a fait l'objet d'une très intéressante communication à la Société royale de cette ville. En rendant compte de ses essais en ce genre avec le Gui et le Loranthus, le docteur Moore a présenté de judicieuses observations qui concordent précisément avec celles que nous avons faites depuis l'année dernière en semant des graines de Gui sur des Pommiers. Nos expériences seront prochainement publiées ici avec des dessins à l'appui. M. Moore ajoute à ce fait l'énumé- ration des autres végétaux parasites ou faux-parasites qu'il cultive à Glasnevin : Ovobanche Hederœ, sur le Lierre; Orobanche minor, sur le Trifo- liiim medmm; Lathrœa squamaria, sur différentes racines d'arbres et six espèces de Cuscutes. Des essais sur les Monotropa hypopijtis et Neottia nidus avis sont restés jusqu'ici sans succès. Ajoutons à ces renseignements que notre confrère M. Verlot, chef de l'Ecole de botanique du Muséum, cultive très bien depuis plusieurs années ces mêmes parasites et plusieurs autres espèces d'Orobanches et de Thesium. L.''hiver 1872-1873. — La douceur exceptionnelle de température que nous avons eue ces temps derniers continue sans interruption. Tous les jardins sont en fleurs ; le froid semble avoir honte de se montrer après ses ravages de l'année passée, et les horticulteurs ne s'en plaignent guère. En revanche, la pluie tombe sans cesse; les inondations sont générales, en Angleterre, en Belgique, en France. Nous venons de voir les Flandres sous l'eau, l'Ardenne roulant des torrents dévastateurs, la Meuse noyant la ville basse à Namur, et à quelques jours de là, la Loire, la Seine, le Cher, la Garonne, exerçant leurs ravages sur leurs rives. Ni le bien, ni le mal ne sont complets ici bas, et une certaine pondération se fait toujours dans la nature après les écarts inusités : les grandes pluies après la séche- resse, le chaud après le froid. On nous dit qu'en Angleterre, dans le Stirlingshire, il est tombé en 1872 plus de 48 pouces (1 mètre 20] d'eau en 203 jours! Si l'on ajoutait à ce total la hauteur d'eau de l'hiver actuel depuis le ;?1 décembre, on aurait une hauteur extraordinaire au pluviomètre. Nécrologie. — M. Bowman, botaniste-collecteur en Australie, qui a rendu de si grands services par ses découvertes au baron von Muller et à M. Bentham pour sa Flora australis, vient de mourir. Il avait le premier trouvé le beau Palmier australien nommé Plychosperma Alexandrœ. Ed. André. 23 PI. GXV. YUCCA BACCATÂ, mrev. YUCCA A BAIES. LiLIACÉES. ÊTYMOLOGIE : Le nom do Yucca est donné à tes piaules par les indigènes de S'-Domingue. CARACTERES GÉNÉRIQUES : Voir Endlicher, Gen. PL — Kunth, Eiium. Plant. IV. p. 268. C.\R.\CTÉRES SPÉCII>"IQUES : tnincus erectus, rugosus, pedalis et ullra ; folia in caudicis apice conferla erecla Ijreviter ensiforniia fibiosa lexlilia, apice pungentia, niarginibus scabris schidigeris aibo- vel rufo-lineatis; flores paniculati pedioellali; pcrigoiiiuin 6-pliylkini cuiolli- iium tulipit'orine post aiitliesii] deflcxuin persislens ; capsula Iriloculaiis ovalo-conica vel cylindrica rustrala. pulposa, edulis, Musœ sinensis baccani forma et magnitudine referons. — Crescit in Novo-Mexico, Utah et Arizona. Fructus niaturos crudos aut juniorcs coclos edunt indigena". — M naturam vivam in horto Lindeniauo descripsi. — Ed. A. Yucca baccata, Torrey, Ayriculliiral report on Norlh-Aincrica, p. 418. L'aspect de ce nouveau Yucca est des plus curieux. Les échantillons vivants que nous avons vus et qui ont été récemment introduits (1872) chez M. Linden, présentent des feuilles courtes, non ornées par des fils blancs frisés comme les Yucca filamentosa ou albo-spica, mais bordées de véritables copeaux élargis comme dans XAgave schidigera et de plus épineux. La plante est caulescente et rappelle le port des Y. conuita ou Treculeana par sa rigidité et sa contesture, plutôt qu'une espèce de la section des aloefolia. Elle montre des feuilles dressées, courtes, robustes, ensiformes, aiguës, piquantes, canaliculées, coriaces et fibreuses, bordées des copeaux spinescents dont nous avons parlé et qui lui ont valu de la part des Américains le nom de Spatiish bayonel. Aux fleurs paniculées et peu nombreuses qui n'offrent rien, dit-on, de différent avec les autres espèces, et que d'ailleurs nous n'avons pas vues, succèdent des fruits capsulaires comme dans tous les Yuccas, mais d'aspect et de consistance charnus, de manière à ressembler très exactement à une baie ou à une Banane nuire. De là le nom de baccata, donné par Torrey à l'espèce qu'il a créée. Les indigènes de l'Arizona, de l'Utah, du Nouveau-Mexique, patrie du }'. baccata, le nomment Banana. On ne compte guère au-dessus de six fruits mûrs sur chaque panicule. Quant ils arrivent à maturité, ils ressemblent tout-à-fait, même par leur couleur paille, à une Banane. Ils sont d'une nature pulpeuse, douce et sucrée, et contiennent de grosses graines noires. Les Indiens en sont très friands, les font sécher et s'en servent comme nourriture hivernale. On raconte que les troupes américaines, en expédition chez les Indiens Apaches, en recueillirent une fois une grande quantité et — 24 — que leur saveur sucrée les fit apprécier par les soldats. Mais de Inntrteinps ceux qui eu avaient mangé n'eurent besoin ni d'huile de Ricin ni d'autres purgatifs, car les propriétés cathartiques du Y. bnccuta sont très marquées. On rôtit aussi les jeunes fruits comme les Bananes, et même les boutons iloraux non épanouis, mais ce dernier aliment serait peu apprécié des Européens. Les feuilles produisent des fibres longues et très résistantes, un peu grossières, mais très durables. On les prépare, soit en les faisant sécher et séparant la pulpe desséchée par le battage, soit en les immergeant dans l'eau qui fait pourrir la matière pulpeuse. Les collecteurs qui ont découvert le Y. baccnln disent qu'ils l'ont trouvé croissant dans les sols les plus pauvres, et l'altitude où il croit naturelle- ment nous permet d'inférer que la plante sera rustique sous nos climats, bien que sa latitude soit celle de l'Algérie. Nous n'espérons pas beaucoup voir les marchands de comestibles en renom, Chevet à Paris, ou Solomon à Londres, exposer à la curiosité des gastronomes les baies de ce Yucca en guise de Bananes, et nous trouverions que le résultat serait déjà grand, si nous amenions cette curieuse plante à végéter convenablement, fleurir et fructifier. Pour peu que le fameux insecte fécondateur des Yuccas, le Pronuba ijuccasella, soit introduit d'Amé- rique avec la plante, logé dans quelque baie sous sa forme de larve, nous pouvons espérer ce résultat. Et l'on ne songe pas assez que sur to^t le littoral méditerranéen les Yuccas mûrissent fort bien leurs fruits, même et surtout les espèces dites de serre dans nos climats froids, le Yucca alocfolUi et ses variétés, par exemple. La culture du Yucca baccata n'oflrira aucune difliculté. On fera bien de rentrer provisoirement la plante en orangerie jusqu'à ce qu'elle soit assez répandue pour être essayée en plein air. Les jeunes pieds ne se caracté- riseront qu'après quelques années. Ce fait arrive dans d'autres espèces, le Yucca TiTculeuna, par exemple, dont les jeunes semis restent longtemps tortus, inégaux, chétifs, avant de se bien caractériser. Eu. André. - 25 PI. CXVII-CXVIII. MASDEVALLIA CHIM/ERA, REiciioBAcn fils. masdevallia chimère. Orchidées. ÉTYMOLOGIE el CAR.\CTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir Illuslration horticole, 1870, p. 226. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : perigonium exlerimin alte .ipertum; scpala libéra in caudas clongatas iiitegcrrimas aliruple atleiiuata, celcrum fimbriala, tola superficie interna hispida ; pelala abbreviata cuneato-obloiiga, apice tetraptera; rallus verrucosus inter laminas inclusus ; lahellum oblongum saccaluni Cypripcdii, linibis lateralibus introrsis denlatis, limbo antico emarginato, nervis nervulisque inlus carinatis; columnaî aiidroclinium acutum limbatum. — >ova-Grauata, 1872. Masdevallia chimsera, H. Rcich. in Gardeners Chronide, 1872, p. 165. Rien n'est mieux justifié que l'appellation étrange et mythologique appliquée par M. Reichenbach à cette curieuse espèce. Au dire des poètes antiques, la Chimère, monstre fabuleux, qui était née en Lycie des amours de Typhon et d'Echidna, réunissait la tète d'un lion, la queue d'un dragon, le corps d'une chèvre et vomissait des tourbillons de flammes. Toutes ces bizarreries de construction anatomique, dont l'imagination des anciens avait fait la personnification de l'un des sommets du mont Tragus, en Lycie, donnent l'idée de la curieuse conformation de l'Orchidée que le savant orchidographe a appelée Chimère. Les feuilles, longues de 35 centimètres, sont cunéiformes oblongues, et les hampes, au lieu d'être simplement uni- ou biflores, portent jusqu'à cinq Heurs à la fois. Ces fieurs sont jaunes, tapissées à l'intérieur de poils noirs, et le labelle est couleur d'or. Nulle autre espèce du genre ne peut lui être comparée. Ces étranges fleurs, avec leurs longs appendices filiformes sur- montant le périanthe bien ouvert, leur barbe intérieure et les quatre ailes des pétales inclus, sont destinées au plus grand succès parmi les amateurs de Masdevallia. On doit la découverte du M. chimmra à M. Roezl, qui l'a trouvé dans quelque gorge profonde de la Nouvelle-Grenade; il a été envoyé vivant depuis, en 1872, à M. Linden, dans les serres de qui nous l'avons observé récemment. Ed. André. CULTURE. Même culture, en serre froide aérée, que les Odontoglotnum. Arrosements copieux et place près du vitrage. — 20 PI. rxix. CAMELLIA DON CAULOS FKRDINANDO. Ternstrcemiacées. FiTYMOI.OCIE et CAUACTÈRES GÉNÉRIQUES cl Sr'l'XIKIQlES : Voir ///«s/;-, hortic. 1801, l. VIII, p. 306, ctr. CARACTERES DE LA VARIETE : Le C. Don Carlos Ferdinando, semis portugais, est caractérisé par des fleurs très grandes, d'une imbrication parfaite, à pétales obtus à peine émarginés, disposés en zones rayonnantes, d"un beau rouge sang artériel, inclinant au carmin et çà et là tachés à la pointe d'une touche blanc pur. CULTURE DES CAMELLIAS (Siite). Vers la fin de l'hiver, les boutons à fleurs qu'on aura laissés se développer en liberté, et qui ont accompli, dans un repos apparent, les phénomènes qui doivent les conduire à l'épanouissement de la fleur splendide dont ils sont le rudiment, se gonflent; les écailles qui les recouvrent sont prêtes à s'échapper; la fleuraison est imminente. Il arrive souvent que ces boutons se sont développés trop abondamment à l'aisselle des feuilles et au sommet des tiges; ils se gênent mutuellement, se détachent et tombent avant de s'épanouir. Le remède est facile si l'on sait à temps retrancher, éclaircir dans les paquets de boutons trop nombreux. M. De Jonghe conseille de couper ces boutons par le milieu au lieu de les détacher avec l'ongle au risque d'enlever le bouton à bois situé ù la base. C'est un bon moyen; la partie restante du bouton se dessèche peu à peu et tombe bientôt d'elle- même sans entraîner de désordres. Toutes les variétés de Camellias ne fleurissent pas également bien ; beau- coup sont capricieuses et résistent aux meilleurs soins; il faudra, ou les supprimer de la collection, ou les amener à fleurir par d'habiles expériences. La floraison étant terminée, il est bon d'activer la pousse à bois qui la suit immédiatement. On chauffe la serre assez fortement, jusqu'à l'entier développement des bourgeons. Puis on donne de l'air successivement pour les endurcir et bientôt les livrer à l'air libre, où les plantes prendront de la force et prépareront leurs boutons à fleurs. Là ne s'arrêtent point les soins que nécessitent les Camellias dans la serre. Le tuteurage, l'étiquetage, le lavage des vases, la disposition des plantes en massifs, en corbeilles, en plates-bantes, sont d'autant d'opéra- 119 b.Iith.de L.Stroobaht, àGanS P.DePaTmemaeker, ad natpiîix in '• — 27 - tions qui dépendent beaucoup du goût du cultivateur, niais sur lesquelles nous reviendrons à l'occasion avec quelques détails. Le chapitre suivatit sera consacré aux maladies et insectes nuisibles aux Camellias. (A suivre.) Ed. André. LE JARDLX l'OTAGER ET FKLITIER. DU NOISETIER. Le genre Curylus, qui ne possède guère qu'une demi-douzaine d'espèces botaniques, dont deux seulement sont américaines et les autres européennes, a varié beaucoup à l'état sauvage et dans nos jardins, où il est surtout représenté par le C. avellana. On en connaît plusieurs formes ornementales, telles que le Noisetier à feuilles laciniées et principalement le N. pourpre, très estimé dans les parcs pour le contraste de sa belle teinte pourpre-noir avec la verdure des autres arbres. Comme arbre fi'uitier, le Noisetier ne tient guère qu'un rang effacé. Un assez grand nombre de variétés ont bien été obtenues, mais peu sont restées dans les cultures, et des vingt-et-une sortes que porte le catalogue de M. A. Leroy, d'Angers, c'est à peine si cinq ou six sont généralement demandées. En Angleterre, la production de la Noisette est l'objet d'une assez grande spéculation. Nous venons d'apprendre qu'un riche nobleman, lord Sejmour, achète en ce moment tous les Noisetiers qu'il peut se procurer, et qu'il en veut planter des hectares entiers. Mais une des curiosités horticoles d'Outre-Manche est sans contredit la pépinière de Noisetiers de M. Richard Webb, à Calcot, près de Reading. Plus de quatre hectares sont dévolues chez lui à cette culture spéciale et rien n'est plus intéressant que tous ces arbustes chargés de fruits à la maturité. Avant 1855, M. Webb cultivait le Noisetier en petite quantité, mais, ayant trouvé que la demande et le prix augmentaient sur le marché, il se consacra sur une grande échelle à cette spéculation. Les Noisetiers, à Calcot, sont plantés diagonalement à 8 pieds les uns des autres, ce qui forme le nombre de six cent quarante par acre. Chaque carré est séparé de l'autre par une allée de gazon bordée de Narcisses ou de Fraisiers. Pendant les premières années, des légumes sont cultivés entre les rangs et ce n'est qu'au bout de sept ans que le profit de la plantation est notable. A 1 shilling chaque arbre, le produit annuel serait de 32 livres par acre, soit 400 francs, ce qui ferait 4000 francs par 10 acres (4 hectares environ). A 10 shillings chaque, le produit serait de 40,000 francs, chiffre fabuleux, qui cependant ne s'éloigne pas de la vérité, au dire de M. Webb. En temps de récolte ^r-^.^.ry r \ 12 Collection de Noisettes de M. Webb. - 29 — ordinaire, M. \Vel)b recueille jusqu'à 1500 et 1800 livres de Noisettes par jour; elles sont placées dans des barils de 100 livres, pour être envoyées au marché . Nous ne sommes pas étonné que de semblables chiffres aient provoqué quelques spéculateurs à planter des Noisetiers à plein champ, et \h est probablement l'explication des demandes exagérées de cet arbuste chez les horticulteurs français cette année. Le Gardeners Chronicle, qui a publié une très bonne notice sur ces cul- tures, donne la description des variétés suivantes, cultivées chez M. "Webb, et dont on trouvera figurées ci-contre la forme et la grosseur des fruits. 1. Noisette a pe.\u rouge (Red-sklnned Filbert). — Fruits agglomérés, bractées plus longues que le fruit, divisées dans le tiers de sa longueur en segments étroits et aigus; noix elliptique aiguë, à base large un peu pointue, peau rouge, goût excellent. , 2. Knight's large Cob. — Fruits par paires, bractées plus longues que le fruit, contractées à la gorge, divisées en lobes étroits ovales aigus; noix grosse, largement ovale aiguë, à large base. 3. Daviana. — Nouveau semis, fruits par paires, bractées à peine plus longues que la noix, ouvertes à la gorge, profondément et irrégulièrement divisées en segments étroits aigus; noix largement obovale aiguë. 4. Prize Filbert. — Fruits en trochets, bractées un peu plus longues que la noix, divisées en segments étroits, aigus, se repliant au-dessus du sommet de la noix, qui est de moyenne grosseur, pointue et un peu carrée. 5. Prize Cob Filbert (de Webb). — Fruits en trochets, bractées con- tractées à la gorge, divisées sur un tiers en segments étroits aigus ; noix grosse, largement ovale aiguë. G. Garibaldi (de Webb). — Nouveau semis, fruits en trochets, bractées environ de la longueur de la noix, ouvertes au sommet, profondément divi- sées en segments étroits; fruit gros, oblong aigu, un peu aplati à la base. 7. Atlas nut. — Fruits par paires, bractées environ de la largueur de la noix, ouvertes à la gorge, profondément divisées en segments lancéolés ; fruit gros, carré, légèrement aigu, aplati à la base. 8. Spanish prize Filbert. — Trochets compactes, bractées d'environ la longueur du fruit, ouvertes à la gorge, divisées sur le tiers de leur longueur en nombreux segments lancéolés ; fruit petit, elliptique, pointu aux deux extrémités. 9. Merveille de Bollwiller. — Fruits solitaires, bractées plus longues que le fruit, profondément divisées en segments étroits dentés, se fermant au-dessus de la noix, qui est grosse, ovale aiguë, plate à la base. 10. Princess royal. — Nouveau semis, fruits en trochets, bractées de la longueur de la noix, profondément divisées en segments lancéolés aigus; noix moyenne, ovale, arrondie à la base. 11. Empress Eugénie. — Fruits par trochets, bractées plus courtes que le fruit, ouvertes à la gorge, divisées au bord en dents étroites, fruit moyen, ovale aigu, à base un peu pointue. 12. CosFORD. — Fruits par paires, bractées plus courtes que la noix, ouvertes à la gorge, coupées à moitié en segments étroits aigus; noix moyenne, obovale aiguë, carrée à la base. — 30 — Quelques autres variétés des semis de MM. Webb et Rivers sont encore dignes de remarque. Nous nous contenterons de les nommer. Ce sont les : Multiflnnim (Webb), Prizc emperor (Webb), White Filbert (Rivers), Macro- carpa (Rivers), S'^-Remy, Kentish Cob (Rivers). Malgré tout le talent des semeurs, peu de progrès ont été faits dans l'obtention de variétés comestibles de Noisettes depuis les temps histo- riques. On a trouvé, dans les lacs de la Suisse, des Noisettes dont on a estimé le séjour dans l'eau à 3000 ou 4000 ans; elles ont montré peu de différences, excepté en grosseur, avec les formes aujourd'hui cultivées. L'exploitation de terrains plantés en Noisettes peut donc devenir très profitable, au dire de M. Webb, et sans ajouter une foi absolue aux statis- tiques prises sur la moyenne de production de quelques pieds, nous pensons qu'il y a là pourtant une mine assez féconde à travailler. Jusqu'ici la spé- cialité de cette production en grand était dévolue presque entièrement à l'Espagne et à la Sicile, qui nous fournissaient les Avelines. A Messine, on voit chaque année les vaisseaux prendre des chargements entiers d'Avelines. On croit même que le nom d'Aveline vient du bourg d'Avellino, dans le royaume de Naples. Nous avions toujours cru jusqu'à présent que dans les régions du Nord on récoltait plus de coques vides que de pleines, mais il parait que M. Webb a changé tout cela. Dans le midi, on ne cultive guère le Noisetier que dans les terrains arrosables. La multiplication se fait facilement par les rejetons qui viennent du pied. On greffe en flûte, en fente ou en écusson, les variétés de choix. Le Noisetier doit être planté dans les sols frais; il donne peu de fruits dans les terres sèches et fortes. Ed. André. HORTICULTURE D'ORNEMENT. CL'LTIRE DES FinOXIA. Il est rare de voir ces charmants feuillages dans toute leur beauté. Cependant peu de genres sont aussi riches en belles couleurs, en réticula- tions élégantes, et le port rampant de la plupart des espèces les rend des plus utiles pour garnir les bords des bâches, remplir des terrines et couvrir des rocailles. On les obtiendra dans toute leur luxuriance en observant le traitement suivant : Multiplication de boutures, qui reprennent très bien tout l'été. On les coupe à deux nœuds en enlevant les feuilles du bas, et on les plante soit isolément dans de très petits godets, soit par quatre ou cinq entre la terre et le bord d'un pot de 3 pouces. De la terre de bruyère sableuse par deux tiers et un tiers de terreau fibreux, une chaleur de fond de 20 à 25° centig. et les pots couverts d'un verre pour empêcher l'évaporation, jusqu'à ce que les plantes soient reprises, sont les moyens à employer. On les tient toujours plus chaudement et plus couvertes que ies autres plantes, jusqu'à ce — 31 — qu'elles soient bien établies. Le FUtonia argyroneura, par exemple, doit être planté dans des terrines de terre de bruyère, fortement drainées, la surface étant couverte d'une mince couche de Sphmjmim. Quand les plantes sont adultes, le compost doit être : deux parties de terre de bruyère sableuse, une de terreau fibreux, le tout grossièrement concassé, une demi-partie de charbon de bois, autant de feuilles et un peu de sable siliceux. Les tiges doivent être couchées sur la surface du pot avec de petits crochets d'osier fendu, et les plantes, si elles sont tenues en serre chaude et fréquemment bassinées, placées à mi-ombre, prendront un magnifique développement. Les espèces suivantes deviendront magnifiques avec ce traitement : FUtonia gigantea, argyroneura, Pearcei, Verschaffelli, zeijlanica; Eranthemum Ander- soni, igneum, rubro-nervium, sanguinolentum, undulatum, etc. P. DUFRESNE, , à Mailles. CL'LTLRE DES ROSIERS D.\i\S L'EUROPE SEPTEiN'TRIOlNALE. Monsieur le Rédacteur, J'ai l'honneur de vous transmettre quelques renseignements sur nos cultures de Rosiers et la méthode que nous suivons pour les défendre contre l'intempérie des saisons. Cette méthode nous vient, comme vous savez, du nord de l'Allemagne, où le climat présente des transitions si brusques; les hivers y sont si rigoureux, qu'il serait impossible d'y cultiver le Rosier tige sans les précautions que les horticulteurs de ces contrées prennent. Je dis les horticulteurs, ceux qui font du Rosier un article de commerce, car il est facile à l'amateur de planter et abriter quelques cen- taines de pieds (et même dans ce cas, je conseille de suivre la même pratique), tandis que la plantation de milliers d'églantiers se fait dans des conditions toutes différentes, dont la réussite dépend des plus grandes précautions. Quand on fait extraire des bois un grand nombre d'églantiers, le nettoyage de ces plantes, la taille des racines, des branches latér.ales et protubérances est déjà une rude besogne, qui occupe un nombreux perr sonnel et ne permet pas la plantation à l'époque qui serait peut-être la plus convenable. (On fait ces différentes opérations à l'aide du grand sécateur à levier, système Brassoud, qui nous rend les meilleurs services.) Il arrive souvent que la plantation est commencée par un temps doux et humide et terminée pendant des sécheresses ou des frimas; le hâle des- sèche les tiges, et le succès de tout ce travail est compromis. D'autres éléments encore, dont l'amateur n'a point à souffrir, peuvent rendre au pépiniériste cette culture fort précaire, par exemple des plantes de second choix, qu'il est obligé d'accepter parmi le grand nombre des sujets livrés; des marchandises qui viennent de loin par voie ferrée et qui ont souffert par le transport; ou bien ce sont des fournisseurs peu conscien- cieux, qui négligent de mettre les églantiers en jauge au fur et à mesure de - 32 - leur extraction; enfin l'époque de leur livraison coïncidant avec celle des expéditions d'automne, il devient difficile de s'en occuper uniquement. Nous avons, en dehors du ver blanc, deux grands ennemis du Rosier tige dans notre climat; au printemps, le temps sec et froid menace la jeune plantation; les tiges tendres et minces, sortant de l'ombre des bois, remplies de moelle, ne parvenant pas à contenir la sève, qui ne s'élabore que sous l'influence de l'humidité et du soleil, se fanent et meurent. Ainsi en 1870, nous n'avons pas eu une goutte de pluie du 1" janvier au P'' juillet, et la plupart de nos églantiers ont péri. Le second ennemi est la gelée d'avril quand la végétation du Rosier commence; ces gelées de nuit, suivies de dégel le jour, sont un grand danger pour les variétés délicates. En revanche, les gelées comme celles de l'hiver dernier ravagent tout ; les hybrides, les thés et même les sau- vageons, tout a péri. Les cultivateurs .spécialistes du Rosier se souvien- dront de l'année 1870 et de l'hiver 1871-1872. En présence de toutes ces difficultés, nos confrères du Nord nous ont appris à mettre les Rosiers à l'abri et de la sécheresse et du froid en les enterrant complètement. Non-seulement les couronnes greff'ées, mais la tige entière est couchée et recouverte de terre jusqu'à ce que le danger soit passé. J'ai donc l'ait au printemps dernier, pour la première fois, l'expérience de cette méthode; je l'ai trouvée bonne et recommandable. Pour cette cul- ture, on choisit l'églantier en vue de son séjour forcé sous terre, c'est-à-dire très mince de tige et d'une hauteur d'au moins l'",30, et comme les ama- teurs sont soumis à la même obligation, ils préfèrent cette forme à celle qui est usitée en France, c'est-à-dire 1 mètre de hauteur et les tiges d'une certaine force. Voici la manière de procéder : On plante deux rangs d'églantiers distancés de 50 centimètres l'un de l'autre, puis vient un intervalle vide de 1 mètre; ou plante de nouveau deux rangs et ainsi de suite; il faut planter profondément. Dès qu'un carré de un ou deux mille pieds est terminé, on attache rez- terre, avec un osier, au premier sujet du rang, les trois suivants; cette opération est poursuivie jusqu'au bout, toujours attachant au dernier églan- tier d'éjà couché les trois pieds qui le suivent; dès qu'ils sont ainsi tous couchés à plat sur le sol, on les couvre de terre qu'on enlève de l'intervalle de 1 mètre laissé chaque fois entre deux rangs; une couche de 6 à 8 centi- mètres suffit. Quel que soit le temps défavorable du printemps, les églantiers conserve- ront leur fraîcheur et ne périront point. Quand les jeunes pousses commencent à percer la terre, on découvre un peu pour habituer la plante au grand air; quinze jours plus tard, les osiers sont coupés, on découvre entièrement et les églantiers se relèvent. Ces deux opérations sont à faire de préférence par un temps humide ou plu- vieux. Les bourgeons nouvellement poussés en serre sont pinces à deux ou trois centimètres de longueur. Peu de temps après, les yeux stipulaires poussent, car l'églantier est en sève et il possède déjà des racines. Il est vrai qu'il y a encore des pieds qui retombent, mais beaucoup moins qu'en les abandonnant aux chances d'une température capricieuse. Vers l'époque de la grefïé, on redresse un peu avec la main les sujets qui ne seraient pas tout-à-fait droits. En automne, au mois de novembre, les faux bourgeons doivent être ôtés, ainsi que le bois superflu, à tous les sujets qui ont pris la greffe. Puis on les recouche et recouvre de terre comme précédemment; le même travail est refait dans un autre but, cette fois c'est pour garantir l'écusson contre la gelée. L'année d'ensuite nous enlevons avant l'hiver tous les Rosiers qui n'ont pas été vendus en automne et les mettons en jauge en les couvrant de menue paille, ou bien nous les conservons dans des caves ou serres con- struites dans ce but. Edmond Muller , lldrlkulleur à Trêves. LES -PLANTES NOUVELLES DE 1872. Une revue succinte des nouveautés qui ont paru dans l'année sur la scène horticole, au moins des plus saillantes, est donnée par le Gardeners Clironidc à chaque mois de janvier. Nous en extrayons les courts passages suivants, qui réisument assez bien les conquêtes plus ou moins durables de 1872 en ce genre. Il va sans dire qu'il s'agit ici d'importations directes plutôt que des variétés plus ou moins éphémères des fleuristes, .semis ou accidents, dont le nombre s'appelle légion et qui rempliraient seules des numéros entiers de notre recueil. Parmi les plantes de serre chaude, les Crotons, dont nous avons ici- mème figuré et décrit de nombreuses formes à feuillage coloré, se sont enrichis des Croton lacteum, spirale, maijnifimm et Weismanni, tous diffé- rents des variétés déjà connues, sinon plus beaux. Une charmante Mélas- tomacée, le Bertolonia superbissima, présente des feuilles larges, vernies, marquées de rose vif et de larges points près du bord. Sans parler des superbes Dieffenbadiia dus aux introductions de M. Linden, et que nous publions au fur et à mesure que leurs qualités se révèlent (comme par exemple le splendide D. imperialis), il nous faut citer les D. Baiisei, aux larges macules jaunes, et le D. nob'dis, au grand feuillage taché de blanc. Les Dracénas continuent de présenter de charmantes nouveautés, parmi lesquelles les D. Goldieunu, de l'Afrique occidentale, aux feuilles transver- salement zébrées de vert foncé et pâle; D. imperialis, de port robuste, beau feuillage panaché de rose et de blanc; D. Fru^eri, pourpre et glauque; D. (jloriosa, nommé aussi Shephcrdi, avec ses feuilles longues, vigoureuses, vert métallique zébré et bordé d'orange bronzé. Les Marantas de M. Lin- den, source inépuisable à laquelle s'ajouteront bientôt de délicieuses espèces, se sont renforcés d'un rival élégant nommé M. Makoyana, aux feuilles dressées, vert olive l'éticulées et comme damassées transversa- lement de lignes pâles rappelant les Ouviraudras. Parmi les Aro'idées, - 34 - que dire de ce mai;iiiti(|iio liiijllulwiiiiim Litidciii, (|iii a si bi'illaniiiient inauguré l'année 1872 de \'/lluslratiou horticole et qui fera sensation dans les concours de 1873? Un nouveau genre de Palmiers, qui aura fourni une ample moisson aux déterminations de MM. lirongniart et Gris pour les espèces de la Nouvelle-Calédonie, sest également enrichi des Kentia auslvalis, Canle.rbu- ri/ana, Fosteriana, Balmoreana, tous de l'Ile de lord Howe. Le Martineiia Lindeniana et des Dœmoiwrops, Œiiocarpus et Welfia ont été représentés aussi par de fort belles espèces. Les plantes fleuries de serre chaude sont plus rares. Cependant il y faut comprendre : le Musa santjuinea, aux larges bractées écarlates; ÏAplielandia sulphurea, aux jolies Heurs jaune pùle ; le Brownea Birscheli, aux longues grappes roses pendantes; lAntkurium margaritaceum, aussi beau que Y A. ornalum, par ses spathes blanches et ses spadices pourpres; enfin deux charmantes variétés de la reine des Euphorbiacées du Mexique, le Poin- settia pulclierrima major et le P. p. roseo-carminala. Dans les Aroïdées, en dehors des précédentes, citons la curieuse floraison du gigantesque God- winia (jigas et du CoripiophaUm Afzelii, toutes deux épanouies en Angleterre pour la première fois, et le très remarquable Arisœma speciosum, de l'Inde, qui nous paraît voisin de VA. filitorme de Blurae. Parmi l'immense famille des Orchidées, la vogue croissante des Masde- ralliane se dément pas. La collection de lord Londesborough a montré une ravissante forme de notre M. Lindeni, encore innommée, mais très distincte. Les M. Lindeni type, Veitchi, Jlarryana et ignca se sont surpassés sous l'influence d'une bonne culture. Tous ont été effacés cependant en étran- geté par le M. chimœra, aux longs sépales velus, au labelle calcifornie, nouveau pour le genre. Le Batemania Burlii aux larges fleurs blanches, brunes et or; le Lœlia Jonghcana avec son labelle jaune dedans, blanc dehors et bordé d'améthyste; le Mesospinidium vulcanicum, voisin de forme et de taille avec Y Odontoglossiim roseiun; le charmant Oiicidiuin ::,ebriiium, par ses périanthes blancs et violets; les One. superbiens et Crœsus ont tous occupé des places éminentes. Nous devons leur adjoindre un lot de charmants Odontoglossum, de plus en plus à la mode parmi les Orchidées de serre froide : Od. Coradinei, jaune soufre; 0. Andersonianum et Denisonœ, blanc et panaché; et la variété splendr.ns de YO. grande. Enfin a paru le bizarre et minuscule BolbophyUum lemniscalum, avec ses appendices filiformes si extraordinaires dans leur microscopique beauté. La serre tempérée a reçu le Bouvardia Wreclandi, aux délicieuses om- belles blanches ; les Bégonia inlermedia et rubra superba, métis des B. Boli- viensis et Veitchi, supérieurs peut-être à ces deux espèces si supérieures. Nos serres froides ont fait d'intéressantes conquêtes, également sorties de croisements : l'une, le Philageria Veitchi, hybride d'un Philesia et d'un Lapageria; l'autre, le Tacsonia Exoniensis, aux fleurs rose magenta avec centre pourpre. Suivent : le Salvia splendens alba-compacla, bonne variété pour la décora- tion estivale; le Primula Ilendersoni, YErica Nietneriana, aux belles cou- leurs, sont d'importantes additions. Deux beaux Macrozamias d'Australie, — a5 - les M. corallipcs et eburnea, des Agaves, Echéverias et Haworthias doivent être aussi mentionnés avec éloges. De délicates Fougères ont été vues pour la première fois dans les Expo- sitions, principalement les Allniriiun ftli.r-fa'mina regale, des variétés de Laslrœa monlana, le L. jiHx mas priitceps, des Ahnphila et Gymnogramme, les Pteris serndata fimbriata, cristata superba, Applebyana, qui sont de précieux gains. Pour la pleine terre, nous avons eu, dans les Conifères, les : Abies Dou- glasii Stairii, dont le jeune feuillage est blanc et vigoureux; Juniperus chinensh aurea, la plus belle forme panachée dorée connue dans la famille ; Cupressus Lawsoniana lutea, belle panacliure jaune. D'autres familles ont fourni les : Bctula alba foliis purpureis, que nous avons décrit naguère ; B. a. fastigiata, Bouleau blanc pyramidal ; B. a. Youngii, d'un port pleureur assez grotesque; Malus speclabilis roseo-plena, Pommier à fleurs roses pleines; Cornus mas aurea elegantissima, jolie variété dorée du Cornouiller à fruits ; Hedera hélix conglomerala, nouveau Lierre, et Yucca gloriosa variegata. Les plantes vivaces de pleine terre auront pour additions les : Aqiiilegia aurea, Bellis rotundifolia, Iris Iberica, Penstemon Robinsoni, FritiUaria tulipi- folia. Iris Tingitana, et plusieurs Lis, parmi lesquels le beau Lilium Was- hinglonianum. Nous avons déclaré que nous ne toucherions pas cette fois aux variétés annuelles ou de garniture, et nous terminons 1;\ ce résumé rapide des plantes saillantes de l'an 1872. Ed. A. LONGEVITE DES ARBRES. La durée de la vie des arbres est fort variable. Entre la décrépitude hâtive qui détruit le Peuplier du lac Ontario en moins de 40 ou 50 ans (par- fois moins), et la longévité prodigieuse des Ifs, des "VVellingtonias, des Baobabs, on a le temps de suivre sur le globe la trace de races humaines entières naissantes, parcourant tous les degrés de la civilisation et retom- bant dans la barbarie. Des calculs basés sur de nombreuses mesures et évaluations permettent d'assigner aujourd'hui le nombre d'années suivant à certaines espèces : Arbre de Judée {Cercis siliquaslrum) 300 ans. Orme {Uimus campestris) 335 •- Lierre (Hedera hélix) 450 » Erable champêtre {Acer campestre) 516 '> Bouleau (Belula alba) 576 >• Oranger (Citrus av.rantium) 630 » Cyprès (Cupressus sempervirens) 800 " Olivier (Olea Europœa) 800 » Noyer {Juglans regia) '. . . 900 » Platane (Plalamis oricntalis) 1000 » Tilleul (Tilia Europœa) 1100 ., — 36 — Sapin (Epicéa) (Picea. vulgaris) 1200 ans. Chêne [Quercus robur) 1500 - Cèdre [Cedrus Libani) 2000 •• Cyprès chauve (Schuberlia disticha) 3000 - If {Taxus baccata) 3200 - Ces évaluations ont été faites d'après les couches annuelles concentriques des plus vieux de ces arbres qui aient encore été observés. On peut croire qu'il existe des spécimens plus âgés de ces essences respectives. On m'a montré à Cannes (Var) un Olivier auquel on assignait plus de 1200 ans. Les Wellingtonias de (Californie, au dire de certains auteurs, seraient con- temporains du déluge, et des Baobabs encore vivants auraient abrité les premiers hommes répandus en Afrique, les premiers enfants de Cham. On a beau jeu dans ces suppositions qui ne peuvent être contrùlées. Mais il n'en est pas moins vrai que l'âge de certains de ces arbres commande l'admiration et le respect et dépasse tout ce qu'il serait naturel d'attribuer comme durée raisonnable à des êtres vivants. Ed. a. -«^^« ' NOTES SUR L'IIORTICILTURE D'ORNEMENT. L'Euphorbia jacquiniœflora. — Cette ravissante Euphorbiacée, introduite du Mexique vers l'année 1836, et que nous avons vue autrefois si commune dans les serres chaudes, semble disparaître de plus en plus. Nous nous rappelons le beau pied qui tapissait autrefois un mur des serres basses au Muséum. La plante a péri et nulle multiplication n'a pu en être conservée, sans qu'on en puisse donner la raison. Nous pourrions répondre que la culture de cette plante est généralement défectueuse et qu'avec un peu de soin on peut en obtenir une floraison continue de novembre à mars. En Angleterre, on la conserve encore avec succès. Voici le moyen de la cultiver, que nous trouvons indiqué dans le Journal of Ilorlicullurc, de notre excellent confrère le D'' Plogg : Boutures de jeunes bourgeons en godets en mars sur une couche ù melons, où ils s'enracinent vite; les empoter dans des pots assez petits et les tenir très près du "verre jusqu'au plein établissement. En mai, ils formeront de bonnes plantes que l'on duvcil tout l'été dans un cliàssis froid, en ayant soin de fermer de bonne lieure le soir, pour que les chaleurs du soleil les vivifient. Les pincer vigoureusement jusqu'en août seulement. En septembre, on les porte dans la serre chaude pour mûrir leur bois. Entre- tenir la terre ni sèche ni trop humide. Les premières fleurs paraîtront en novembre et si on porte les plantes dans une serre tempérée elle fleuriront plusieurs semaines. Veiller à ne pas trop arroser par une basse température. Après la première floraison reporter les plantes en serre chaude, près du verre, dans un coin chaud ; elles refleurirent bientôt. Le meilleur sol est un composé de terre de bruyère, terreau de gazons fibreux, sable siliceux et un peu de charbons. Avec ces quelques soins, cette charmante espèce fera les délices d'un amateur. J. Smith, à Ruiiaud. — 37 — MÉLANGES. LES PLANTES STÉRILES. En feuilletant des notes prises il y a quelques années déjà au cours de M. Decaisne, au Muséum, nous avons trouvé une liste de quelques plantes, qui restent toujours stériles, même à l'état sauvage, et dont la plupart montrent cependant les organes de la fécondation parfaitement conformés. Ce sont les : Liliuni c.iiHliiJum(//-i(c(//i'('('« coupnnt lestiges). Funkia japoniea. Dielytra forinosa. — spectabilis (reproduit de semences, il Lysiitiacliia niimiiiulaiia. Alliiim ascalonicum (Ecliulolle). Epimediuni alpiuum {et autres esphes du yenre). Stenihcrgia Iulea (J'rucli/ie dai(S son pays). ' devient fertile) Sparliiia stricla. Hoteya japoniea. — versicolor. Anémone japoniea Omplialoilcs verna. Lilhospernuim purpureo-cœruleum. Isopyruni tlialietroicles. clegans. Kosa punicea. QueUiues Colulea et RhoUodeudrons. Sans aucun doute, on pourrait augmenter de beaucoup cette nomen- clature. Mais, sans chercher dans les espèces exotiques qui ne retrouvent pas dans nos jardins les circonstances nécessaires à la fécondation de leurs ovaires, soit par une température contraire au moment de l'anthèse, soit par l'absence des insectes préposés à cet acte dans la nature, n'est-il pas singulier que des espèces spontanées dans nos prés, dans nos bois, se per- pétuent seulement par la division de leurs touffes, et que personne ne leur ait jamais trouvé une graine fertile? M. Decaisne nous a dit avoir examiné des milliers de pieds de la Lysimaque nummulaire sans découvrir jamais d'ovules fécondés. Quelle explication la science peut-elle donner de ce fait? N'y a-t-il pas là un argument en faveur de la théorie de Darwin? Ces plantes devraient-elles peu à peu succomber, dans le " slruggle (or life », dans cette concurrence vitale où la place reste " au plus apte ", et leur propagation actuelle par stolons devrait-elle cesser après un certain temps d'épuisement sans génération sexuelle, pour céder le pas à d'autres espèces plus vigoureuses? Il y a là un de ces ploblèmes sans solution immédiate qui mérite d'attirer les investigations des botanistes. Ed. a. LA VIOLETTE COMME EMBLEME. Les violettes ont fait, à l'occasion de la mort de Napoléon III, leur rentrée dans la politique. Le violet, du reste, est la couleur funèbre des rois, le deuil de la pourpre. Lana tarentino violas imitata venejio. -38 - Mademoiselle Mars — la célèbre coméclienne — ayant, en 1815, paru sur la scène du Théâtre-Français avec des bouquets de Violettes sur sa robe, fut sifUée par les gardes du corps de Louis XVIII, ce qui amena des luttes, des coups de poing au parterre, et des coups d'épée au Bois de Boulogne. Mais, peu de temps après, on représenta un vaudeville où parurent toutes les fleurs qui s'étaient mêlées de politique, et qui, à propos de la Fcle de Flore, venaient rendre hommage au Lis qui les avait amnistiées et leur avait permis de s'épanouir et d'exhaler leurs ])arfums, sans s'exposer à être reprises de justice. La Couronne impériale — qui avait été enlevée des parterres des Tuileries, depuis la Restauration, comme les Lis en avaient été arrachés pendant les Cent-Jours. La Rose — qui n'avait joué un rôle qu'en Angleterre. L'Œillet rouge — qui avait agacé la police de l'empire. — On avait attri- bué à l'empereur la création de l'ordre de la Légion d'honneur, qui était au contraire une création de la République — et beaucoup de personnes met- taient un Œillet rouge à leur boutonnière — pour tromper et vexer les fac- tionnaires qui devaient porter les armes aux légionnaires. Fouché voulait sévir, mais Napoléon lui dit : " Laissez passer la saison des Œillets. » Depuis, pour éviter cet inconvénient, et surtout à cause de la multiplicité des décorations données, on a restreint la présentation des armes au ruban avec la croix. Cette plaisanterie s'est renouvelée sous Louis-Philippe, et reparait de temps en temps; elle n'a qu'un résultat : Faire croire à dix pas que vous êtes décoré, et faire voir à trois pas que vous êtes un imbécile. * ♦ « Mais revenons au vaudeville de conciliation : Chacune des fleurs — représentée par les plus johes actrices de ce temps-là, amenée par Flore aux pieds du Lis sur son trône, chantait la gloire de la royale fleur par un couplet — sur un air à la mode. Une seule — se cachait derrière ses compagnes. Elle était si coupable! Et.., peut-être si opiniâtre. Flore allait la prendre par la main et l'entraînait; elle se défendait d'abord, puis marchait d'un air boudeur. Mais le Lis proclamait l'amnistie, et alors la Violette vaincue rendait hommage à la fleur légitime, sur l'air que la Restauration avait le mauvais goût de faire jouer sur les fifres des régiments : Bon voyage, Napoléon, paro- die de Bon voyage, cher Diimolet; et Flore créait une nouvelle variété : la Violette blanche, Alphonse Karr. 39 - BIBLIOGRVPIIIE. LES PLANTES ALPINES ('). On possède de nombreux ouvrages sur la flore des pays de montagnes. Les flores locales ou générales sur les Alpes d'Europe notamment, ont été l'objet d'excellents travaux et les ravissantes créatures qui tapissent de leurs fleui's et de leur verdure les hauts sommets sont bien connues au point de vue strictement botanique. De tout temps, les naturalistes se sont sentis attirés par ces formes si caractéristiques des grandes altitudes. Il semble qu'un secret entraînement appelle l'homme, et surtout le savant, vers les régions accidentées où le Créateur se montre dans toute sa puis- sance et où la nature atteint au sublime dans ce désordre apparent qui est la beauté même. Villars pour le Dauphiné, Ramond et Lapeyrouse pour les Pyrénées, Reichenbach pour l'Allemagne, Gaudin pour la Suisse, et tant d'autres auteurs, plus près de nous, ont élucidé la plupart des problèmes qui se rattachent ;\ la connaissance des plantes de montagnes. Cependant peu de chose a encore été fait pour populariser ce goût char- mant qui entraîne le touriste aux herborisations si riches de la Suisse et des Pyrénées. Combien d'oisifs y suivent des itinéraires tout faits, y admi- rent la nature sur commande et ne connaissent des montagnes que ce qui leur est indiqué par le guide ! Ignorants ou insouciants, qui ne se doutent pas de l'intérêt puissant qui s'attacherait aux souvenirs de leurs excursions, s'ils avaient recueilli et rapporté avec eux les plantes qui les ont charmés par leurs formes et leurs couleurs ! Et s'il était possible de transporter ces " coins de paradis " dans leur propre jardin, si la culture des phmtes alpines n'était pas par eux synonyme d'invincibles difficultés, quel charme nouveau s'attacherait à ce délassement innocent! Cette culture est cependant plus facile qu'on ne le croit. La rendre praticable est une tâche que notre ami W. Robinson s'était imposée il y a quelques années dans son livre publié en anglais (Alpine Plants) et qui atten- dait un travail analogue dans notre langue. Nous en avons parlé naguère dans ce recueil. C'est ce traité que vient de nous donner aujourd'hui notre confrère, M. B. Verlot, chef de l'École botanique du Muséum de Paris. Personne ne pouvait mieux que lui écrire ce livre. M. Verlot est montagnard. Son frère, jardinier en chef du Jardin botanique de Grenoble, M. J. B. "Verlot, lui a inculqué de bonne heure le goût de ces joyaux de la création, l'a entraîné tout enfant à sa suite dans ces longues herborisations du Dauphiné, qui (1) Les Plantes alpines, par B. Verlot, chef de l'Ecole Botanique du Muséum, un beau \olume grand in 8°, 320 pages, 50 planches chromolithographiées et 78 gravures. — Paris. Rothschild, prix 30 fr. — 40 — viennent de se traduire par un excellent livre, le Catalogue des plantes du Dauphiné. De plus, il cultive avec succès, depuis plusieurs années, une remarquable collection alpine au Muséum ; il y a recueilli nombre d'espèces rares, qu'il aime avec passion ; il a publié de très bonnes notices culturales à leur sujet dans la Revue Itorlicole, les Fleurs de pleine terre de MM. Vil- morin, et a raconté ses herborisations en montagne soit dans le Bulletin de la Société botanique de France, soit dans son Guide du Botaniste herborisant . Personne mieux que lui n'était donc " outille •> pour le travail qu'il vient d'entreprendre et de mener à bien. Le livre est un ouvrage de luxe. Il est enrichi de chromolithographies et de gravures, qui, mallieureusement, en sont le coté faible. On sent qu'elles ne sont point originales; que l'éditeur, fidèle à un système déjà employé pour les plantes à feuillage coloré, les Fougères et autres publications de salon, a voulu employer des planches dépareillées, brocantées dans quelque librairie de l'étranger et qui forcent l'auteur à contraindre son texte pour l'approprier à ce cadre si peu sympathique à un écrivain d'allure libre. C'est la seule critique que nous ayions à faire au livre, et il est superflu d'ajouter qu'elle ne s'adresse pas à M. Verlot. La première partie traite des principes généraux de culture. La durée et le mode de végétation des plantes des Alpes, leur station naturelle, la nature du sol, l'exposition, l'altitude, sont autant de circonstances qui doi- vent être préalablement connues du cultivateur. La culture en pots ou en pleine terre diffèrent complètement. Beaucoup d'espèces, qui croissent sous la neige les trois quarts de l'année, gèlent chez nous. On ne le croirait pas, mais cela est fort naturel, puisqu'elles sont privées dans nos jardins du manteau neigeux qui les tient l'hiver dans une température uniforme de quelques degrés sous zéro, sans ces alternatives redoutables de gel et de dégel qui nous les font périr. Les grandes herborisations, comprenant des excursions au Lantaret, au mont Viso, à Gavarnie, à la Grande-Chartreuse, au mont Cenis, au mont "Ventoux, dans les principales stations des Alpes françaises, font la matière du Chapitre II, où l'on suit avec intérêt, pas à pas, l'auteur et ses com- pagnons dans leurs découvertes et leurs aventures de botanistes. Enfin, la culture de détail occupe la dernière partie du livre, où M. Verlot passe en revue un choix de plantes assez faciles à cultiver sous nos climats et qui procureront à. peu de frais au touriste la vue des plantes qu'il aura déjà admirées dans ses courses lointaines, et à ceux qui sont condamnés à une vie sédentaire, la jouissance des paysages alpestres dans leur délicieux tapis fleuris transportés •• at home. •> M. Verlot, en résumé, a fait un bon livre, qui sera très apprécié du public horticole spécial auquel il s'adresse, et c'est avec une chaleureuse sympathie que nous lui souhaitons la bienvenue. Ed. a. — 41 — CHRONIQUE HORTICOLE. M:irs 18". Le Mahonia intermedia. — Nous avions signalé, en parlant des froids de 1871-1872, que l'arbuste étiqueté à l'École de botanique du Muséum sous le nom de Mahonia intermedia s'était montré plus rustique que ses congénères. M. 0. Thomas, en reproduisant notre note dans la Revue de l'Arboricultiire (déc. 1872), croit que le fait s'applique à la plante connue au commerce sous ce nom et qui n'est qu'une forme du Japonica. Or, la plante dont il s'agit est intermédiaire entre le Mahonia aquifolium et le M. repens, et même, à notre sentiment, elle ne constitue qu'une variété, comme le repens, de cette première espèce. Nous avons respecté la nomen- clature de l'École du Muséum, sans toutefois attacher une grande impor- tance à la spéciéité de la plante que nous citions, nous bornant à constater la rusticité remarquable de cette forme. La botanique de la Bible. — M. Frédéric Plamilton vient de publier chez Gautier, à Nice, et chez Sandoz et Fischbacher, rue de Seine, 33, à Paris, une étude scientifique, historique, littéraire et exégétique des plantes mentionnées dans l'Écriture sainte. Nous conseillons aux gens studieux de méditer ce livre, qui dénote de longues recherches de la part de son auteur, et une profonde érudition sur les matières qu'il traite. Flore de la Nouvelle-Calédonie. — Cette publication remarquable se continue par fascicules dans les Annales des Sciences naturelles. Un supplément aux Conifères, aux Protéacées, aux Myrtacées et aux Rubia- cées comprend bon nombre de plantes nouvelles et intéressantes et forme un tirage à part publié chez l'éditeur Masson, à Paris (1872). Une nouvelle Bambusée. — M. Balansa nous a récemment montré, à l'herbier du Muséum de Paris, les échantillons secs d'un nouveau genre de Bambous qu'il a rapporté de la Nouvelle-Calédonie et qui sera prochai- nement publié. Nous reviendrons sur cette curieuse plante ainsi que sur les autres espèces néo-calédoniennes qu'étudient en ce moment MM. Bj'on- gniart. Bureau et Balansa. "Un Lis colossal. — Nous avons plusieurs fois parlé ici des dimensions et du nombre de fleurs e.xtraordinaire de quelques pieds de Liliiim aiiratum en Angleterre. Rien n'avait encore approché du spécimen que vient de figurer le Gardeners Chronide d'après une photographie. Le pied en ques- tion provient d'un bulbe unique acheté en 1865 et cultivé par M. J. Smith, jardinier de M. James Bland, à Quarry Bank, Allerton, Liverpool. Sa hau- teur était de 9 pieds, la largeur de la toufiè 8 1/2 pieds et le nombre des Heurs était de deux cent vingt-cinq, chacune mesurant en moyenne 10 pouces (25 centimètres) de diamètre. Cette merveille croissait tout simplement dans un pot de 60 centimètres de large. Quel triomphe de la culture, et combien peu de jardiniers sur le continent seraient capables d'amener une plante à un pareil degré de perfection ! Nous connaissons la propriété de Quarry Bank, située non loin de Sefton Park, à Liverpool, et TOME \X. — »UR? 1873. — 42 — nous pouvons afTîrmer que, en dehors du talent de M. Smith, ce succès est dii aussi à la qualité poreuse et fibreuse des terreaux de gazons recueillis sur le vieux grès rouge (old red sandstone) du Lancashire. Autres floraisons extraordinaires. — Un Lajmgeria rosea, exposé par M. Williams, ù Glasgow, a montré quelque chose d'analogue à ce Lilium anralum. Plus de cinq cents fleurs épanouies et autant de boutons se comptaient sur ce merveilleux spécimen, qui a été acheté par un amateur écossais, et qui était palissé en forme de boule sur un treillage ad hoc. Pour l'amener à ce point de développement et de régularité dans la floraison, M. Williams avait laissé croître toutes les tiges de la plante dans leur longueur le long de fils tendus dans la serre, et il n'avait palissé ces tiges que lorsque les boutons, bien formés, bien aérés, avaient été prêts à s'ouvrir. Une Orchidée vient d'épanouir, dans la serre froide de Kew, une floraison analogue. C'est le Dendrobhun HUlii, qui portait vingt hampes florales, cha- cune longue de 2 pieds environ, et présentant un ensemble de deux mille cinq cents fleurs ouvertes ;"i la fois ! Les Cyclamens de M. Little. — Nous revenons à la charge pour recommander aux amateurs la collection de ravissants Cyclamens due aux semis de l'habile M. Goddard, jardinier de M. Little, à Cambridge Park, Twickenham, près Londres. Cette collection, exposée le 12 février à la Société royale d'Horticulture à South Kensington, a fait l'admiration de tous les membres présents. On a surtout remarqué les variétés suivantes : Violette, the Gem, ivhite Perfection, Fantaslic, sans compter nombre d'autres délicieuses plantes. Nouveau Palmier de plein air. — M. Naudin écrit de Collioures (Pyrénées orientales) au Gardeiters Chronicle, qu'il cultive dans son jardin, dehors, le Pliœnix pusilla, Gairtn., inexactement connu sous le nom de Ph. fari7iifera. Ce joli petit Dattier, qui ne dépasse pas 2 mètres, fleurit et fructifie en ce moment chez M. Naudin. "Vente des Orchidées de Manley Hall. — Cette célèbre collection, appartenant à M. Mendel, va être dispersée au vent des enchères, comme plusieurs autres l'ont été dans ces dernières années. Plus de 1100 lots passeront sous le marteau, le 7 avril prochain et jours suivants, à Man- chester. Cette vente produira un great excitemeiit chez tous les Orchidophiles d'Angleterre et du continent. Nécrologie. — Nous avons le regret d'annoncer la mort d'un amateur d'horticulture bien connu, M. Max Nisson, qui possédait à Naples un très remarquable jardin rempli de plantes rares. Nous l'avons vu bien souvent dans les grandes expositions horticoles internationales, ainsi qu'au fleuriste de la Muette, à Paris, et nous avons gardé le meilleur .souvenir de son érudition aimable et modeste et de l'aménité de son caractère. M. Pouchet, le célèbre chimiste de Rouen, qui a attaché son nom à la plus violente discussion scientifique de notre temps à propos de sa théorie de Yhétérogénie ou de la génération spontanée, vient de mourir. Il a foi'mé une sorte d'école très ardente à défendre ses assertions et pendant un moment .son diff'érend avec M, Pasteur et autres savants a fortement passionné l'opinion publique. Ed. André. — 44 — violacé très tendre ; les pétales rosés, carnés, légèrement raj'és à l'inté- rieur, enfin les tons intermédiaires entre ces nuances. Les nouveaux Catticija dont nous parlons sont nombreux dans les serres de M. Linden, qui les a déjù multipliés abondamment. Nous les avons déjà vus fleurir pendant trois printemps successifs et leurs qualités si frappantes ne se sont jamais démenties. CULTURE. La culture du C. superba, indiquée PI. 605 du XVP volume de YlUiislralion horticole, peut convenir également aux Cattleyas du Choco. Mais les plantes de ce genre sont si belles, qu'on nous permettra d'ajouter quelques notes complémentaires sur leur traitement, d'ailleurs des plus simples. C'est une erreur de croire que les Cattleyas exigent la serre chaude. Une serre tempérée ordinaire, — nous allions dire une serre froide, — leur suffit au besoin. Nous avons joui cet hiver de la floraison de plusieurs espèces, entre autres du magnifique C. Trianœ, dans un milieu de + 10° centigrades au maximum. Un amateur d'Angleterre, M, Ransby Tanton, d'Epsom, nous a appris qu'il cultivait avec le plus grand succès les Caltleya Mossiœ, superba, Trianœ et même le rare C. Dowiana dans une serre absolument froide, dont la température hivernale se maintenait entre -j- 6° et -}- 11° centigrades. Dans ces conditions, les plantes fleurissent régulièrement chez lui en décembre-janvier. Leurs bulbes sont sains, bien aoùtés pendant la belle saison et la floraison annuelle assurée sans précau- tions extraordinaires. Les fleurs durent fort longtemps épanouies, souvent un mois tout entier, si l'on prend soin de ne pas les mouiller, ce qui les fait se piquer rapidement et flétrir. Dans une serre froide, ces fleurs durent plus longtemps, mais nous devons ajouter quelles sont un peu moins grandes que si l'on soumet les plantes à une température plus élevée à ce moment. Les Cattleyas de M. Linden sont placés dans la serre aux Orchidées de l'Inde, où ils développent en hiver une floraison splendide. Mais nous le répétons, sans atteindre à un tel résultat, on peut compter sur le succès dans une serre ordinaire. On recommande de peu mouiller les racines des Cattle3-as, et de confiner les arrosages aux pseudobulbes et aux feuilles pendant la période de végé- "tation. Nous avons dit quel souci l'on prenait chez M. Linden de laisser sécher sur des tessons de pots les plantes de ce genre nouvellement impor- tées de l'Amérique du sud, pour éviter la pourriture. Ed. André. # •I '• '.j'y y:^-:Z 121 — 45 — PI. CXXI. CURMERIA PICTURATA, mmumu^ CURIVIÉRIE PEINTE. Aroïdées. ÉTYMOLOCIE : genre dédié à Henri-Léon Curmer, né à Paris le 17 novembre 1801, mort le 29 janvier 1870, ami éclairé des sciences et des arts, éditeur de plusieurs beaux ouvrages sur l'histoire naturelle. CVRACTÈRES (lËNÉRIQUES : spcillia basi vejitricosa subclausa in pedunculum breveni altenuata, ad médium constricta, apice aperta cucullata acula mucronata, basi obliqua spadici adnata; spiidix iiiclusus spatham œquans interrupte-androgynus supcrne niasculus, infra sub- Irigonus antice gibbosus, basi breviter pediculatus, niedio contractus, apice conicus, r/cnila- libiis riiflimciilnriis nullis, appendice sicrili nulla, nliiDiliia scssilia pellata irregularia in dimidia supernaque spadicis parte subspiraliter disposita, suprema ferlilia; antherœ pauca? connectivo peltato lateraliler obtectje; ovuria plurinia circa spadicis basim spiraliler verticil- lata, libéra ovoidea, pressioue mulua angulala, 4 (raro ô) loculata, apice contracta; stiynia capilato discoidcum, inlegrum, papillosum; ovula ovalo oblonga, permulta, borizontaliter angulo loculorum centrali allixa; bacca ....? — Uerha Americana (Novo-Granalensis), acaulis, rliizomate percnnaiitc crasso, foUis elliptko-cordatis conspicue argenteo-viridi picturatis, liirlcllo-lomenlosis, pctiolis longe vnginalis, pedunculo hrevi, spatha 6-7 cent, viridi, glabra, sncco subacri. — Genus Curmeria ad Homaloncinam nonnullis characteribus accedit, genita- libus tanien rudimenlariis dcficientibus, ovario quadriloculari , stigmate discoidco, liabilu acaule, spatba exaromalica, patria Americana valdc dlllcri. Curmeria, gcn. nov. — Ed. André, loc. praes. Curmeria picturata, Liud. et And. d». Une des pltis belles Aroïdées qui ait jamais été introduite est bien celle qui fait l'objet de la description et de la planche ci-jointes. Elle a été décou- verte l'année dernière seulement (1872) dans la Nouvelle-Grenade par M. Roezl, qui a eu l'heureuse chance de l'envoyer vivante à M. Linden. Nous l'avions tout d'abord suivie dans sa végétation avec le plus vif intérêt, et, tout en conservant des doutes sur le genre auquel elle paraissait appartenir, nous l'aurions peut-être' rangée, avec M. Linden, dans les liomalonema, lorsque la plante se mit à fleurir et nous fournit l'occasion de la déterminer sur des caractères plus complets. Nous n'avons pas eu de peine à distinguer que la plante présentait génériquement de graves diffé- rences avec les Homalonema. L'absence d'organes rudimentaires de la fécon- dation, l'ovaire quadriloculaire et non toujours triloculaire, le stigmate discoïde, le port acaule et non caulescent, la spathe non aromatique, et, enfin, la patrie américaine et non asiatique, sont autant de différences plus — 46 - que suffisantes pour la création d'un nouveau genre que tout d'ailleurs indiquerait dans le fncies général delà plante. Le Curmeria picturala forme une touffe herbacée, acaule. polyphj lie. Les pétioles sont longs de 15-20 centimètres, robustes, cylindracés, à base invaginante largement membranacée, d'une couleur verte striée plus foncé et bordée de rouge violacé jusqu'à plus du tiers du pétiole, dont la partie libre est mollement revêtue de poils blancs argentés soyeux apprîmes. Le limbe, long de 30-40 centimètres, peut-être plus, large de 25, est dressé d'abord, puis étalé, ovale elliptique obtus, subéquilatéral, à oreillettes basilaires se recouvrant sans laisser de sinus. La nervure médiane est à peine enfoncée canaliculée, large, et les nervures secondaires, obliques, régulières, parallèlement sinueuses, se rejoignant à la périphérie, sont imprimées dans le tissu de la feuille. L'aspect du limbe rappelle celui des grands Dieffenbachia, sans avoir leur surface vernissée. Au milieu, une large bande longitudinale d'un blanc d'argent, assez égale en largeur et un peu déchiquetée aux bords, plus blanche au centre, se détache en vigueur sur le fond d'un vert foncé velouté, mat, éclairé de reflets d'émeraude qui se répandent sur les bords et les entre-nervures. Le des- sous est d'un vert pâle uniforme, avec la côte médiane saillante, arrondie pubérulente. Toute la plante respire la vigueur; son feuillage est robuste, bien disposé, formant une touffe large, du plus noble aspect. C'est une grande acqui.sition. Il en existe chez M. Linden une superbe variété à feuilles lavées de violet vineux, de l'effet le plus éclatant, et très distincte de l'autre comme coloris. Au moment ott nous corrigions les épreuves de la présente livi'aison, nous avons eu l'occasion de causer de notre plante et du nouveau genre Curmeria avec plu.sieurs botanistes, qui nous demandaient sur quels carac- tères il était basé. L'un d'eux, M. Wendland, le savant palmographe hano- vrien, de Herrenhausen, frappé de ce fait, nous demanda si nous connais- sions la plante nommée Iloinnlonema Weiidlandi et dont le port rappelle d'assez près notre Cjirmeria. " Certainement ", lui fùt-il répondu, « et la plante qui porte votre nom devra faire partie de noti'e nouveau genre, sous le nom de Curmeria Wendlandi. Elle en porte en efïet tous les caractères de {acies et nous ne doutons pas qu'elle ait été attribuée au genre Homalo- 7iema sur un simple examen superficiel que devait démentir une observation plus rigoureuse. " M. Wendland se rangea, à notre avis, nous dit qu'il avait été frappé, en effet, des différences d'aspect de cette plante avec les Iloma- lonema et qu'il n'avait pu pousser plus loin ses investigations, faute d'inflo- rescences à consulter. Nous engageons donc nos lecteurs ;\ corriger, quand ils en trouveront l'occasion, le nom de Homalonema Wendlandi par celui de Curmeria ]l'end- landi. Ed. André. CULTURE. Identique i\ celle des DieUenbachia. 47 — LE JARDl.X POTAGER Eï EUIITIER. CULTURE SOUS VERRE DES ORANGES DE TABLE. Au temps de l'Anglais John Eveljn, ce " beau vieux gentilhomme « inscrivait sur ses tablettes qu'il venait de mangei* de délicieuses oranges de Chine cueillies sur ses propres arbres. En ces temps reculés, les oranges de table ou de dessert s'appelaient " oranges de Chine. " Quoique l'Oranger lïit cultivé en France bien avant l'époque où vivait Eveljn, on ne le consi- dérait que comme ornement des palais et des châteaux ; personne ne semble l'avoir classé parmi les arbres fruitiers, pas même Evelyn, malgré sa rare sagacité, car il n'en fait pas mention dans son Kalendavium horteiise. On en peut donc inférer que la mention des oranges qu'il avait mangées était un fait accidentel, et le silence que les jardiniers et écrivains ont gardé sur cette culture pendant deux siècles prouve que les oranges impor- tées de l'étranger par de rapides vaisseaux satisfaisaient pleinement les amateurs de ce fruit. Cependant il est incontestable que la différence entre les oranges fraîchement cueillies sur les arbres et les meilleures venant du dehors est très frappante. On découvre un croquant et un arôme dans les oranges nouvellement récoltées qui ne se saisit nettement qu'en les com- parant avec des fruits d'importation. C'est là une jouissance de luxe qu'on ne peut se procurer que dans un jardin bien tenu. Les serres les mieux faites pour la culture des oranges dans ce but sont à large toiture, larges de 8 mètres, hautes de 2 sur les côtés et de 5 au sommet. Le chauffage consiste en quatre tuyaux de 10 centimètres sur chaque côté de la serre, car il faut une chaleur ai'tificielle pour bien mûrir les oranges dans une seule saison. Une serre plus petite peut encore suffire, avec les proportions suivantes : double toiture, 1"'S0 de haut sur les parties verticales, 3™50 au milieu, deux tuyaux de 10 centimètres de chaque côté, un chemin au milieu et deux plates-bandes latérales. On aura ainsi un agréable " jardin d'Orangers; " mais pour former un véritable bosquet d'Orangers contenant de beaux arbres qui portent d'abondantes récoltes, il faut les proportions de la première serre. D'après l'expérience que j'ai acquise, je crois fermement qu'aucun jardin d'hiver, ni serre à Orchidées, ni serre tempérée ne peut lutter en beauté et en intérêt (i) avec une serre à Orangers construite sur les principes que je recommande aujourd'hui. Pourvue d'une toiture fixe avec les chevrons distants de 60 centimètres, vitrée avec de grands morceaux de verre, qui laisse passer la lumière en abondance, cette serre devient en décembre, quand les arbres sont couverts de leurs fruits d'or, et que plusieurs d'entre eux montrent leurs fleurs neigeuses et parfumées, une scène enchanteresse et rehaussée encore par (1) De gustibus noti est disputandum, M' Rivers s. v. p.! Et.. .\. — 48 — l'agrément d'une douce température qui ne dépasse pas 10 à 15 degrés centigrades par un temps couvert. Les Orangers ne demandent pas une température éleVée pendant l'hiver, mais un degré égal, agréable, comme le climat des Açores pendant la même saison. Les serres dont nous parlons doivent être ventilées latéralement, comme les serres-vergers, au moyen d'ouvertures de 60 centimètres de large pour la grande serre, ou de la moitié pour la plus petite. Ces ouvertures doivent (Hre au milieu, sur les bas cotés, et des morceaux de bois à glissement ou mieu.\ des châssis seront établis pour être ouverts ou fermés à volonté. On peut planter les Oran- gers, soit en pleine terre, soit en caisses ou en pots. Sans aucun doute leur croissance serait do beaucoup hâtée si l'on pouvait placer des tuyaux d'eau chaude à deux pieds sous le sol, mais, après expérience, j'incline il croire que cela n'est pas absolument indispensable, car si les bordures ou plates-bandes sont élevées de .'JO centimètres au-dessus du l'ond de la serre, elles recevront assez de chaleur par l'atmosphère environnante, et la température sera très suffisante pour maintenir les arbres en bonne santé. La culture des Orangers en caisses ou en pots est très simple. Leur terre se composera par parties égales de terre de prés, de terre de bruyère et de fumier très décomposé, les deux premières n'étant pas criblées, mais lais- sées en assez gros morceaux avec le gazon et les racines. Dans ce ter- reau, les arbres pousseront vigoureusement et porteront beaucoup de fruits, mais à condition de recevoir une chaleur modérée et constante autour des racines, résultat qu'on obtient facilement en enfermant les tuyaux dans un caniveau de briques couvert do tuiles ou d'ardoises sur lequel on pose le fond des pots d'Orangers. Pour la plantation en pleine terre, on préparera un compost de deux parties de terre franche gazonnée et deux parties de fumier très décom- posé et de terreau de feuilles. Après la plantation, les plates-bandes devront être fortement foulées, car les Orangers semblent surtout floris- sants dans les terres compactes. Les jardins d'Orangers de Nervi, où l'on cultive ces arbres en grand pour l'exportation, et d'où les marchands d'huile amenaient autrefois les fruits à Londres en grande quantité, sont dans une terre franche jaune et tenace. La meilleure forme pour les Orangers sous verre est celle à tète arrondie, que ces arbres prennent d'ailleurs naturellement; si l'on cherche à les tailler en pyramide, les branches du bas deviennent rapidement faibles et malades. Si l'on plante des arbres dont la tige n'atteint pas 1 mètre, on peut monter celle-ci graduellement jusqu'à ce qu'elle arrive à 1"60, hauteur suffisante pour une bonne végétation. On les plante de 1"'50 à 2 mètres de distance, selon les dimensions de la serre et la place dont on peut disposer pour chaque arbre. Il ne faut pas oublier que dans les petites serres on doit maintenir les tètes compactes par des pincements d'été, tandis que dans les plus grandes on accorde une plus grande liberté de croissance, de manière à permettre au propriétaire de s'asseoir à l'ombre de ses Orangers. Il n'y a qu'un véritable amateur du jardinage qui puisse imaginer le pur et calme plaisir que l'on ressent à se promener le matin — 49 — dans sa serre à Orangers, pendant les mois sombres de l'année, et à cueillir de temps à autre une orange bien mûre. J'ai acquis une grande expérience dans la culture, et je puis ajouter, dans la dégustation des fruits, mais je déclare que je n'ai jamais éprouvé autant de plaisir à déguster aucun fruit qu'une bonne orange cueillie par moi en hiver sur mes arbres. On ne connaît encore qu'un petit nombre de très bonnes oranges pour dessert. L'amateur qui veut créer une orangerie pour l'approvisionne- ment de sa table ne doit pas songer à planter les nombreuses variétés du genre Citrus cultivées en France et en Italie; ce sont pour la plupart des formes de fantaisie, cultivées pour leur feuillage et pour leurs fleurs plutôt que pour leurs fruits. L'une des variétés les plus jolies et les plus prolifi- ques comme oranges de dessert est la Tangérine; l'arbre porte de petites feuilles et atteint rarement plus de 2 mètres, même dans le nord de l'Afri- que. Sa principale qualité est de mûrir tût, de sorte qu'en octobre, juste au moment où les pêches et les derniers fruits du dehors sont passés, ce petit fruit si sucré se présente pour le dessert. Aucun fruit n'est plus délicieux par le développement de son arôme et l'abondance de son eau parfumée. Il diffère totalement, dans cet état, de ceux qu'on apporte de Lisbonne en novembre et décembre, et dont la chair est desséchée, contractée et fibreuse au lieu d'être prête à éclater sous la pression du doigt, comme dans ceux que l'on cueille aux arbres. Comme toutes les oranges de serre, on doit servir les Tangérines avec quelques feuilles attachées au pédoncule du fruit, de manière à montrer qu'elles n'ont point voyagé. Parmi les oranges de belle grosseur, la Malte sanguine est au premier rang. Quand elle est fraîchement cueillie, elle est très différente de celles qui sont importées même par les steamers les plus rapides. Je n'ai eu la preuve convaincante de cette assertion qu'en 1866, ayant eu l'occasion de comparer de très beaux fruits qui venaient d'arriver de Malte avec des fruits de mes propres arbres. Les premiers, quoique riches et juteux, avaient un goût plat comparés avec les autres ; ils manquaient du croquant et de l'arôme si agréables dans les seconds. Le grand avantage de planter cette sorte réside dans sa tendance à fructifier très jeune; elle est si prolifi- que ici que des arbres hauts de 60 centimètres portent déjà de nombreux fruits. On a importé des Açores (le Paradis des Orangers) d'autres variétés égales à celle-ci en qualité, mais à chair non sanguine. L'une des meil- leures est l'orange de S'-Michel. Son écorce est fine, sa chair très juteuse et sa fertilité remarquable dès le jeune âge. Dans nos orangeries, elle mûrit à la fin de décembre et pendant les mois de janvier et février, comme la AJalle sanguine. En dehors des trois principales variétés que je viens de mentionner, il en existe plusieurs autres intéressantes et de valeur. On ne doit pas chercher, sans doute, dans les oranges, autant de différences de saveur que dans les poires, mais je suis convaincu que lorsque nos palais seront mieux éduqués sur la saveur de ces fruits, nous leurs trouverons de déli- cates différences. J'ai trouvé l'orange Mandarine toujours plus grosse et plus plate que la Tangérine, et d'un parfum moins délicat. Les oranges Embiguo, Œuf, Argen- - 50 — tée, la Botella, la Blanche, et autres (toutes variétés des Acores), ont des qualités diverses, et sont dignes d'une place dans toute collection. J'ajou- terai que le Limon, principalement le Limon impérial, est digne de la culture de même que le Petit Citron, qui est de l'acidité concentrée. Les oranges sont particulièrement belles et savoureuses cette année à Sawbridgeworth, et la vue de l'abondante récolte que portent mes arbres est des plus agréables. Tu. Hivers, à Sawb^idgc^Yorth. LOCA. Les promeneurs des galeries du Palais royal s'arrêtent depuis quelque temps aux vitrines de Chevet et jettent un regard inquisiteur sur de petits tubercules oblongs, les uns rouge vif, les autres jaune pùle, qui sont de nature à intriguer même des horticulteurs éraérites. Il nous a paru inté- ressant de répondre publiquement à la question qui nous a été faite sur ces plantes, dont le personnel de M. Chevet môme ignore le nom vrai et l'histoire, ainsi que nous nous en sommes assuré. Ces deux sortes de tubercules appartiennent à une seule espèce botani- que, YOxaiis tiiberosa. On les connaît et on les cultive au Pérou et en Bolivie, où d'ailleurs ils croissent à l'état sauvage, sous le nom d'Oca. Sans être capables de fournir un mets très savoureux, ils sont de beaucoup pré- férables, étant bien accomodés. ù la Capucine tubéreuse, à l'Ulluco, et à plusieurs autres plantes autrefois préconisées et qui ne valent décidément pas le diable. Lorsqu'on arrache les Ocas au Pérou, ils offrent nne grande acidité, qu'on fait disparaître en les exposant cinq à six jours au soleil, où ils Oca rouge. Uca blanc — 51 - subissent une métamorphose analogue à la maturation des fruits. En cet état, suivant l'expression de M. Weddell, qui a fait des recherches appro- fondies sur les produits végétaux de la Bolivie, ils deviennent des sortes de " pruneaux très sucrés .., et ne sont pas inférieurs à une bonne pomme de terre, avec un goût de châtaigne très agréable. On les appelle alors Canni. Sous une autre forme encore, lorsqu'on les expose à la gelée, ils deviennent la caia, sorte de cliuTio, analogue au chuno de pommes de terre, que l'on obtient par la macération dans l'eau de ces tubercules gelés. C'est une préparation très estimée à Cuzco (Pérou) et à la Paz (Bolivie), ainsi que dans beaucoup d'autres villes de la région sub-andienne, mais qui n'aurait guère de succès en Europe. Il est fort probable que les curieux qui essaient de préparer les Ocas de chez Chevet se contentent de les accomoder avec une sauce française. Si notre soleil d'hiver, si pâle et si rare, pouvait per- mettre une insolation préalable à la préparation culinaire, nul doute que la saveur en serait bien plus relevée et plus agréable. C'est un avis que nous donnons aux gourmets qui en ont mangé et qui n'hésiteraient pas à recom- mencer l'expérience. Ed. a. • LES PLANTES POTAGÈRES «OLVELLES ET LEIR N0MENCL.4TIRE. Tous les hommes qui se sont occupés sérieusement des plantes économi- ques ont été, comme nous , frappés de la nécessité d'établir une nomencla- ture homogène, qui permette de les reconnaître au moyen de la langue latine, adoptée depuis longtemps et avec raison par les nombreux botanistes qui se sont succédé et qu'on peut faire remonter à la plus haute antiquité ; tous ont reconnu, comme nous et avec nous, qu'il ne suffisait plus du nom spécifique, mais qu'il fallait désigner chaque variété fixe par un adjectif latin qui lui soit particulier. Parmi les auteurs remarquables qui se sont occupés de cette grave et importante question, nous citerons des noms bien connus et bien sympathiques, et qui ont quelque autorité dans la science. Nous voulons parler de l'abbé Le Berrioys, de de Candolle, de M. Seringe, etc., qui n'ont pas craint d'aborder franchement la nomenclature des plantes potagères et à leur donner des adjectifs latins. Ont-ils eu raison de le faire? Oui, certainement. C'est donc d'après cette lacune, qui n'existe que dans les plantes pota- gères, cela est digne de remarque, que nous avons eu l'honneur d'adresser, aux Congrès internationaux d'horticulture et de botanique, tenus en Belgique, à Amsterdam et à Londres, une première liste de plantes pota- gères, contenant les noms latins, auxquels nous avions ajouté des adjectifs dans la même langue, avec prière aux botanistes et aux latinistes, faisant partie de ces Congrès, de la modifier, de la corriger et de la perfectionner. En Belgique, les avis furent partagés, et notre proposition reçut un assez mauvais accueil, quoiqu'elle ait été soutenue par des hommes fort honora- bles et dont le talent ne fait aucun doute. Comme cette proposition était — 52 — une idée toute nouvelle, elle effaroucha tous les routiniers, si nombreux ordinairement dans ces genres de réunions, et qui finirent par en triompher; on ne s'en occupa pas. Les uns prétendaient que la proposition était impos- sible à généraliser et d'autres, incapables de produire une idée quelconque, nous tournèrent en ridicule, qui tuent un homme ordinairement, et ils le savent; d'autres, jaloux que cette idée n'ait pas été présentée par eux, s'en prirent à notre mauvais latin, qui, comme le dit fort spirituellement M. André, était du latin de cuisine; nous ne sommes pas latiniste, tout s'en faut, et nous avions prié nos collègues plus savants que nous, et ils sont en grand nombre, de vouloir bien rectifier les incorrections, qu'à l'avance nous leur signalions; enfin, le Congrès à la majorité repoussa la proposition faite par nous. Mais, au Congrès d'Amsterdam, il en fut autrement : on adopta notre proposition et on lui fit l'honneur de l'imprimer dans son entier dans le compte-rendu des travaux du Congrès. La Hollande contient des hommes sérieux et calmes, consciencieux et éclairés, équitables et indépendants, qui ont reconnu qu'il y avait quelque chose à faire, et ils en ont saisi la réunion assemblée; ils ont jugé que, puisque les arbres, les végétaux de serre et de la pleine terre recevaient des adjectifs latins, il était important d'étendre cette nomenclature aux plantes potagères et économiques; alors ils ont imprimé notre proposition. Nous le demandons à tous les hommes de bonne foi, qui n'ont pas de parti pris, qu'elle différence y a-t-il entre une plante horticole et une autre, et pourquoi on donne aux fleurs, par exemple, trois ou quatre adjectifs latins successifs, à la même plante, souvent très variable lors du semis, tandis qu'on le refuse aux plantes potagères, qui sont les plus utiles et qui forment la base de l'alimentation générale? En vérité, cette obstination a lieu de nous étonner. Ainsi, par exemple, on adopte, et je cite au hasard, le Sittlterlandia spectabilis fJoribunda alba, le Lobelia crinus slricta mulliflora, le Delpliinium ornalum candelabrum , le Perislrophe angustifolia atireo-marginata, le Phlox Drumondi alba grandiflora, YAgrostema caii rosa nana, etc., etc.; nous ne nous en plaignons pas, mais il nous est permis de demander le motif qui fait refuser l'adoption aux plantes potagères des adjectifs, qui serviraient à les désigner, et qui aui'aient pour but d'éviter la confusion des noms les plus bizarres et les plus vulgaires, qu'on attribue à ces plantes, faute d'une nomenclature régulière et unique, reconnue par tous les botanistes et les jardiniers de l'Europe; ou bien croit-on que la classe des hommes qui se livrent à la culture des fleurs .sont plus savants et plus intelligents que ceux qui s'occupent modestement des plantes utiles et économiques? Toute la question est là et non ailleurs. Notre bon ami et notre maître, Poiteau, avait mille fois raison, quand il nous disait que les botanistes auraient fort à faire lorsqu'ils voudraient débrouiller la nomenclature des plantes potagères et y établir un certain ordre. Eh bien, selon nous, c'est ce travail, qui serait de la plus haute importance à faire, qui empêche les savants de l'aborder et de s'en occuper; mais nous pensons et nous espérons qu'un jour viendra, prochain peut-être, ou un homme compétent abordera ce travail avec courage et résolution. Pour cela, il faut deux choses ; posséder à fond la — oS — langue latine et être botaniste, pour bien déterminer le caractère distinctif de chaque plante. En attendant l'arrivée de cet homme de bien, il faudra connaître les langues allemande, anglaise, française, espagnole, etc., si Ion veut comprendre les noms des légumes, imprimés sur les catalogues ou dans les livres publiés dans ces différentes langues, que très souvent il est impossible de traduire, et c'est ce qui se présente fréquemment. C'est ainsi que nous lisons dans le catalogue de M. Vilmorin : le pois Dickson s first and Best, le pois Laxton's Alpha, le pois Mac Lean's Best of ail, et sur les nou- veautés de M. Duflot, la Nuheman Park tvinle cos lettuce, etc. On voit qu'il serait utile pour tout le monde d'adopter la langue latine, comme base, dune nomenclature uniforme, qui serait appelée à rendre de grands servi- ces aux horticulteurs, même sous le rapport des transactions; et la Prusse avec ses Kohi- samen, Kuchenkràuter-samen, Wurzel- uni Ruben-samen, Zwie- bel-samen, etc.? Croit-on que la plupart des Français, des Anglais-, com- prendront un mot de ce qui est parfaitement correct dans cette langue? Quant à nous, nous ne le pensons pas. Il est aisé de comprendre, d'après les observations qui précèdent, que notre proposition sur les adjectifs latins, adaptés aux plantes potagères, n'était pas sans avantage, ni dénuée de fon- dement. Elle a été critiquée, ridiculisée; elle l'est encore à l'heure qu'il est par des hommes manquant d'initiative et incapables d'une idée nouvelle et qui suivent le plus ordinairement les voies battues ; c'est quelquefois plus commode et souvent c'est aussi le moyen d'être, toujours avec les gros bataillons. Avec l'espoir que notre voix sera tôt ou tard entendue, et qu'un latiniste nous viendra en aide ou qu'il donnera suite à notre proposition en dehors de nous, nous allons passer en revue les plantes potagères nouvellement introduites en France. Voici d'abord celles de M. Vilmorin, suivies de quelques détails sur leur dénomination : Betterave rouge pyrifornie de Strasbourg, racine moyenne, demi-longue, en forme de poire, de couleur très foncée. Carotte rouge demi-longue de Luc, variété perfectionnée, cylindrique-obtuse, ayant la forme de la Nantoise. Chicorée scarole Béglaise de Bordeaux, voisine de la scarole en cornet; semée en août, elle a bien passé l'hiver dehors et elle a formé au printemps une véritable pomme, ovoïde allongée, assez forte, se coiffant et blanchissant seule. Chou de habas hâtif, blond, à pied court, cette variété est un peu blonde, à pomme ondulée et peu serrée. Chou navet jaune plat hâtif, à racines rondes applaties, très nettes, collet presque uni et fin. Concombre Agourei de Russie, variété hâtive à fruit ellipsoïde, à écorce brun clair ou mordoré. Courge Zapallito du Brésil, non coureuse, à fruit applati aux deux pôles, à écorce d'une teinte vert grisâtre et à chair jaune verdàtre orangé. Cette variété tient peu de place dans les jardins, où on peut la planter à 50 ou 60 centimètres de distance. MM. Vavin et Ravenel, qui ont cultivé le Zapallito, ont été satisfaits du résultat. — 54 - Dolique corne de Bélier (Doliclios bicontortusi, plante très curieuse du Japon, à gousses opposées, contournées et disposées absolument comme les cornes d'un bélier. Haricot pridoine nain rose, excellente variété sans parchemin; précoce et abondante. Haricot comte de Vougy, variété que nous cultivons depuis longtemps déjà, très bonne pour manger en aiguilles ; cette variété est la même que le haricot chocolat de M. Vavin. Oignon blanc rond dur de Hollande, aussi hâtif, de la même grosseur et aussi blanc que celui de Paris; seulement les bulbes en sont plus fermes et plus épaisses. Pois remontant à rames, le vert et le blanc; c'est une e.vcelleute conquête pour les jardins potagers, s'il justifie son nom. Cette variété a été communi- quée à M. Vilmorin par M. Gauthier; il a le grand mérite de produire pen- dant une période de temps très long; il commence à fleurir à peu près en même temps que les Pois Michaux, et il continue à donner une production incessante pendant une grande partie de l'été, aussi bien sur la tige prin- cipale, qui présente souvent quinze à seize étages, que sur les ramifications secondaires qui naissent des nœuds inférieurs n'ayant pas fleuri; les gousses sont au nombre de deux ordinairement à la maille. A la suite de ce pois, extrêmement intéressant jiour les amateurs de légumes, viennent d'autres variétés anglaises, dont nous parlons plus haut, ainsi que des pommes de terre de différentes variétés. De son côté, M. Duflot, marchand de graines, quai de la Mégisserie, 2, à Paris, nous indique les espèces et les variétés suivantes : Betterave roiuje-noir longue, à feuilles rouge foncé. Betterave rouge plate d'Ëgijpte, très hâtive à chair rouge foncé et sucrée. Céleri blanc court, hâtif et blanchissant seul. Chou-fleur impérial, variété donnant des têtes aussi fortes ou à peu près que la variété Lenormand, mais il est plus précoce de printemps et d'au- tomne; la graine en est blanche, unie et très serrée; son feuillage est un peu allongé et moins cloqué; à la dégustation le Chou-fleur impérial est fin, crémeux et moelleux, et il n'a pas le goût prononcé de chou, toujours si désagréable aux personnes qui ont l'estomac faible. Concombre long vert grec d'Athènes, excellent; le plus fécond et le plus gros des concombres. Haricot intestin, variété remarquable par sa cosse charnue, et sans parchemin. Haricot Comtesse de Chambord, variété naine déjà ancienne, à grains, et l'une des plus productives laitues romaines anglaises; Nuheman Parle, dont nous avons déjà parlé. Laitue romaine pomme en terre, très bonne pour la culture sous châssis et la pleine terre. Laitue Reine des laitues, excellente variété à fortes têtes, très tendre, bonne pour la pleine terre. Laitue Bossin, la plus grosse de toutes les laitues; elle atteint souvent le — oo — poids de 3 à 4 kil. chez nous, à Hannencourt; elle est bonne en salade et à cuire. Laitue Palatine impériale, très fortes têtes, très bonne en salade ; elle con- vient pour la pleine terre. Mâches vertes d'Etampes, plus grosse et plus méritante que la grosse mâche ronde. Melon d'Angers, de pleine terre, fruit applati aux deux pôles, chair sucrée et fondante. Melon Gnribaldi, rond, à côtes peu marquées, recouverts d'une broderie fine ; chair rouge pâle. Melon Victor-Emmanuel, très bon, oviforme, peau lisse, chair blanchâtre, fondante et sucrée. Melon de vingt-huit jours, cantaloup, chair jaune, épaisse, fondante et très juteuse. Melon Camerton court, bon à cultiver, oblong, chair jaune musquée, cro- quante et sucrée. Melon Wviter dark green, bonne variété à fruit oblong, chair juteuse, fon- dante et sucrée. Melon de Saint-Nicolas, variété oblongue à chair rouge, sucrée et fondante. Melon Moschatello de la Fourmilière, oblong, chair jaune, sucrée et fondante. Melon d'Esclavonie, bon à cultiver, chair verte, fine, juteuse et très sucrée. Radis gris d'hiver de Laon, variété recoramandable. Radis gris de Gournay et radis violet de Montdidier. Tomate Trophy, variété américaine, très précoce, à fruits énormes et d'un goût exquis. Après avoir parcouru ces deux listes, il sera facile aux amateurs de nouveautés légumières de faire leur choix, d'en cultiver et d'en contrôler les avantages-,- que nous donnons d'après les auteurs. Parmi ces légumes et ces fruits légumiers, quelques-uns nous sont connus et nous n'hésitons pas à les recommander en passant. BOSSIN. NOTES SUR LE JARDIN POTAGER ET FRUITIER. Une excellente pomme de terre. — MM. Sutton & Sons ont mis au commerce une délicieuse pomme de terre sous le nom de Redskin jlour- ball. Elle commence à se répandre sur le continent. Nous la recomman- dons chaudement à tous les amateurs. Elle est belle, grosse, ne prend pas la maladie, est très prolifique, d'une chair excellente et farineuse. C'est une acquisition parfaite. j. Cook. Salade d'hiver. — Un jardinier de Kensington recommande une nou- velle salade, que nous n'avons vu indiquer nulle part. C'est le El d noir ou - 56 - Sarrazin. On en sème en pots, l'hiver, dans le coin d'une serre, et on coupe les jeunes plantes ;\ 10 centimètres de haut, toute la mauvaise saison, pour en faire une délicieuse (f.) salade. A essayer, au moins une fois! A. BoissÉ. Nouvelles framboises américaines. — Trois nouvelles variétés, non de véritables framboises, mais de ce que les Américains appellent de ce nom, c'est-à-dire des mûres ou fruits de ronces comestibles, ont fait leur apparition en Angleterre. Leurs noms sont Laivlon, Wihon's earhj et Kitlaninng. On en dit le plus grand bien et on prétend qu'elles peuvent lutter avec nos framboises. Nous verrons bien. k. Id^us. Le fumier de chiffons. — M. Jaequemyns, dans le Bulletin d'Arbo- riculture de Belgique, dit avoir obtenu une magnifique végétation de ses arbres fruitiers plantés dans un sol maigre en ajoutant au pied de chacun 10 à 12 kilog. de chiffons de laine, qui sont un engrais lent, très riche en azote et produisant les meilleurs effets. P. Erceau. HORTICULTURE D'ORNEMENT. LES RHODODENDRONS DE SERRE FROIDE. Quand le docteur Hooker envoya des hautes montagnes de l'Himalaya, ;\ la fin de son voyage, en 1847-48, la collection des 40 Rhododendrons qu'il y avait découverts, les horticulteurs furent émerveillés, quoiqu'un peu incrédules sur la véracité de ses assertions. Ils ne pouvaient croire surtout que les graines qu'on leur distribuait si abondamment allaient reproduire ces plantes aux fleurs fantastiques que le pinceau de Fitch avait illus- trées dans une magnifique publication. La chose devenait trop commune pour que l'on crût ;\ sa supériorité. De plus, beaucoup de ces plantes sont d'une culture assez difficile; d'autres, de véritables arbres, ne montrent leurs fleurs qu'après de longues années et lassent la patience des amateurs. Enfin, la plupart, bien qu'Originaires des hauts sommets du Sikkim, du Tiiibet, du Népaul (à 4000-5000 mètres), en y ajoutant quelques autres espèces précédemment connues, exigent la serre froide, car leurs jeunes pousses se développent au premier printemps et sont brûlées par les gelées tardives. Il en est résulté que la culture des Rhododendrons de serre froide a été délaissée presque généralement dans ces dernières années, excepté chez quelques collectionneurs. Nous voudrions voir cesser cette exclusion in- juste. Peu de plantes sont plus belles et récompensent mieux l'amateur de ses efforts. Aux espèces himalayennes s'ajoutent celles que M. Booth a trouvées dans le Bhootan, celles des îles de la Sonde, dues à M. Low, et enfin les hybrides que les horticulteurs anglais, notamment MM. Veitch, ont obtenu de ces espèces par de judicieux croisements. Si nous réussissions à leur faire prendre un peu de faveur, nous prierions nos lecteurs de s'en référer, pour leur description et leur culture, à notre Traité des plantes de terre de bruyère, où nous avons parlé tout au long des espèces connues jusqu'en 1864. Toutefois nous devons faire un choix. Toutes les espèces, variétés et hybrides ne sont pas bonnes à cultiver dans une collection restreinte. C'est liourquoi nous conseillons de s'en tenir aux plantes suivantes, toutes de premier ordre et de culture facile : R. Sesterianum. Obtenu par M. Rinz, de Francfort; feuilles moyennes, très grandes fleurs de contexture épaisse, de belle forme et d'une odeur délicate, blanc pur parsemé de taches jaunes sur le dessus des pétales. Hybride de formosiim et de Edgeworlhi. R. Dalhousle iiybridum. Très grandes fleurs blanc rosé; feuilles gla- bres, moyennes, calyce cilié. Obtenu par M. Andersen Henry, d'Edimbourg. Hybride de DaUiousiœ et formosum. R. Stanwell ROBUSTUiM. Reçu du Népaul en Ecosse vers 1837; fleurs magnifiques, d'abord blanc violacé, puis blanc pur piqueté de points plus foncés. R. Princesse Alice. Hybride des R. Edjewortlii et ciliatum, obtenu par M. Veitch, d'Exeter. Rameaux nombreux, grêles, bruns; feuilles petites, ovales elliptiques acuminées, pubescentes, glanduleuses dessous, ciliées de poils bruns sur les bords, les nervures et les tiges ; fleurs grandes, blanc rosé. R. PR.EC0X. Hybride de ciliatum et de Balturicum, obtenu par M. Parker. Petit arbuste à nombreuses fleurs grandes violacées, abondantes; fleurit en mars. On en connaît plusieurs variétés. R. Princesse royale. Hybride obtenu par M. Veitch, des R. javanicuin et jusminiflorum. Surpassé par les variétés suivantes ; R. Princesse Alex.andra. Plante d'un port régulier, compacte, donnant à profusion des fleurs tubuleuses, blanc pur avec des étamines roses. R. Princesse Helena. Croisement de la variété précédente avec lejasmi- niflorum. Ravissante plante, de tout premier choix; fleurs longues et tubu- leuses, blanc carné ombré de rose, très abondantes. R. FRAGRANTissiMUM. Hybride des Gibsoni et Edgeworlhi. Port compacte, régulier, plante très floribonde, très grandes fleurs blanc de neige, légère- ment ponctuées sur les segments supérieurs et teintées de rose à la base des pétales, d'une odeur délicieuse. R. Dalhousle. Port rampant, vigoureuse plante à énormes fleurs en bouquets terminaux blanc rosé. Dans nos serres, elle devient buisson- neuse et ses fleurs répandent un doux parfum. — Himalaya. R. JASMINIFLORUM. Originaire de Malacca. Fleurit souvent deux fois l'an; port buissonneux; feuilles obovales, vert-noir, luisantes; fleurs tubu- leuses à limbe rosacé, d'un beau blanc, odorantes, à étamines orangées. - 58 - R. ciLiATUM. De l'Himalava; port nain, buissonneux; feuilles molles, ovales, ciliées; fleurs grandes, du blanc pur au rose foncé. Supporte bien nos hivers; fleurit en mars dans une serre froide. R. Bkooke.vnum. De Hornéo; grand et beau feuillage luisant, coriace, oblong; fleurs larges en ombelles, épaisses, d'un beau jaune orangé. Fleurit en avril-mai. Les variétés gracile et flavum sont très recommandables. R. Veitchianum. Très belle espèce, formant un arbuste moyen; feuilles coriaces, obovales aiguës, glauques dessous; fleurs blanc pur, avec un bord élégamment gaufré, larges de 10 centimètres, très abondantes. Du Moul- mein. La variété R. V. lœvigalum est du même pays, et présente des bords unis et non crispés. R. Edgeworthi. Du Sikkim-Himalaya. Port à demi-sarmenteux, feuilles ovales lancéolées aiguës, ferrugineuses et laineuses dessous; grandes fleurs blanches délicieusement parfumées, délicatement nuancées de rose. R. HooKERi. Du Bhootan, où il croit avec le Pinus excelsa, ce qui présa- gerait sa robusticité chez nous. Arbuste assez élevé, feuilles oblongues, petites, coriaces, glauques dessous; fleurs grandes, nombreuses, d'un riche cramoisi. R. FORMosuM (ou GiBSONi). Himalaya. Feuilles petites, fleurs grandes, blanches, très abondantes, dans le genre de celles du R. Edijewurlhi. Les R.jAVANicuM (souvent délicat) et Boothi sont encore recommandables. La culture de toutes ces plantes est des plus simples. Terre de !)ruyère pure, fort drainage, pots poreux et pas trop grands, sortie à Tair libre l'été à mi-ombre, culture des Camellias en un mot, et si l'on pouvait plantation en pleine terre dans un jardin d'hiver, tels sont les moyens d'obtenir une belle végétation et une splendide floraison. Ed. André. CHOIX DES PLUS BEAUX ACACIAS DE SERRE FROIDE. Ces beaux arbrisseaux australiens sont représentés par des espèces si nombreuses, que l'amateur ne sait lesquelles choisir. Il peut être utile de lui donner une liste des plus belles espèces suivant leurs époques de floraison.' Il sera certain que peu de plantes récompenseront aussi largement ses soins que celles-ci : Acacia cochlcaris, jaiivioi' à mars. — Riceana, mars îi juin. — vlscidula, mars à mai. — diffusa, mars à avril. — argyrophylla, — — hispidissima, aM'il à mai. — longifolia, — — grandis, — — veslita, — — laxifolia, — — verlicillala. — — pubescens, — Acacia sophorx, avril à mai. — linifolia, — — suaveolens, — — armala, jvril à juin. — Druramoudi, — — paradoxa, mai. — olesefolia, — — undulxfolia, — — Latrobiei. — — floribunda, — — asparagoides, mai ."i juin. — pulchell:i. — — 59 - Toutes ces plantes sont à fleurs plus ou moins jaunes, très gracieuses, de facile culture en serre froide ordinaire et en terre de bruyère. Dans la région méditerranéenne, à Nice et à Hyères notamment, nous avons vu la plupart de ces espèces charmantes croître en plein air sans abri. En 18G2, le jardin de M. Alphonse Karr en possédait une véritable avenue, dont la floraison hivernale était d'un effet superbe. Dans nos serres, où ils fleu- rissent également l'hiver, il faut les palisser le long des murs pour obtenir le maximum de leur beauté. Ed. a. NOUVELLES PLANTES GRASSES. Le célèbre collection de Cactées et plantes grasses diverses de M. Peacock, à Hammersmith, Londres, vient de s'enrichir des remarquables nouveautés suivantes : Ag.\ve Corderoyi. — Introduit par M. Besserer. Feuilles en forme de courroie, planes, vert pâle, de 60 centimètres de long, larges de 4 centi- mètres; port compacte, semi-caulescent, feuilles supérieures canaliculées; très distinct des autres espèces. YuQCA Eylesii. — Originaire du Mexique comme le F. baccata, que nous avons décrit dernièrement; port d'un Palmier, tiges de 3 mètres de haut, couronnée d'un épais feuillage, long de 80 centimètres, sans aiguillons ni filaments. PiLOCEREUS Peacockii. — Importé du Mexique par M. Roezl; espèce di.stincte à longs poils blancs et épines de la même couleur, de 25 milli- mètres de longueur. P. HoppENSTEDTA. — Du même importateur; tige à angles aigus, avec des épines noires et blanches, longs de 5 centimètres, formant une masse épaisse au sommet. MaJiILLaria Peacocki. — Curieuse espèce ressemblant à de la laine filée; les aiguillons couvrent entièrement la tige. Envoyé du Mexique. Toutes ces plantes ont reçu des certificats élogieux de la Société d'Horti- culture de Londres. Detector. NOTES SUR L'HORTICULTURE D'ORNEMENT. Culture des Lis. — Au moment où M. Ed. André vient de citer dans sa chronique de remarquables faits de culture, il n'est pas sans intérêt de rappeler aux amateurs peu exercés les conditions dans lesquels le Liiium auratum croît au Japon. La plante, qui croissait autrefois avec une extrême abondance dans les environs de Nagasaki, ne se trouve plus A l'état sauvage — 60 - qu'à de grandes distances, et si le commerce continue à en faire une aussi grande consommation, la source sera bientôt épuisée. Dans les jardins, on les laisse tout l'hiver dans le sol, comme nous faisons en Europe pour le T. tigrinum ; on n'en prend point de soins particuliers. Mais les espèces plus délicates et plus rares sont traitées au Japon d'une manière spéciale. A l'automne, quand les tiges sont flétries, les Japonais arrachent le bulbe, enlèvent les parties mortes, l'exposent 15 jours à l'air, mais non au soleil, et le replantent, en pleine terre, couché, pour que l'eau ne séjourne pas entre les écailles. La terre des jardins à Lis est généralement noire, pro- fonde, légère et siliceuse. Cependant on n'a jamais vu de Lilium auralum au Japon porter autant de fleurs qu'en Angleterre. La prati(iue de tenir les oignons couchés dans le sol l'hiver peut être recommandée comme intelligente et efficace. P. Erceau. Iris Iberica. — Cette charmante espèce, que nous avons décrite et figurée ici, a prospéré merveilleusement en plein air cette année dans les quelques jardins qui la possèdent, soit en Angleterre, soit sur le continent, grâce à la température exceptionnelle de cet hiver, isous en avons vu chez M. Linden, à Gand, en très bon état, et nous en possédons qui -vont fleurir. La plante commence à se répandre; c'est une délicieuse acquisition. Ed. A. Cyclamen Peakeanum. — Très jolie plante, fort peu connue, que l'on rencontre (■h et là dans les collections anglaises, et que nous ne saurions trop recommander. En serre froide, elle embaume par ses fleurs qui se re- nouvellent sans cesse et son feuillage reste persistant. Culture des autres espèces. Detector. Euphorbia amygdaloides. — Cette grande Euphorbe de nos bois, plantée sur le bord des grands massifs dans les mauvais terrains, fait le meilleur effet. Par les hivers rigoureux, les vieilles tiges disparaissent et une nouvelle verdure fraîche et pâle au printemps vient former contraste avec les arbustes d'alentour. Cette année, pas une feuille n'a été touchée. Nous en avons vu des pieds superbes dans plusieurs jardins botaniques. C'est une plante vraiment ornementale, digne des grands parcs comme des petits jardins et que nous emploierons désormais dans nos plantations. Eu. A. Daphniphyllum Roxburghii. — Sous ce nom, nous avons acheté, il y a deux ans, chez un horticulteur à Londres, un arbuste de plein air que nous avons mis à l'étude. Comparaison faite, il s'est trouvé que la plante ne présente pas la moindre différence avec le Liguatrum amiirense. Nous nous trompons, elle en présente une : c'est que nous l'avons pavée 3 shillings, tandis qu'on a partout le Ligustnim amurense pour le quart de ce prix. D'où vient l'erreur et d'où l'horticulteur anglais a-t-il reçu cette plante? Nous serions bien aise d'être renseigné à cet égard. Ed, A. — Gl — CHRONIQUE HORTICOLE. Avril 1875. Importation de Kakis en Europe. — Il est permis de croire aujourd'luii que la lumière va se faire avant peu sur les questions si con- troversées qui s'appliquent aux Kakis japonais. La rareté des spécimens ■vivants en Euaope des diverses espèces ou variétés comestibles avait jus- qu'ici empêché de contrôler les assertions diverses faites à leur sujet. Nous apprenons qu'un envoi assez important de pieds de Diospijros du Japon, au nombre, dit-on, de huit variétés, vient d'être fait en Angleterre. Ils ont été vendus en vente publique par M. Stevens le 10 mars, d'après les ordres de MM. Teutschel et C'^ de Colchester, à qui les plantes avaient été expédiées. Sans aucun doute, les faits qui se rapporteront à leur fructifica- tion dans les jardins de l'Europe seront connus des journaux horticoles. Le Nerine Sarniensis au Brésil. — Nous avons reçu de M. Fred. Albuquerque, à Rio-Grande do Sul (Brésil), la lettre suivante : Rio-Grande do Sul (Brésil), 3 mars 1873. Monsieur, CVsl seulement aujourd'hui que j'ai lu la 18" livraison de illustration horticole, dans laquelle vous dites du Nerine Sarniensis: -Sortie de Guernesey, il est rare que la plante refleurisse; il faut retourner à la source chaque année. Je crois intéressant de vous communiquer qu'en décemlire 1871, j'en reçus de Paris cinq ognons, qui turent plantés en terre argileuse dans la Serra dos Taipes, à 19 lieues d'ici, et autant à peu près du bord de la mer. Quelques mois après, retournant ici, je les ai empotés ; il la chule des leuilles, tous les ognons lurent arrachés, les petits ognons nouvellement formés séparés, et tous furent mis en godets avec du terreau de feuilles pris dans les bois; au mois de janvier dernier, trois des ognons venus de Paris commencèrent à montrer leurs hampes. Mais eu pots avec le même terreau ils y montrèrent leurs belles fleurs bieu épauouies. Fleurirout-ils encore l'année prochaine'? et les deux autres fleuriront-ils également"? Dans tous les cas, j'ai cru utile de vous communi(iuer le fait de la floraison de trois d'entre cinq ognons de Nerine, quatorze mois après leur réception d'Europe, et ayant été cultivés en terre argileuse, au lieu de sable de mer. Agréez, Monsieur, etc., etc. Fréd. Albuquerque. La floraison soutenue des Nerine est fort rare; ceux qui cultivent cette belle plante le savent bien. A eux de profiter de l'intéressante communica- tion de M. Albuquerque, dont nous le remercions sincèrement. MM. Crousse et Sisley et le Primula japonica. — C'est mainte- nant chose jugée que la germination des graines de cette capricieuse plante. Nous avons reçu de MM. Crousse, de Nancy, et Sislej, de Lyon, des lettres qui corroborent ce qui résulte de nos propres renseignements : à savoir que ces graines lèvent inégalement, qu'il faut avoir la patience de les attendre, ne pas les mettre en serre et surtout les garder six mois ou un an s'il le faut dans des terrines tenues fraîches, au nord, en plein air. Elles lèveront un beau jour à pleine terre comme cela a lieu maintenant chez nous sur les TOME XX. — AVRIL 1873. - 62 - semis que nous en avions fait l'année dernière. M. G. Riegel, fleuriste- jardinier au parc d'Eiigliien, nous informe aussi qu'il a obtenu de très bons résultats en employant le procédé suivant pour hâter la germination des graines de Primevères et des plantes alpines, dont la levée est irré- guliùre ou difficile : On sème ces graines sur une feuille de papier brouillard, on saupoudre d'un peu de sel de cuisine et on couvre d'une seconde feuille du même papier, sur laquelle on met une couche de neige ; . quand on n'a pas de neige, on mouille le papier avec de l'eau froide; puis on transporte le tout dans un lieu ombragé dont la température ne dépasse pas -}- 3 à -}- 4° R. L'humidité produite soit par la neige, soit par l'eau dissout peu à peu le sel qui provoque le ramollissement des graines. Dès qu'on s'aperçoit que celles-ci sont suffisamment gonflées, on les ramasse et on les sèche légère- ment entre deux nouvelles feuilles de papier brouillard, pour les semer ensuite comme d'autres graines. Nous regrettons que le défaut d'espace ne nous permette pas d'insérer in extenso les lettres de ces messieurs, fort intéressantes, mais nous croyons la cause entendue et nous n'aurons plus à y revenir. Graines de Ferula Tingitana. — Le môme M. Sisley, un semeur amateur et publiciste horticole lyonnais des plus distingués, comme chacun sait, nous fait une office qui s'étend à nos lecteurs et que nous nous empres- sons de leur faire connaître. Il s'agit de graines d'une admirable plante à feuillage ornemental, pas assez connue ni répandue, une ombellifère du Maroc, nommée Férule de Tanger {Ferula Tingitana). Isolée sur les pelouses, cette plante, aux vastes feuilles découpées en divisions plumeuses et filifor- mes, portant ensuite d'immenses hampes surmontées d'ombelles de fleurs jaunes, produit le plus bel effet. On peut demander ces graines par lettre affranchie et en y joignant un timbre-poste à M. Sisley, à S'-Maurice- Montplaisir (Lyon), qui se fera un plaisir d'en envoyer un petit paquet gra- tuitement ;\ chaque postulant. Exposition horticole à Bath. — L'exposition provinciale de la Société royale d'Horticulture de Londres aura lieu cette année à Bath. On assure qu'elle sera digne des précédentes, qui se sont tenues les deux années passées à Nottingliam et à Birmingham. "Vente des "Violettes à Paris. — Le journal le Temps affirme que la valeur des violettes vendues chaque printemps à Paris est du prix de 000,000 francs, et que le nombre des bouquets petits ou gros de cette fleur dépasse le chiffre énorme de 5,855,000. Nécrologie. — L'un des vétérans les plus distingués de l'horticulture européenne, M. Jacob-Makoy, est mort à. Liège le 4 de ce mois. Il était né en 1790 et avait par conséquent fourni une longue carrière. L'intelligence, la probité, l'aménité, avaient depuis longtemps attiré à lui la sympathie des horticulteurs de la Belgique et de l'étranger. Il laisse de profonds regrets dans l'horticulture belge. L'établissement horticole qu'il avait si largement développé à Liège était de premier ordre. Ed. André. 122-123 - 63 PI. CXXII-CXXIII. CALATIIE/V (MARAMA) IIIEROGLYPIIICA, l™ et mm. calathéfl porte-hiéroglyphes. Cannacées. ËTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir Illiistr. hortic, 1870, p. 54. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : acaulis, glabia ; pctiuli brèves, robusti, cylindraceo-com- pressi, c vaginis basilaribus brevibus traiisluceiilibus roseo-violaccis orieiUes, apice modice gcniculali, violacpo-lulesceiiles; lamina horizoïitalis abrupte expaiisa elliplico-obtusa breviler mucronala, superficie uervis priniariis sulcalDunduhita, intense viridis niedio pallidior-sniarag- dina inler nervos parallclos biviltata viltis longis argenteis interruplis oriiata. nitore aurato indula, subtus pallidior violaceo-colorata aul niaeulata, lucis lusu sub epidennide lineis capil- lariiius iransvorsis tessellata; flores '.' lu sylvis Nov;c-Granal;e, IHI'2. Ad vivuui descripsi iu liorlo Liudeuiano. — Eu. A. Calathea hieroglyphica , Liudeu cl André, sp. nov. (in Lind. calai. N" 90, 1873). Comme autrefois les Grecs inscrivaient sur leurs stèles et les Pharaons sur leurs obélisques les faits mémorables de leur histoire, il semblerait que la nature a gravé, sur quelques plantes choisies dans les profondeurs des forêts du Nouveau-Monde, les tablettes de son mystérieux langage. C'est, en effet, un assemblage de vivantes hiéroglyphes qui se lisent sur les feuilles de la ravissante Marantacée offerte aujourd'hui au public. Elle a été découverte il y a seulement quelques mois, dans les solitudes profon- des des forêts néo-grenadiennes. Du sein des écailles basilaires translucides qui entourent la base des pétioles de leur légère enveloppe violet saumoné, s'élancent de robustes feuilles, bientôt étalées horizontalement et formant une touffe épaisse. Leur limbe est elliptique obtus, très courtement mucroné et présente une surface glabre et plane, légèrement ondulée par les saillies parallèles des nervures secondaires. La couleur dominante est un beau vert foncé, velouté, chatoyant, passant graduellement à l'émeraude tendre au centre. Chaque intervalle entre les principales nervures est occupé par deux ban- delettes d'un blanc d'argent, nettement dessinées, admirables de pureté, çà et là brisées et se prolongeant jusqu'à la périphérie. Sous ces deux tons si harmonieusement contrastants se lit un dessin minuscule, un réseau quadrillé de lignes capillaires d'une extrême ténuité, en un mot le tracé hiéroglyphique qui nous a inspiré le nom de l'espèce. Ce délicieux assem- blage est revêtu d'un glacis d'or miroitant, et comme d'un vernis d'ambre liquide. Nous n'avons rien vu encore qui dépasse la délicate perfection de ce charmant feuillage, dont le dessous est pourpre vineux, comme pour former une opposition plus vive avec le rayon de soleil fixé qui illumine la page supérieure du limbe. On voit par cette description que des formes de plus en plus belles se présentent chaque jour aux 3'eux des amateurs, et que le dernier mot des merveilles végétales des Tropiques n'est pas encore prononcé, Ed. André. 64 — PI. CXXIV. ECIIEYERIA IIOSACEA (?) lisden et mù. echéverio en rosace. Crassulacées. liTVMOLOGIF, : on riioiiiioiii' du pciiuro ili> fleurs mexicain Echeveria, dont les dessins n'uni pas été publiés. CARACTÈRES OÉNIÎRIQUES : calijx 5-parlilus, scpalis lolia refi'mitil)ns oivilis ima hasi sul)cuucretis; piUula \) inl'eruo coalila erecla crassa ligidnla ad neivnni médium crassiora et fore l)asi Uigona acula; sttimina 10 petalis Ijreviora l)asi euni pelalis oonirola; sfjuamœ H brèves oblus:e; carpclla 5 in stylos subulaUis abeuntia. Fruticcs earnusi moxieani. l'olia alterna caulina aut rosulata subopposita inlogorrima oiiervia ; ftorcs .secus racliim aul secus cymae ramos sesslles coccinei aul flavi. (DC. Protl. 111. p. M)\.) CARACTÈRES SPÉCIFIQUES: acaulis, rosnlans; l'olia rosulato-eonforta oblonga spatlinlata vol cuneala iudiricantia pinguia glauco-coMuleseentia, O"',fll)0 longa, 0"',000 lala, mueronala; racomi lloresque adhuc desideraulur. Ad vivum descripli haud floienteni in liorlo I.indeniano Gandavcnsi. — Ed. A. Echeveria rosacea ('?) Linden et André, sp. n. En 1828, lorsque Pjr. De CandoUe puhlia les Echeveria dans son Prodro- mus, quatre espèces seulement étaient connues des botanistes. Vingt-cinq ans plus tard, en 1853, Sclilechtendalil s'occupait à son tour de ce genre (Hortus Ilalcnsis, i'asc. III, p. 18), comptait 29 espèces à lui connues, et essayait une classification qui les divisait en 5 sections principales, bien que les descriptions de toutes les plantes publiées à cette époque ne fussent pas des plus complètes. Depuis lors, les introductions ont augmenté; le Mexique, patrie par excellence des Echévérias, nous en a envoyé de nou- veaux, et il serait temps de revoir dans un travail spécial la distribution rationnelle de ces jolies plantes au point de vue botanique. J\Iais il faut pour cela les collectionner et ne pas s'en tenir à l'observa- tion des échantillons secs, sans quoi l'on ne ferait rien de bon. L'espèce que nous avons à décrire aujourd'hui et qui rentre probablement dans la deuxième section de Schleclitendalil, i)résente la plus délicieuse rosette de feuilles imbriquées qui se puisse voir. Pas un Camellia, des plus perfectionnés, ne peut présenter une régularité plus parfaite que celle de ces feuilles charnues, spathulées, ou oblongues cunéiformes, formant des zones rayonnantes et concentriques d'une disposition charmante. Mais leur couleur est plus séduisante encore. Elle est mieux que glauque; c'est un — 65 _ bleu doux et métallique qui caresse le regard et qu'un glacis pulvérulent recouvre d'un voile délicat. Nous ne lui avons donné de dénomination spécifique que sur les indica- tions fournies par son port et son feuillage, et nous n'exprimons ce nom qu'avec réserve, jusqu'à ce que la plante ait fleuri. IJEcheveria rosacea est aussi facile à cultiver que 1'^'. secunda et les espèces analogues dont les Anglais font de si jolies bordures dans leurs " succulent plants gardens •> et qui méritent de se répandre davantage dans les jardins du continent. Ed. André. LE JARDIN POTAGER ET FREITIER. MELON D'ANGE'RS DE PLEINE TERRE. Nous cultivons depuis plusieurs années et avec succès, en pleine terre, une nouvelle variété de Melon, qui nous a été communiquée sous la déno- mination de Melon d'Angers. Elle est bonne, elle est de CHlture facile, ses fruits sont assez gros, et ils ont le volume et la forme des cantaloups Prescot. Tous ces avantages nous engagent à le faire connaître aux lec- teurs de Y Illustration horticole, en leur donnant aussi notre méthode de culture, telle que nous la pratiquons et qui peut réussir ailleurs que dans notre jardin d'Hanneucourt. Nous semons ordinairement sur couche et sous chàgsis les graines du Melon d'Angers vers la fin du mois d'avril ou dans les premiers jours de mai, comme cela se fait pour les Melons des couches sourdes; quinze jours environ après le semis, nous les mettons en pot, comme il est d'usage. Nous les laissons ainsi prendre de la force, et nous attendons, pour les mettre en place, que les froids ne soient plus à craindre, c'est-à-dire les derniers jours de mai ou les premiers jours de juin. Quelques jours seulement avant la plantation, nous labourons une plan- che du potager, dans le carré des Melons et tout à côté des couches sourdes, sur lesquelles nous plantons nos autres races de Melons, dont le nombre des variétés s'élèvent à une centaine environ ; nous fumons copieusement cette planche à laquelle nous donnons la forme d'un dos d'àne ou de balmt, nous traçons une ligne droite au cordeau sur le sommet, et, dès que nos Melons sont prêts à être mis en place, nous les plantons à la main sur cette ligne droite à 60 centimètres les uns des autres, et nous les couvrons immédiate- ment d'une cloche, pour en faciliter la reprise; on les ombre au moyen de paille, que nous jettons sur la cloche ou de fumier neuf, ce qui vaut encore mieux, ou, enfin, nous enduisons les cloches à l'intérieur d'un lait de chaux très épais, moyen connu de tous les praticiens; on leur donne ensuite de — 66 — l'air, comme il est d'usage, et nous laissons les cloches jusqu'au milieu ou la fin de juillet, selon le temps plus ou moins beau, pour les protéger des nuits fraîches et afin aussi d'éviter la maladie que les jardiniers nomment la nulle. .C'est une espèce de chancre qui se forme sur le pied, au point d'attache de toutes les branches principales, qui finit par les envahir et par détruire la plante entièrement. Lorsque nous nous apercevons de cette maladie, nous en arrêtons immédiatement les progrès et les ravages, en prenant de la terre du potager avec la bêche et nous en couvrons entière- ment toutes les parties atteintes; nous donnons à cette couche de terre une épaisseur d'environ 8 A 10 centimètres. Voilà notre seul remède efficace contre la nidle et qui nous réussit. Il nous est encore arrivé de sauver des pieds de Melons fortement attaqués par cette maladie, en creusant de petites tranchées, profondes de 8 à 10 centimètres, au fond desquelles nous cou- chons les branches de Melon, tout on conservant la terre mise sur le pied. Les branches sont recouvertes également de 8 à 10 centimètres de terre ou de terreau et nous les maintenons à l'eau : c'est, du reste, le moyen que nous emploj-ons pour la culture des Courges et Potirons avec le plus grand succès. On sait en effet que cette culture en rigole, tenue à l'eau, provoque l'émission de nouvelles racines à chaque nœud, lesquelles viennent ainsi en aide aux racines-mères pour faire grossir les fruits du Potiron. Cultivé de cette manière en pleine terre, le Melon d'Angers commence à donner ses fruits le plus ordinairement vers le milieu ou la fin d'août, et il continue à les mûrir jusqu'à la fin d'octobre, quelques fois même encore plus tard. Il est prudent alors de les couvrir de cloches ou de châssis pour en achever la maturation. Le fruit du Melon d'Angers est de forme ronde aplatie aux deux pôles; il est à côtes très prononcées, un peu verruqueuses, et il peut être classé dans les fonds noirs ; la chair est juteuse, croquante, fine, sucrée et de couleur jaune foncé. Son puids varie entre 3 et G kilogrammes. C'est une bonne race que nous recommandons particulièrement à nos confrères, qui en trouveront les semences chez M. Duflot, marchand de graines, quai de la Mégisserie, 2, à Paris. Nous ne savons ni d'où il sort, ni le nom de l'obtenteur; c'est une bonne variété et cela nous suffit. BossiN. NOTES SIU LE JARDIN POTAGER ET FRUITIER. Le Sooly Qua. — On fait beaucoup de bruit depuis peu autour de cette Cucurbitacée, qu'on a préconisée comme nouvelle et déclarée intéressante au suprême degré. Bien entendu, il y a eu plus d'exagération que de vérité dans tout ce qu'on en a dit. Il n'est peut-être pas hors de propos de donner quelques éclaircissements sur ce qu'est la plante en réalité. Le « Sooly Qua - n'est point nouveau en Europe. Il y a plus de 180 ans (1692) qu'il a été introduit en Angleterre, sous le nom de Ciiaimis acutan- - 67 — (julus. En 1812, il fut réimporté sous le nom de Luffa fœtida, et enfin Rox- burgh le nomma Ui/j'a acutangula, en opposition avec une espèce voisine, le L. cijlindrica, dont le fruit ne porte pas de côtes. Son nom arabe, selon Forskall, est Louff, mot qui a servi à former le terme générique. Cependant M. Naudin, qui a reçu de MM. Huber, d'Hyères, des fruits du SooUj Qua, y reconnaît, non une espèce nouvelle, mais une variété à gros et longs fruits du Luffa acutangula, ce qui n'a rien d'étonnant, la plante étant cultivée depuis si longtemps en Orient. C'est une belle espèce grimpante à forte végétation, à larges feuilles lobées, luisantes, vert foncé, à fleurs jaunes nombreuses, auxquelles succèdent tout l'été de longs fruits comme des con- combres, divisés en trois loges, dont les parois sont formées de fibres réti- culées très abondantes, qui persistent après la dessicatiou des parties char- nues Jet donnent naissance à ce qu'on appelle sous les tropiques la liane torchon. On cultivait le L2iffa en Chine et en Arabie; dans le bas Bengale on le connaît sous le nom de Gourah, sous celui de Toria au Népaul et en Tamil il est nommé Nora Pekun Kai. Dans toute l'Inde on le consomme comme légume chez les indigènes. La plante est d'un aspect très ornemental. Nous en avons planté isolément l'année dernière sur nos pelouses et la végétation a été splendide. Nous faisions grimper les tiges sur de longues perches, trois par trois, et les longs fruits pendants, atteignant cinquante centimètres et plus de longueur, étaient fort pittoresques et décoratifs. Dans le jeune âge, quand ils sont très tendres, ces fruits font d'excellents cornichons; plus tard ils ne valent rien. C'est surtout comme plante à feuillage et à fruits d'ornement qu'il faut considérer le Sooly Qua. A ce titre, il est digne d'une place intéressante dans les jardins. On lui donne les soins ordinaires des Cucurbitacées d'orne- ment : semis sur couche, beaucoup de fumier et d'abondants arrosages l'été. Ed. Â. Poire belle des Abrés. — Cette nouvelle variété, obtenue par M. Houdin (Modeste), propriétaire, clos des Pendants, à Châteaudun (Eure- et-Loir, France), est mise cette année au commerce. L'arbre est vigoureux, très rustique, très fertile. Il se plaît en plein vent. Ses branches verticales, son feuillage vert foncé, sa forme pyramidale, lui donnent l'aspect d'un arbre conifère. La poire, du poids de 300 à 400 grammes, mûrit de mars à juin. La chair, fine et suave, sa forme agréable, sa belle peau rosée, sans aucune tache, lui ont valu les suffrages de tous les pomologues. M. Houdin. HORTICULTURE D'ORNEMENT. CULTURE DES IXIA ET SPARAXIS. L'année dernière, étant à Guernesey au moment où les Ixia et les Sparaxis, dont la culture est célèbre dans cette île, étaient en fleur, nous avons été émerveillé de leur beauté et avons résolu d'en rapporter une — 68 — collection en France. Cette collection a été divisée en deux parts, l'une pour la culture de serre et l'autre pour la pleine terre. Nos résultats dans les deux cas ont été si satisfaisants et obtenus avec des procédés si simples, que nous croyons utile de les indiquer à notre public. Aucun genre de plantes ne récompense mieux les soins d'un amateur. Déjà M. Smith, de Guernesey, nous avait donné une notice descriptive des meilleures variétés avec quelques notes sur la culture de ces plantes et on se souvient sans doute que nous l'avons publié ici. Mais cet habile horticulteur parlait pour le climat doux par excellence et le sol sableux des îles de la Manche, con- ditions que nos jardins du continent ne reproduisent pas souvent. Voyons d'abord pour la culture en serre : Le 10 octobre, après avoir préparé un terreau composé de un tiers de sable fin de rivière, un tiers de terre de bruyère et un tiers de terreau de fumier, nous avons empoté nos plantes dans des pots de 12 centimètres de diamètre, à raison de 5 à 6 bulbes par pot. Un fort drainage de tessons de pots gar- nissait le fond. Les vases furent placés d'abord sons les tablettes d'une serre, jusqu'à ce que les pousses, sollicitées par la fraîcheur du sol, eussent commencé à se montrer, puis on les monta sur le rang de devant d'une bâche de la serre tempérée. Au commencement de novembre, les feuilles gladiées des Ixia et des Sparaxis étaient devenues adultes, longues de 15 à 2.5 centimètres, suivant les variétés plus ou moins vigoureuses, et conti- nuaient à pousser doucement, recevant pendant l'hiver la quantité d'eau strictement nécessaire pour empêcher la terre de se dessécher. 'Vers le 15 février, les boutons commencèrent à se montrer sur les hampes jonci- formes qui s'échappaient d'entre les feuilles, et il fut nécessaire de pourvoir ces hampes, souvent hautes d'un mètre, de légers tuteurs, pour les em- pêcher de retomber et de se briser. Avec ces simples précautions, nous avons joui pendant plus d'un mois d'une délicieuse floraison. Les Ixia, Sparaxis, Babiana, nous ont charmé par leurs fraîches corolles. De ravis- santes variétés se sont succédé, mais aucune n'a été plus jolie que Yixia cralcroides, que nous recommandons à tous les amateurs, ainsi que Ylxia pallida. Les Watsonia; à fortes et longes feuilles comme des Gla'ieuls, et les Trilonia, traités par le même procédé, n'avaient pas encore fleuri au l"'' avril. Après la floraison, nous laissons les bulbes se dessécher lentement dans le pot où ils ont développé leur végétation, et nous plaçons le tout sous les tablettes de la serre avec les Acitimènes qui passent fleur. On les retrouve en bon état en les dépotant au moment de la plantation, en octobre suivant. La culture en plein air n'offre pas plus de difficultés, mais elle ne saurait convenir à tous les sols et à tous les climats. Voici le moyen que nous avons employé en Touraine et qui nous a valu une abondante floraison au moment où nous écrivons ces lignes. Une planche de terrain ordinaire de jardin reçoit, au commencement d'octobre, une addition de sable siliceux de rivière ou de sablon blanc de carrière, afin d'alléger le sol autant que possible et de le rendre très per- méable. Sur ce fond, on place les bulbes de ces charmantes Iridées en les enfonçant à 8 centimètres environ de profondeur et les distançant de — 69 — 15 centimètres ou même un peu moins les unes des autres. Il n'y a guère que les Watsonia dont l;i végétation plus vigoureuse demande un espace plus étendu. Les plantes sont sorties de terre avant le l'"' novembre; si le sol leur convient, elles annoncent leur santé par une végétation courte et d'un vert foncé. Décembre est arrivé; il faut songer à les protéger des grands froids, non que les Ixia et analogues y soient très sensibles tant que le sol n'est pas gelé profondément, mais parce que les brusques alter- natives de gel et de dégel, de pluie et de sécheresse de nos climats sont très différentes de la période égale d'hivernage de ces plantes dans leur station natale du Cap de Bonne-Espérance. Le meilleur mode est de placer un coffre bas sur la planche qui contient les bulbes, de recouvrir de châssis sans réchauds de fumier ni de feuilles, et de mouiller seulement pour empêcher la sécheresse extrême. Cette année, en Touraine, nous ne leur avons donné aucune couverture, mais chacun sait que l'hiver a été excep- tionnellement doux. On arrive ainsi à la mi-mars. Une quinzaine auparavant on aura eu soin de blanchir le verre des châssis avec de l'eau de blanc d'Espagne, à laquelle on aura ajouté un peu de lait ; c'est le moyen le plus simple d'éviter les effets des coups de soleil. Au 15 mars, on enlève les panneaux, et si la température est douce, les premiers boutons ne tardent pas à se montrer, donnant naissance aux fleurs les plus charmantes et les plus variées. Les tuteurs sont à peine nécessaires, car les plantes sont plus courtes, moins étiolées que dans une serre ; toutefois c'est un utile surcroit de précaution. Ce sont les fleurs des Sparaxis qui apparaissent les premières, notamment les Sp. Pavonia, pnlcherrima, Uicolur et grandiflora, dont les variétés sont nombreuses et ravissantes. Grâce à cette culture si simple, nous avons une floraison merveilleuse. Dès que les tiges commenceront à sécher, nous cesserons tout arrosage et nous arracherons les bulbes, au mois de juin-juillet, pour les laisser reposer jusqu'à la plantation prochaine, au mois d'octobre. Ces charmantes Iridées ne s'ouvrent bien qu'au plein soleil. Si on les coupe pour en faire des bouquets, il faut avoir soin de les placer dans un vase que l'ort exposera à toute la lumière possible dans la chambre où on les tiendra. Ed. André. PLANTES NOUVELLEMENT INTRODUITES PAR M, J. LINDEN. La dernière grande exposition de Gand a été l'occasion pour M. Linden d'exhiber les hautes nouveautés qu'il vient d'introduire, qui ont remporté les premiers prix et dont plusieurs ont été décrites dans Y Illustration horticole. 11 en est quelques-unes cependant qui n'ont pas pu encore été mentionnées ici et qui ne le cèdent pas en beauté et en importance horti- cole à celles que nous avons figurées et décrites. Parmi les espèces mises au commerce cette année on compte les : Acer palmatum crispum, AUoplectus mtriorensis, Anthuriim crystallinum, Caladium — 70 — Étoile d'argent et Henri Doncet, Curmeria picHirala, Dieffenbachia lalimacu- lala, Dracœna gloriosa et liUescens, Calathea liieroglypitica, MasdevaUia chimœra, Odontoglûssum vexillariicm, Pliyllolœnium Lindeni, Yucca baccala. Toutes ces plantes ont été l'objet de planches coloriées et de descriptions détaillées dans ce recueil. Nous n'y reviendrons pas et nous y ajouterons seulement les suivantes, dont plusieurs seront figurées ù leur tour avec leur détermi- nation scientifique. Cattley.\ gigas, Linden. — Cette magnifique espèce n'a pas de rivale parmi les Catlleya. Les fleurs atteignent 20 centimètres de largeur sur 25 de longueur. Les sépales et les pétales sont d'un beau rose et le labelle, très vaste, présente un tablier parfaitement étalé d'un carmin pourpré, avec deux yeux jaune d'or à l'entrée de la gorge et la base blanche. Les hampes portent sept ou neuf fleurs de cette dimension à la fois, ce qui forme le plus ravissant spectacle qui se puisse imaginer. Cecropia frigida. — Arbre magnifique à feuilles épaisses et dures, palmées, argentées en dessous, croissant à une altitude supra-marine de 4000 mètres, par conséquent bien au-dessus de la région des Fuchsia et des Bejaria. On peut donc espérer cultiver à l'air libre dans nos contrées ce bel arbre si ornemental. Cyathea funebris. — Noble Fougère en arbre de la Nouvelle-Calédonie, à frondes très grandes et parfaitement étalées; pétiole noirâtre, couvert d'écaillés noires; feuilles coriaces et glabres à la partie supérieure. L'une des plus belles espèces introduites jusqu'à ce jour. GusT.AViA THE0PI1RASTA, Linden. — Arbre à feuillage ornemental de premier ordre. Son port rappelle le Tlieophrasta macroplnjlla, de même que ses grandes et magnifiques feuilles. Ses fleurs, grandes et très belles, sont blanches intérieurement et roses à l'extérieur. Pandanus TENuiFOLius, Linden. — Espèce très élégante et distincte, se rapprochant de celle que M. Linden introduisit il y a quelques années sous le nom de P. eleganlissimus. Il s'est glissé à ce propos une erreur de nomen- clature dans le commerce. Il n'existe aujourd'hui en Europe que deux exem- plaires du vrai P. eleganlissimus. Tous les autres, qui ont été répandus sous ' ce nom, appartiennent au P. Vandermeerschi. Nous engageons donc les amateurs à rectifier cette dénomination sur leurs plantes mal étiquetées. PouROUMA EDULis. — Arbre à magnifique feuillage de la dimension de celles du Wigandia imperialis, d'un blanc bleuâtre en dessous et d'un vert émeraude luisant en dessus. Les fruits en grappes ont la forme et le -goût des noisettes et .sont très estimés des indigènes de Colombie. Le P. edulis croit dans les régions froides de la Cordilière Colombienne; il est donc destiné à jouer un grand rôle comme plante décorative de plein air. Selenipedium Roezli. — Grande et superbe Orchidée, découverte par M. Roezl, dans les forêts humides du Choco, sur les côtes de l'Océan pacifique. Ses feuilles atteignent jusqu'à 1 mètre de longueur. La hampe florale, d'une hauteur égale, porte jusqu'à trente-cinij fleurs, ressemblant à celles du S. longifolium. Zamia Roezu. — Grande et magnifique Cycadée à longissimes frondes, — 71 — mesurant jusqu culées. Elle a et.- .... de l'Océan pacifique mesurant jusqu'à 3 mètres, très longues, falciforraes, profondément canali- culées. Elle a été découverte par M. Roezl, sur les côtes Néo-Grenadiennes ifique. P. DUFRESNE. CULTURE DES GLAÏEULS. La culture des Glaïeuls issus du Gandavensis, provenant déjà lui-même d'une espèce rustique, le psittaciiius, n'exige, pour ainsi dire, aucuns soins particuliers. Il suffit de les planter dans une terre ordinaire, meuble et labourée autant que possible quelque temps à l'avance; ils redoutent les terres compactes et argileuses et prospèrent généralement bien dans les sols frais et sablonneux. Les plantations successives à une même place leur sont préjudiciables; il est donc nécessaire de les changer chaque année, de manière à ne revenir au même endroit qu'au bout de plusieurs années, pendant lesquelles on aura soin de bien fumer, soit avec du fumier de bœuf ou de vache, soit avec du fumier de cheval ou bien encore avec celui formé des immondices ménagères, des boues et des balayures des rues de villes, ce qu'on appelle vulgairement gadoues, selon le plus ou moins d'humidité du terrain, en employant celui de bœuf ou de vache dans les terres les plus sèches et les plus calcaires, et celui de cheval ou provenant de gadoues dans les sols plus humides. La plantation en pleine terre doit se faire successivement, de quinzaine en quinzaine, depuis la fin de mars jusqu'en juin; on aura ainsi une floraison prolongée qui commencera en juillet et se continuera jusqu'en novembre. Toutefois, les oignons récoltés de ces derniers n'étant pas à parfaite maturité, il est bon de ne pas compter sur eux pour la plantation suivante; la grosseur des bulbes doit aussi être prise en considération dans la succession à donner à la floraison; les plus gros ne sont pas ceux qui produisent les plus belles fleurs; mais, plantés ensemble, ils fleuriront les premiers, les moyens leur succéderont pour faire place ensuite aux plus petits. Une plantation faite en janvier, dans des pots de 15 centimètres de diamètre, qu'on placera sous châssis froid, ou, à défaut, enterrés le long d'un mur au midi et recouverts de feuilles afin de les garantir de la gelée, pour ensuite être mis en place en pleine terre quand ces dernières ne sont plus à craindre, fournira encore l'occasion de jouir d'une floraison dès le mois de juin; quant à la profondeur à laquelle doivent êti'e placés les ognons dans la terre, elle variera en raison de leur grosseur, de manière à ce que les petits soient recouverts d'environ 5 à 6 centimètres, tandis que les plus gros le seront de 8 à 10. ' Les arrosements sont nécessaires pendant la végétation, surtout si le temps est sec et chaud. L'arrachage doit se faire à l'automne au fur et à mesure que les tiges commencent à se bien sécher, car alors les bulbes sont faits et aoùtés, leur maturité est dès lors complète, tandis que si l'on attendait davantage pour ne faire du tout qu'un seul arrachage, les tiges de certaines variétés plus hâtives, comme ^ussi celles des premières plantations, tomberaient et se détacheraient des bulbes, qui, en ce monient, pi'ivés de végétation et en repos, en contact continuel avec l'humidité de la terre, se détériorent très pi'oniptement et ne font plus, dus lors, que des ognons malsains et impro- pres à la reproduction ; aussitôt Tan'achage terminé, les bulbes seront placés dans un lieu sec, aéré et non chau/lé, sur des tablettes où ils se conserveront très bien. Les rameaux coupés fleurissent parfaitement dans l'eau, les boutons même peu dévevoppés s'y épanouissent facilement en se succédant et en prolon- geant d'autant la floraison. Quelques rameaux ainsi placés dans un vase avec un mélange de verdure, comme (juelques branches de Tamarix, à! Asperge, de Roseaux, de Lilas, Spirea, Troène, etc., produisent dans les appartements la décoration la plus charmante et la plus agréable, avec un avantage sans comparaison possible sur toutes les aùti-es plantes. Eugène Verdier. KOTES SUR L'HORTICULTURE D'ORNEBIE^T. Floraison du Xanthoceras sorbifolia. — Cette magnifique Sapin- (lacée rustique, nommée et décrite par M. Decaisne il y a quelques années, est couverte de fleurs cette année au Muséum de Paris, sur l'unique pied que l'on possède et qui présente plusieurs centaines de corolles. Nous atten- dons avec impatience que ce bel arbuste soit enfin multiplié et mis au com- merce, au grand profit de nos cultures d'ornement de plein air. Ed. a. Les vingt meilleures roses. — A une question adressée à l'un de nos confrères de la presse anglaise par un de ses lecteurs sur le choix des vingt meilleures roses, il est répondu par la liste suivante : Charles Lefebvre, Alfred Colomb, Madame de Rothschild, John Hopper, La France, Marie Baumann, Marquise de Castellane, Sénateur Vaïsse, Pierre Notting, Duke of Edinburgh, Louis Van Houtte, Eugénie Verdier, Madame Victor Vez'dier, Marie Rady, Marguerite de S'-Amand, Edouard Morren, Xavier Olibo, Docteur Andry, Victor Verdier, Exposition de Brie. Quelqu'un de nos correspondants rosomanes pourrait-il nous dire si ce sont là les vingt meilleures roses pour le continent (Europe moyenne) ou s'il proposerait des changements à cette liste. " Des goilts et des couleurs on ne peut disputer, " dit-on ; mais il n'est pas moins vi'ai que beaucoup d'amateurs commerçants demandent qu'on leur forme le goût, et que rien n'est meilleur pour cela que des propositions éclairées de plantes de choix. CVNORHODON. - 73 - MÉLANGES- ACTION DU GALVANISME SUR LES PLANTES (1). On sait que la germination des graines s'opère plus facilement à la sur- face qu'à l'intérieur du sol, et nous en avons autrefois donné les raisons, de même que du mystère qui leur fait pointer la radicule en bas et la plumule en haut. On a démontré que l'action chimique est toujours plus intense à la surface d'un liquide, ofi se fait le contact avec l'air. Comme la première germination d'une graine est simplement une action chimique s'opérant dans ses propres éléments, c'est à la surface où arrive l'air que se trouve le maximum d'intensité de cette action. Mais dès que la graine a plongé sa radicule en bas, dans l'eau ou dans la terre, elle acquiert une polarité qui lui est propre et atteint les propriétés électro-polaires d'un fil de fer aimanté, conséquemmeut possédant la faculté de s'ajouter de nouveaux éléments de l'extérieur et d'augmenter sa propre force. En obtenant cette condition de polarité, la plante s'est ajouté un organe qui devient vital par excellence, qui est justement placé à la surface du sol et au contact de l'air. C'est ce qu'on nomme le collet. Si nous coupons une plante sur ce collet, il développera de nouveaux bourgeons, et si la section est faite au-dessous, il poussera des racines fraîches. Mais si nous faisons la section juste au tra- vers du collet, ce sera " lui couper la gorge, " et son harmonie vitale étant (1) Pour bien compreadre le travail qui va suivre, nous devons dire que M. Bridgman avait déjà publié dans le Gardeners' Chroniclc trois articles successifs où il rendait compte d'expé- riences curieuses qu'il avait faites sur l'ellet du galvanisme dans les végétaux. Voici dans quelles circonstances eût lieu la première : ayant acheté pour un de ses enfants une petite serre de salon pleine de plantes, tout y mourait malgré les plus grands soins, et même malgn- le transport de la caisse dans une serre chaude. Après examen, M. Dridgman remarque que la caisse était en zinc, la table support en fer, et qu'il s'établissait là un courant galvanique, cause du désastre. En isolant ces deux corps, les plantes (Fougères) revinrent à la santé, reprirent leur rigidité et leur verdeur au lieu de rester flasques et couvertes de moisissures. On infère de ceci que, sous l'une des deux conditions électriques, les plantes meurent. Obtiendrait-on le contraire en renversant les conditions? Question grave pour la science et la pratique et non encore résolue. M. Bridgman a observé que : 1° de même que dans le courant électrique des métaux, la végétation ou l'accroissement de substance a lieu par une surface elcclro-iœrjativc : 2» que la polarité est la condition essentielle de la végétation ; 5» que toute oxygénation et décomposi- tion s'effectue par une combinaison électro-positive. Dans le cas de la petite serre, le zinc étant électro-posilif au fer, la végétation cryptogamique et la décomposition des autres végé- taux serait un résultat normal, les champignons et plantes analogues préparant le passage de l'état organique de la matière à l'état gazeux. Donc, quand la terre est à l'état négatif et l'air à l'état posilil, il n'y a pas décomposition ni végétation cryptogamique; le contraire a lieu par les temps d'orage quand les conditions sont renversées. C'est en se pénétrant de ces points établis par M. liridgman qu'on pourra saisir le sens de l'article suivant, des plus intéressants. Il bien digne de provoquer de nouvelles expériences sur ce grand problème de la vie végétale. (Noti: de la rédaction.) - 74 — détruite, il cessera de vivre. Ce fait nous fournit un argument contre la mauvaise habitude quont les planteurs d'enterrer le collet des arbres trop profondément. Les conséquences en sont déplorables en raison de l'impos- sibilité où se trouve la plante d'appliquer d'autres portions de la tige aux fonctions du collet. De même que la décomposition est la plus active dans un fil de cuivre au contact de l'air, les conditions de ce métal et de la plante étant les mêmes eu égard à la polarité, il s'ensuit que le summum d'action ou de décomposition chimique s'effectue au collet de l'arbre; il n'en pourrait être autrement sous peine d'être une subversion de l'oi'dre naturel. Nous avons une preuve de ceci dans les résultats; l'ascension et le flux de la sève dans la tige et les branches est en parfait accord avec la détermination des fluides au négatif, tandis que la présence presque invariable des cristaux de chaux dans les tissus intérieurs se compare tout naturellement avec la cristallisation bleue qui se présente sur le iil de cuivre et la chaux qui se forme sur les os dans les expériences d'électrisation, résultats qui sont dus tous deux à la polarité électro-négative. Pour ce qui regarde la sève, son mouvement a souvent été attribué à l'attraction capillaire, ce qui est impos- sible, attendu qu'on ne trouve aucun ensemble de tubes ou canaux où cette sève puisse couler sans interruption, comme cela a lieu dans le système circulatoire des animaux, tandis que partout où se rencontre un fluide à l'intérieur des tissus végétaux, il est presque invariablement contenu dans des cellules. Des modifications nombreuses peuvent se présenter dans la grandeur, la forme et l'arrangement de ces cellules, mais toutes sont uni- formes par ce point qu'elles forment un sac transparent contenant la sub- stance cellulaire, qui est toujours fluide dans le jeune âge. Ce sac ou enve- loppe est une membrane sans aucune espèce d'ouverture et complètement imperméable aux fluides par la voie ordinaire; mais c'est un des attributs de la transmission électrique de rendre des substances solides, par l'effet de l'attraction négative, perméables aux fluides et même à certains corps solides qui trouvent leur chemin par ce moyen, et comme ces cellules se remplissent de fluide et souvent contiennent des cristaux, ces faits sont une preuve de l'état électro-négatif. Il est important de reconnaître ces faits; c'est le seul moyen connu d'expliquer le passage de ces fluides de dehors au dedans, même à travers l'écorce et des cellules desséchées. Comme aucune action chimique ne peut s'exercer sans humidité, on s'explique ce fait que, lorsque le collet de certaines plantes est exposé à un soleil brûlant, la plante sera tuée en dépit de l'humidité des racines, tandis qu'on l'aurait sauvée en mouillant le collet. C'est également ici que nous devons prêter une grande attention aux effets des fumures et autres divers traitements. On se trompe complète- ment sur la manière dont les plantes " boivent •'. C'est à tort qu'on a nommé l'extrémité des racines " spongioles " d'après leur ressemblance supposée avec une éponge. Cette dernière substance est presque entière^ ment composée de passages et canaux terminés par des bouches ouvertes par lesquelles l'eau est rapidement sucée, tandis que la prétendue spongiole est simplement une masse pointue de cellules molles en croissance, protégée par une couverture extérieure composée de œllules mortes et desséchées, -75 — comme celles qui forment l'écorce d'un arbre. Le professeur Johnson a dit : « Les extrémités des radicelles ont été nommées sjiongioles d'après cette idée que par leur texture elles sont spécialement affectées à recueillir la nourriture de la plante et que l'absorption des matières contenues dans le sol se fait exclusivement par elles. Dans ce sens, les spongioles n'existent pas. Le sommet réellement vivant de la racine n'est pas, à proprement parler, à la pointe extrême, mais un peu en deçà. L'extrémité absolue consiste ordinairement en cellules qui se sont usées ou en partie détachées du tissu cellulaire proprement dit de la racine et qui périssent rapidement, ayant simplement servi de coussin, de manteau protecteur de la véritable extrémité de la racine dans son action de pénétrer le sol. " Parlant du rôle des racines dans fabsorption, le même auteur ajoute : •' C'est une erreur fort répandue que l'idée de l'absorption des éléments du sol se faisant seu- lement par l'extrémité des racines et au moyen de ce qu'on appelle les spongioles. Au contraire, l'extrême pointe des radicelles est dans l'impossi- bilité absolue d'absorber aucun liquide. Toutes les autres parties de la racine, qui sont encore jeunes et délicates sur la surface de leur tissu, sont constamment occupées à s'imbiber de la nourriture contenue dans le sol. >• Nous voyons distinctement par ce qui précède que les spongioles ne font pas l'office d'épongés, mais que la nourriture est absorbée à travers le tissu délicat et par la surface des radicelles, bien qu'on ne puisse se faire encore l'idée de la manière dont ce phénomène se produit. On voit, dans le cinquième volume des Transactions of the royal microscopical Society de Londres (1857), un très remarquable article sur la croissance du blé, avec trois planches gravées, par l'Honorable et Révérend S. G. Osborne, et dans lequel se trouve très clairement décrits la structure intime des radi- celles et l'aspect qu'elles présentent lorsqu'on les imbibe d'une matière colorante. Une. figure coloriée montre que la masse entière de cellules formant la spongiole ou partie accroissante est devenue profondément colorée, tandis que les parties avoisinantes en sont peu imbibées et que les prétendus tubes de la sève ou vaisseaux séveux continus ne se montrent nulle part, quoique la matière colorante ait monté assez haut dans la radicelle, le long de la moelle centrale. En affirmant que la tige d'une plante se polarise électro-négativement par son exposition à l'atmosphère, on n'exprime toutefois qu'une partie de la vérité; car pendant que les couches extérieures sont dans cet état, les parties plus centrales possèdent l'état opposé de polarité. D'après M. Bec- querel, dans les Comptes-vendus de l'Académie des Sciences, nous connaissons l'opération suivante : " Après avoir fait une section transversale d'une tige de jeune Peuplier, Chêne ou Erable en pleine sève, on introduit deux aiguilles de platine non polarisées en connexion avec un galvanomètre très sensible, et on place l'une de ces aiguilles en contact avec la moelle centrale et l'autre avec une des couches ligneuses. Un courant électrique se mani- feste immédiatement et indique par sa direction que la moelle est toujours à l'état positif par rapport aux autres parties. Le maximum d'effet est produit quand la seconde aiguille est placée entre la couche ligneuse et l'écorce. " Ou peut ajouter à ceci que chaque cellule individuelle montre — 76 - une polarité parfaite en elle même, la membrane extérieure étant positive et le contenu négatif. Une coupe en travers montre, d'abord, la couche extérieure des cellules de l'écorce desséchée et morte par le fait de l'évapo- ration déterminée par l'atmosphère ; ensuite la portion vivante de l'écorce en végétation et juxtaposée au cambium et à la nouvelle couche de l'aubier, qui est dans l'état électro-négatif le mieux marqué; enfin, avec plus ou moins de parenchyme et de cellules ligneuses mélangées, vient la moelle centrale, constituant le pôle électro-positif. Comme la direction du fluide est invariablement du positif au négatif, elle passera nécessairement de la moelle au cambium qui l'entoure et sera également transmise de l'extéi'ieur au cambium ; mais comme chaque cloison des cellules aura un contenu de cellule négatif de chaque côté, les cellules séparées étant en contact, il se fera un passage facile du fluide d'une cellule à l'autre, quelle que soit la direction des pôles primitifs au point de départ. Si nous couvrons le collet d'un arbre avec une couche solide de terre, de manière à exclure l'air, nous amoindrissons ses chances d'existence ; mais si nous l'entourons d'une masse de matière poreuse qui retienne l'humidité et admette librement l'air, nous aidons de la manière la plus etticace à la satisfaction des besoins de la plante. Ce procédé est excellent pour le moment de la plus grande activité de la végétation et l'on doit se régler sur lui, en conséquence, dans la culture. Mais revenons à l'électricité dans la plante. Quand deux métaux, l'un ayant une plus grande affinité pour l'oxygène que l'autre, sont mis en con- tact avec l'air, il sont dans une situation de polarité exactement la même que si un métal avait été polarisé en étant partiellement immergé dans deux milieux différents, soit dans l'air et l'eau; conséquemment la boite de zinc, posée sur l'appui de fer de notre première expérience, était dans la condition polaire. Mais, dans la combinaison contraire, la table de fer étant la portion supérieure et négative et la boîte en zinc la positive, la situation, relativement aux fils de cuivre et aux plantes croissant dans le sol, était renversée, c'est-à-dire dans une position contraire à ce qui se passe dans la nature. On infère de cela que l'effet sur la végétation serait ainsi le même que celui qu'on obtiendrait par l'eflet de l'électrode oxygéné de la pile. Le métal de la boîte communiquant avec le sol et une partie de l'atmosphère confinée dedans aurait détruit la polarité normale de ces deux derniers et les aurait rendus sensibles à sa seule influence; en conséquence, le sol mouillé serait rendu électro-positif et l'air au-dessus électro-négatif, et l'effet obtenu serait d'enlever l'humidité de la terre et des feuilles des plantes dans l'atmosphère et de la condenser et faire couler le long de la paroi intérieure du vitrage qui recouvre le tout. Un jeune JDavallin, après que les planches de la caisse qui le contenait eurent été enlevées, et la caisse replacée dans sa première condition gal- vanique, avait développé un petit pétiole, long d'environ cinq centimètres, parfaitement ferme et érigé ; mais après 48 heures de cette situation il devint flasque, penché, la moitié supérieure de ce pétiole pendante sur la portion inférieure, qui était restée dressée en raison de sa texture plus ferme. On réunit les planches de séparation; sa végétation reprit, il se redressa, mais — 11 — dans les cellules épuisées restait un état de souffrance qui ne lui permit pas de retrouver sa fermeté première, et il garda une forme courbée à ïeudroit qui s'était affaibli. Les jeunes pousses d'autres plantes suivirent la môme loi et plusieurs noircirent et moururent depuis. Dans cette action, grâce à la polarité inverse de la plante et de l'air dans lequel elle était confinée, nous avions donc le liquide transporté de chaque cellule indivi- duelle dans l'atmosphère électro-négative qui l'entourait, et comme ce liquide était formé du fluide nouvellement élaboré par la jeune plante en végétation, il se répandit en dehors et forma une végétation à l'intérieur de la feuille au lieu de rester en dedans. C'est un étrange fait que nous affirmons là, mais rien autre chose que la réalité de ce que nous avons vu, car toutes les feuilles, même les plus vigou- reuses, se couvrirent abondamment du mycélium d\in champignon. Il serait superflu d'entrer ici dans une dissertation sur le <> vitalisme » ou la " génération spontanée, ■• ni dans ancun des sujets analogues si con- troversés de nos jours; tout ce que nous pouvons faire aujourd'hui est d'enregistrer le fait et de tâcher d'en tirer des conséquences pratiques. L'une d'elles, acquise maintenant, se présente naturellement à l'esprit : c'est que la présence des formes épiphjlles des champignons microscopiques ne sont certainement pas, comme on le supposait, la cause des maladies qu'elles accompagnent sur les plantes. W. K. Bridgman. (Extrait et traduit du Gardemvs' Chronklc.) CORRESPONDANCE. Nous recevons la lettre suivante, à laquelle nous nous empressons de donner l'hospitalité. On ne saurait résister à tant de persuasion, d'éloquence et de courtoisie. Paris, le 25 mai 1875. Mo.NSiEun Ed. André, rédacteur de \'Illustralioii horlicolc. Eli lisaut le tome XX de X Illustration horticole (janvier 1873), j'y vois un article sur le Ficus Cliuuvicri. se tcrminaut ainsi : « Qui donc , parmi les horticulteurs, a eu si peu de » vergogne que de rebaptiser ainsi une vieille plante, confiant dans la crédulité de ses » confrères et exploitant ainsi le bénévole public ? Il ne serait peut-être pas inutile de le » dévoiler. » Cet horticulteur, c'est moi, Rougier-Chauvière, rue de la Roquette, 152, à Paris. .le vous prie en conséquence. Monsieur, de vouloir bien l'annoncer aux lecteurs de X'Utustration horticole dans votre plus prochain numéro, faute de quoi je saurais bien vous y contraindre. Je vous salue. ROUGIER-CHAUVIÈRE. — 78 — TILLANDSIA TESSELLATA, Linden. Cette Broméliacée nouvelle et charmante, dont nous donnerons une plan- che coloriée dès qu'elle aura fleuri, est une vivante mosaïque. Son feuillage n'est pas mince et graminiforme, comme dans le T. Liudeni, mais ample, cyathiforme, régulier, élargi comme dans les Guzmannia et les Nidularium. Ce qui en fait le principal mérite, c'est le réseau de fines mailles quadril- lées, c'est la mosaïque régulière de fils rouges qui se peint sur la surface inférieure des feuilles et que l'on voit blanches par transparence à la page supérieure. Rien ne saurait donner une idée plus exacte de cette réticu- lation délicate que les feuilles de ce beau Diclwrisandm musaica, qui a été, on le sait, une des plantes les plus étonnantes que M. Linden ait introduites il y a quelques années. MALADIES DES ASPERGES. La saison actuelle des Asperges, de même que celle des années pi^écéden- tes, a fourni à M. Kulm, directeur de la station agronomique de Halle, l'occasion de continuer ses études sur les maladies de cette plante, comme il Ta fait depuis longtemps pour d'autres végétaux. — 79 — Le nouveau champignon parasite de l'Asperge, d()ht il avait déjà signalé l'an dernier la présence, se nomme Puccinia asparagi. C'est une espèce polymorphe comme il s'en rencontre tant, et dont V^Ecidium cancellatuni fournit un curieux exemple par son identité avec le Podisoma Sabinœ. Le champignon microscopique de l'Asperge n'atteint son développement com- plet qu'en automne. La maturité de ses spores se fait pendant l'hiver et l'ensemble a l'aspect d'une rouille qui reste attachée aux plantes et qui présente, même à l'œil nu, des taches brun foncé ramifiées envahissant une grande partie de la surface des tiges. Le printemps arrivé, les spores tombent sur le sol ou bien le vent les disperse et les dépose sur les pousses nouvelles des Asperges. C'est alors que leur germination a lieu. Elles for- ment bientôt un mycélium qui se répand comme un plexus abondant dans les tissus sous-jacents. On aperçoit alors des taches jaunâtres, qui ont été attribuées à tort à une espèce diflférente, WEcidium asparagi, mais qui ne sont en réalité qu'une forme du Puccinia asparagi. Quant les germes sont développés, il se passe un temps d'arrêt pendant lequel ils semblent périr dans la forme transitoire qu'ils n'ont pu dépasser, à moins que le vent ne les transporte de nouveau sur d'autres plantations d'Aperges, où ils trouveront des conditions favorables à leur seconde évolu- tion. C'est là seulement que le champignon fait de grands et rapides ravages. Il se glisse sous l'épiderme qu'il fait fendiller, éclater, déchirer en lamelles sous lesquelles on aperçoit les tissus mortifiés. Dans cet état on en avait fait YUredo asparagi, espèce qui ne doit non plus être adoptée, puisqu'elle n'est qu'une nouvelle forme du parasite, plus parfaite et au point où elle produit en immense quantité le champignon parfait. L'étude approfondie des différents états du Puccinia asparagi a permis l'affirmation certaine de l'identité spécifique des deux formes observées, et c'est un grand mérite à M. Kulm d'avoir si nettement éclairé cette question. Les modes de guérison employés pour débarrasser de cette lèpre les plan- tations d'Asperges ont été nombreux. Aucun n'a été plus efficace que celui qui consiste à couper de temps à autre les tiges d'Asperges et à les brûler, surtout avant qu'elles soient arrivées à l'état où les spores sont mûres et peuvent être disséminées par le vent. Une autre maladie fort redoutable pour les plantations d'Asperges est produit par un insecte qui exerce de grands ravages en Allemagne. Cet insecte est l'Ortalis fuminans. Vers la fin de mai, il pond ses œufs sur les tiges nouvelles des Asperges. L'éclosion se fait rapidement et les jeunes larves, d'un blanc jaunâtre, pénètrent dans le canal médullaire, rongeant les tissus et toute la moelle, quelles attaquent facilement avec leurs robustes crochets. Leur accroissement est terminé vers le milieu de juin; elles se transforment alors en chrysalides et passent l'hiver en cet état. L'insecte parfait se montre en avril suivant, au moment où les Aspei'ges poussent et il s'attaque principalement aux jeunes plantations. On conseille, comme moyen curatif, d'exploiter modérément les nouveaux plants d'Asperges et de cesser la récolte au commencement de juin. Le remède pour les vieilles plantations est de couper sans relâche jusqu'à la fin de mai pour empêcher l'insecte de se reproduire. Ed. a. 80 - CROTON WEISMANNI. Nous continuons la série des Crotons, dont nous avons déjà publié plusieurs figures et descriptions, en recommandant aujourd'hui l'un des plus beaux qui existent, et qui est dû également à MM. Veitch. Le Croton Weis7naiiin est une plante dressée, rameuse, vigoureuse, à tiges gris-roux, portant do nombreuses et robustes feuilles latérales, à pétiole long de 3 ou 4 centimètres, renflé et rouge aux deux extrémités, jaune strié de vert au milieu. Il se prolonge en une nervure médiane très saillante dessous, non proéminente dessus. Le limbe, linéaire elliptique, est très long, plan, régulier, vert gai parcouru au milieu d'une large bande jaune doré avec des stries transversales, des macules et un filet de même couleur sur le bord. Les pétioles et les tiges sont dans leur jeunesse d'un beau rouge foncé. Ed. a. — 81 — CHRONIQUE HORTICOLE. Mai 1S73. Les arbres à fruits des Tropiques. — L'amateur émérite de Bordeaux dont nous avons parlé, M. E. Lafon, fils, continue avec ardeur le cours de ses expériences sur les arbres fruitiers des Tropiques. Il vient de nous envoyer une petite caisse contenant de charmants fruits du Carica gracilis (que M. Decaisne croit être un. Vasconcellea). Ce sont de petits sphéroïdes côtelés, de la grosseur d'un abricot, d'un blanc mat jaunâtre, charnus, contenant à l'intérieur une masse pulpeuse, libre, entourant un mucilage serré les graines anguleuses et rugueuses. Ces graines germent très bien et forment de jolies plantes au feuillage palmatilobé, des plus gracieux. D'autres fruits, plus petits, mais non moins rares, ceux de l'Averrhoa acida (?), accompagnaient l'envoi. Ils sont blancs, de 10 à 15 milHmètres de diamètre, côtelés comme un cantaloup, et leur chair entoure un noyau central osseux. Ni l'un ni l'autre de ces fruits ne sont comestibles; mais ils forment, le premier surtout, un ornement remarquable pour les serres. Nous extrayons d'une lettre de M. Lafon, accompagnant l'envoi, les renseignements suivants sur ses cultures : Eii ce moment, j'ai trois variétés de Papaya en fruits. La vôtre {Carica erijthrocar/m, L. et A.) pousse plus leiilcmenl; je l'ai fait mettre sous eliàssis chaud. J'ai ou quelques jolies Orchidées, parmi lesquelles un Calasctum Iridcntatum qui m'était inconnu et dont j'ai adressé la lleur ii M. Rivière. Il me donne des détails très curieux sur la lossclte ressortant d'une spirale; quand on vient it toucher celte dernière, les masses pollini- ques sont lancées environ à un mètre sur la plante. Mes Manguiers poussent énormément. Presque toutes mes variétés A'Anona sont fleuries, mais les fleurs paraissent délicates. Vlmbricaria coriacm est couvert de fleurs. Le Thcoplirasta Jussieui a des fleurs splendides. Trois variétés de Clusia, entre autres Vobovata, fleurissent en ce moment. J'ai des Jamhosn muUicconsis chargés de fruits, de même que toutes mes espèces et variétés de Goyaviers. Mon Curludovica palinnla (la plante dont les feuilles servent à faire les chapeaux de Panama) a fructifié l'an dernier et les graines m'ont donné de jeunes plantes. Les Avei-r/tua sont toujours couverts de fruits. Agréez, etc. E. Lafox, fils. On voit par cette lettre quelles jouissances éclairées peuvent se donner les amateurs qui ne restent pas confinés dans la culture des Pelargoniums ou des Melons, et qui savent se distinguer dans une des branches peu con- nues encore de l'horticulture, acquiérant ainsi eu peu de temps la perfection que donne une spécialité poursuivie avec persévérance. Exposition de Gand. — Ou trouvera plus loin un compte-rendu de cette admirable Expo.sition, une des plus belles qui aient jamais eu lieu en Europe et que le Roi des Belges, la Reine et la Princesse royale sont venus visiter. La réunion d'un grand nombre d'illustrations botaniques et horti- coles de l'Europe, l'ensemble unique de belles plantes que contenait le local du Casino, les fêtes données par la ville de Gand et l'hospitalité de ses TOME X.\. — MAI 1873. — 82 — hauts fonctionnaires, une cordialité charmante dans les réceptions, un teraps splendide, ont été les principaux éléments d'un succès presque sans précédoiit dans les fastes de l'hoi-ticulturc belge. Visite royale à rétablissement J. Linden. — La rédaction de \ lUmUation horticole ne peut rester indifl'érente à la preuve d'intérêt que le Roi et la Reine des Belges ont donné récemment à son directeur, M. J. Lin- den. Leurs Majestés n'ont pas voulu quitter Gand sans manifester à M. Linden leur estime et leur affection en "visitant son bel établissement d'horticulture. Leur visite dans les serres, sous la conduite de M.M. Linden et Gloner, a intéressé tout particulièrement le roi, la reine et la gracieuse princesse Louise, qui faisait à l'occasion de cette excursion sa première apparition en public. Le roi s'est montré amateur et connaisseur de plantes comme l'était feu son père; il a su rendre justice à l'immense activité, à la belle culture, à l'importance scientifique et commerciale des plantes nouvelles que lui présentait l'établissement et la hautement exprimé à iM. Linden. Un niagnifiijue bouquet d'Orchidées avait été offert à la reine et à la princesse à leur arrivée. En partant, le roi, qui venait de conférer à M. Linden le grade de Commandeur de l'Ordre de Léopold, lui a dit : « J'ai tenu à. vous donner, par cette visite, une marque publique de bienveillance pour les ser- vices que vous avez rendus au pays et ù riiorliciilture. " Catalogue des Broméliacées du Jardin botanique de Liège. — Notre ami i\L Ed. Morren vient de publier ce catalogue, qui résume, dans une nomenclature épurée, la synonymie des genres et espèces de cette belle famille, et formera comme le Prodrome, le compeclus geiieris, la pierre angulaire du grand travail que le savant professeur prépare sur cette belle tribu de plantes. Ce catalogue contient 181 espèces distribuées en 41 genres, sans compter de nombreuses variétés. C'est un bon point de départ pour les botanistes et les horticulteurs que cette nomenclature révisée, en attendant une monographie complète de la famille, qui, nous l'espérons, no se fera })as trop attendre. Importation des Oranges en Angleterre. — La saison dernière ce commerce a donné les chifires suivants : Valence, 184,000 caisses; S'-Michel, 120,000; Lisbonne, 05,000; Sicile, 27,000; Terceira, 28,000; Simla, 27,000; etc. Total : 453,000 caisses, contenant chacune 500 fruits, ce qui donne le chilTre de 225 millions d'oranges importées à Londres en 1872. Deux Robiniers à feuilles persistantes. — A l'une des Expo- sitions de quinzaine de Lyon, deux liorticulteurs de cette ville, M. Morel et M. Durousset, avaient présenté chacun, il y a déjà longtemps, un Acacia (Robinier), dit à feuilles persistantes. Maintenant que nous approchons de la fin de l'hiver, quelqu'un pourrait-il nous dire ce qu'il est advenu de ces deux plantes, qui présenteraient un l'ait encore inconnu dans le genre Rohinia, la persistance du l'euillage? Le premier Pommier en Angleterre. — L'introduction de cet arbre dans la grande Lrctagne remonte seulement au règne d'Henri VIII (mort en 1517). Ce premier arbre fut importé et planté par Léonard Mascall, à Plumpton place, près Lewes, Sussex. C'est encore dans ces environs qu'on trouve aujourd'hui les plus vieux Pommiers de l'Angleterre. Telle est du moins la légende anglaise. Nous avons cependant peine il croire que la pomme ne fut pas connue avant cette époque de l'autre coté du détroit ! Les jardins de mauvais goût. — Le journal anglais " the Ganlen - a publié récemment le plan et la description du jardin de la Société royale de Londres, ;\ Kensington, non comme un exemple ;\ suivre, mais à éviter. Il le considère comme un chef-d_'œuvre de prétention et de mauvais goût. Sans être aussi exclusif que notre ami Robinsoa en matière de jardinage architectural, nous sommes bien près de son avis lorsqu'il déclare qu'on pourrait difficilement trouver un jardin plus coûteux, plus prétentieux, plus laborieusement conçu et exécuté et finalement plus manqué que celui de Kensington. Il est bon de signaler le nom de l'architecte, M. Nessfield, qui jouit en Angleterre d'une réputation étendue, et qui en est beaucoup moins digue par exemple que M. Marnock, dont nous avons quelquefois parlé dans ce recueil avec les éloges qui lui sont dus. Voilà, dira-t-on, un 'jugement un peu dur. Mais pourquoi ne pas dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, lorsqu'on ne relève que de sa conscience et qu'il peut y avoir utilité i\ combattre des réputations usurpées? Nous reviendrons sur ce sujet en montrant la distance qui sépare le véritable artiste de ces élucubrations mesquines dans leur prétendue grandeur. Exposition de la Société de Flore, à Bi'uxelles. — Cette Société tiendra sa 9S'"« Exposition cette année du 20 au 22 juillet, au quinconce du Parc à Bruxelles. Le programme indique des concours spéciaux et. internationaux de Palmiers et de Pdargonium zonnle que nous signalons aux amateurs. Une médaille de 500 francs sera affectée au !*"■ prix pour 25 Palmiers les plus remarquables par leur choix, leur développement et leur culture. S'adresser pour renseignements à M. Lubbers, secrétaire de la Société, rue du Berger, 26, à Ixelles (Bruxelles). Concours pour Roundhay Park, à Leeds. — La Corporation de la ville de Leeds met au concours le plan de l'arrangement du parc de Roundhay, sur un nouveau terrain de 704 acres d'étendue (i), dont 200 sont déjà dessinées et qui comprend 38 acres d'eaux vives. Le premier prix sera de 200 guinées (.5300 fr.), le second de 100 guinées ^2650 fr.) et le troisième de 50 guinées (1875 fr.). Les plans devi'out être envoyés avant le 1 août 1873. Demander le programme des conditions à M. Curwood, Town clerk, à Leeds (Angleterre). Excursion en Belgique de la Société botanique de France. — Chaque année, cette Société tient une session hors Paris, ayant pour principal objet une herborisation dans les districts riches pour la phyto- graphie française. Cette année, la Belgique a été choisie pour but de cette excursion. Nos confrères belges se préparent à nous recevoir cordialement; nous savons avec quel courtoisie et quelle activité ils s'y entendent, nous (1) Plus de ôOO hectares. — 84 — sùinraes convaincus que les membres excursionnistes de la Société rappor- porteront le meilleur souvenir de ce voyage, qui commencera le 15 juillet prochain. Le rendez-vous général est à Bruxelles, au Jardin botanique, le mardi 15 juillet, ù 9 heures du matin, oii la Société royale de Botanique de Belgique sera sous les armes pour accueillir ses confrères de France. Les compagnies de chemins de fer français et belges accordent aux socié- taires une réduction de 50 % sur le prix des transports de voyageurs. S'adresser à M. de Schœnefeld, 84, rue de Grenelle-S'-Germain, Paris, pour tous ron seignemcnts. Exposition à Orléans. — La Société d'Horticulture d'Orléans nous prie d'annoncer sa 40™ Exposition, qui aura lieu du 17 au 21 sept. 1873, dans cette ville. Les demandes devront être adressées à M. Delaire, secrétaire de la Société, rue Royale, 28, à Orléans (Loiret). Exposition à Lyon. — Nous recevons également du Comité directeur de cette Exposition un programme qui annonce que deux concours géné- raux d'horticulture seront tenus à Ljon à l'occasion de la réouverture de l'Exposition universelle et qu'ils auront lieu le 1 août et le 26 septembre. Pans l'intervalle, et depuis le .31 mai, on organisera une Exposition per- manente des produits de l'horticulture qui sera l'olyet de récompenses spé- ciales. Des conditions très avantageuses sont faites aux exposants, que nous engageons à examiner le programme, après l'avoir demandé ù M. .1. Sisley, secrétaire, ù. Montplaisir, Lyon. M. Cosson, académicien. — Dans sa séance du 31 mars, M. le D'' E. Cosson a été élu par l'Académie des Sciences de Paris, en rempla- cement de feu M. le maréchal Vaillant, qui occupait la place d'académicien libre. Nécrologie. — L'un des vétérans de la presse horticole, M. Ysabeau, est mort le 21 avril, à l'âge de 73 ans. Il était amateur passionné de plantes; sa promenade favorite était le Muséum de Paris, où il avait puisé les éléments d'une quantité de petits livres publiés dans diverses librairies et qui ont certainement contribué à répandre dans les classes moyennes le goût et la connaissance des fleurs. M. Ysabeau est mort dans un état voisin de la misère, et c'est avec une profonde tristesse que nous payons ce faible tribut à sa mémoire. Ed. André. 85 PL CXXV— CXXVI. CORDYLINE (DRiCEN.V) GLORIOSA, imetamé. DRACÉNA GLORIEUX. ASPARAGINÉES. ËTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir Illustr. hortic. 1860, VH, p. Ô6i. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : Cord. rohitslœ afflnis; caulls simples, elegans, erectus, inter nodos griseo-bruiineus; folia adulta ampla, petiolo basi breviter amplcxicauli mox tereti cana- liculalo viriili-luteo-piirpurcoque sti-lato ; lamina utriiique acuiiiiiiala laneeolata plana apice acula suhcontoi'la, oblique et longitudinaliter nervata nilenli-viridis sti'iis lalis latcritio-rufis vel ochraceis, violaceis aut roscis iiia^iualiter piclurata. E Nova-Zelandia in Europam missa, 1871. — Ad vivum descripsi in liorto Liiideiiiano. — Ed. A. Cordyline (Oraca-ita) gloriosa, Liiiden et André (in Lind. Calai. N» 90, 1873). Cord. (»ivic.) Shepherdi, Hort. Bull Lond. Cette noble espèce, à grand feuillage strié de bandes d'un rouge acajou passant au rouge brique, a été introduite par M. Linden, en 1871, de la Nouvelle-Zélande. Son port est majestueux, sa tige robuste, élégante, gris rougeàtre entre les nœuds ; ses feuilles sont largement lancéolées, atténuées à la base en un pétiole binèvement invaginant cylindrique canaliculé en dessus, finement strié de vert, de jaune, de brun-pourpre-noir, etc. Les bandes si étrangement colorées, qui se détachent sur le fond vert des feuilles, sont larges, obliques, d'une disposition nouvelle dans ce beau genre. La plante, qui a eu les honneurs d'une grande nouveauté à l'Exposition dernière de Gand, a été également exposée sous le nom de D. Shepherdi. L'intensité du coloris varie beaucoup suivant la culture et l'état plus ou moins avancé de la végétation. Le D. gloriosa restera l'une des plus belles introductions récentes pour la serre tempérée. Il rentre sans doute dans la tribu horticole où prend place le D. robusta, par son port, la forme de son feuillage et même la coloration de ses pétioles. Mais il s'en distingue toto cœlo par ses étranges et larges bandes longitudinales et obliques, qui lui prêtent une si grande originalité. A l'Exposition de Gand, dans le grand concours, si vivement disputé, des 25 Dracœna, un magnifique exemplaire figurait dans le lot de M. Linden, qui remporta le premier prix. Ed. André. — 86 PI. CXXVII. ADLiNTUM HENDERSONI, undo ADIANTE D'HENDERSON. Fougères. ÉTYMOLOGIE et CAHACTÈRES GÉNËRIQl'IiS : Voir Illusl ration horlkolc, 1872, p. Ci. CARACTERES SPÉCIFIQUES : rhizoma brève; frondes O'"io-0"'ù0 lonR», bipinnalse, longe pcliolala\ 2-5 jugrr, piiiiiis opposilis lon^Ms, pinimlis alternis siibsessilihus dislicis subqua- (lralo-oblonj;is l)asi cuni rhai-hiile parallelis a|)ice superiit'qiic (leiilato-erosis niembraiiaceis veiiis e basi racliaiUibus; rlutvJiis capillaris basi f,'laber supeniiî villosus pilis fulvis scariosis contortis; sori apice marginales oblongo-rciiifornies. — In Nova-Granala lecta, 1872. — Ad \ivum cicscripsi in horto Lindcniano. — Ed. A. Adiantum Hendersoni , I.iiulen, niss. Cette charmante espèce, importée l'année dernière de la Nouvelle-Gre- nade chez M. Linden, a été nommée en l'honneur de M. Henderson, horti- culteur émérite de Londres, qui est devenu propriétaire de l'édition. Elle se rapproche de \ Adiantum puberulum par la viilosité scarieuse et fauve qui entoure ses pétioles délicats et de l'^l. pedalum, non par la disposition péda- til'orme de ses divisions principales, mais par la disposition des pinnules sur leurs pédicelles communs. La plante forme une touff'e légère composée de frondes hautes de 25 à 30 centimètres et plus, bipennées, longuement pétiolées, à 2-3 séries de divisions latérales longues et opposées; les pinnules, alternes, subsessiles distiques carrées oblongues parallèles à leur base avec le rachis, obliques au sommet, sont fortement dentées en dessus et un peu en dessous vers le tiers supérieur; les nervures sont rayonnantes et la surface de la pinnule est quadrillée de très fines rainures transversales. Le rachis, glabre à la base, et le sommet des pétioles sont couverts de poils fauves, scarieux, inégalement contournés. La plante adulte est d'un beau vert brillant et d'un port très élégant. Dans leur jeune âge, les frondes revêtent une ravissante couleur rouge carminé passant au vert saumoné, puis à l'émeraude, et pi'ésentent, dans cet état, le plus charmant assemblage de tons dont une Fougère puisse être ornée, si l'on en excepte le Pteris tricolor. Ed. André. 12; 87 — PL CXXVIII. ANTIIIRILDI CRYSTALLIiMlM, lindex et andré. anthuriuivl cristallin. Aroïdées. ËTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Vuir Illiisd-. Iioi-tic, vol. IX, pi. ôli. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : glabrum; cnudcx crassus, brcvissimus, repeiis, radicibus carnosis pubcscciUlbus; squamœ basilares ovalo-acutœ rubne aut rufie; pelioli graciles ad basim rubescentem incrassati breviier vaginanlcs niox tereles olivacei lenticulis albis subepi- dermoideis coiispersi , apice geuiculo erecto brevi cylindrico subcurvalo ; lainitm ampla. A. maffiiificum magiiiludinc formaque rcferens, ovalo-cordata abruple acuniiuata mucrouata iiiler nervos subgibbosa, sinu niodico, auriculis rotuiidalis equitaiitibus, pagina superior intense viridis nilore crystallina pneeipue ad nervorum conjiinclioncm micanlissima, iji costa uei'visque pnecipuis arcuatis vitla argeiilea rcgulariter depiela, niaigine linealo-purpurata; pagina inferior pailide viridis; l'olia juuiora purpureo-violacea; flores .... — Ab .4. maynificu petiolis cylindricis haud telrapteris, goniculo tcrcli liaud alalo-conlorto, eostis baud erectis, sinu mediocri, viltis niveis transversaiibus et radianlibus valde dislinguenda species. — In sylvis Novœ-Granalae lecta, anuo 1872. — Ad vivum descripsi (haud Horenleni) in horto Lindeniano. — Ed. A. Anthurium crystallinum, Lind. et And., sp. n. (in Lind. Catal. N» 90, 1873). Tous les amateurs de beaux feuillages se souviennent de la sensation produite il y a quelques années par l'apparition de V Anthurium magnificum, présenté par M. Linden, et que devait bientôt égaler, sinon surpasser, YA. regale, du même introducteur. Ces deux plantes semblaient ne devoir jamais être surpassées. Voici cependant une admirable et toute nouvelle forme, qui dépasse d'un bond ces deux plantes et domine tout ce que les Aroïdées nous avaient exhibé jusqu'ici de limbes éclatants et de couleurs chatoyantes. ]JA. cnj.stallinum, dont le port et la forme des feuilles rappellent à première vue Y A. magnificum, développe des feuilles amples, cordiformes aiguës, d'une contexture épaisse, soutenues par des pétioles arrondis (et non tétragones comme dans Y A. magnificum) et qui sortent, à leur base, d'un nid d'écaillés lancéolées rouge vif. Le fond de la feuille, tout miroitant dans sa couleur vert émeraude, constellé de ponc- tuations éclairées, est encadré dans la bande d'argent, ou mieux de cristal, qui entoure la nervure antémarginale et les quatre nervures secondaires. Ces zones de satin, d'une blancheur éclatante, sont si nettes, si régulières, qu'elles figurent comme une bordure d'argent incrustée autour des caissons verts du limbe. L'effet est saisissant, la plante hors ligne, sa valeur orne- mentale de tout premier ordre. Les jeunes feuilles sont d'un pourpre violacé, qui contraste violemment sur le fond vert quadrillé d'argent, dont nous venons de parler. -88- A l'Exposition de Gand, ï'Antli. cnjstalliiium a été Tune des plantes à sensation qui aient le plus frappé l'attention des amateurs. Les juges les plus difliciles s'extasiaient sur ses qualités transcendantes. Chacun s'accor- dait à dire que c'était par une laveur de la Providence que 1'^. magni- fïcum avait été découvert le premier, puisque son frère puiné lui était si .supérieur. Nous avons même entendu dire, à cette occasion, que XA. crys- talliuum n'était qu'une forme de cette espèce, et cela par des liorticuUeurs très compétents, mais qui n'avaient regardé la plante que superficiellement. C'est à ceux-là que nous avons répondu, en leur indiquant les caractères comparatifs suivants, qui ne laissent aucun doute sur la valeur spécifique de la plante : Ânthurium magnificum. Pétioles à quatre ailes très saillantes; Genou tordu ailé; Cote médiane et nervures principales très saillantes laniellées; Bandes argentées vert pâle autour des ner- vures non cloisonnées; Sinus basilaire profond; Oreillettes séparées. Anthurium crystallinum. Pétioles cylindriques; Genou cylindrique un peu courbé; Cote médiane et nervures principales peu ou point saillantes; Bandes blanc de neige argenté très réguliè- res autour des nervures cloisounées; Sinus basilaire peu profond; Oreillettes coniluentes. Nous croyons cet exposé différentiel suffisant pour montrer clairement que la plante possède des caractères établissant qu'elle ne peut être consi- dérée comme une forme accidentelle de Y A. magnificum. , Ce qui n'est pas moins certain, c'est sa très haute valeur ornementale et la faveur immense qu'elle va conquérir dans les serres chaudes, maintenant que M. Linden l'a livrée au commerce. Nous en avons une preuve éclatante par l'enthousiasme qu'elle vient de développer en Angleterre depuis quelques semaines seulement qu'elle y est connue. Elle y a été tout de suite appréciée à sa juste valeur, comme une de ces Exliibiiion plants que les Anglais savent amener à. un si haut degré de perfection, et qui n'ont été égalées que cette année sur le continent par les admirables spécimens de plantes à feuillage de serre chaude que les horticulteurs gantois nous ont fait admirer à l'envi. Ed. Andké. -SO- LE JARDIN POTAGER ET FRUITIER. TRAITEMENT DES VIGNES GELEES. A loccasion des gelées dernières qui ont fait tant de mal aux vignobles, la question de la taille ou de la non-taille des Vignes gelées, traitée de diverses manières, n'a pas été résolue, parce que Ton n'a pas toujours tenu compte des circonstances suivantes : 1° Les ceps de Vignes ont d'abord été gelés pendant l'hiver 1871-1872 ( — 25°), et ne comportent en partie que de jeunes sarments destinés à renouveler la souche; 2° La gelée printanière étant arrivée cette année au mois d'avril, les végétaux ne sont pas exempts des froids qui pourraient se renouveler en mai; 3° Une gelée aussi intense que celle du 27 avril 1873 ( — 5°), oblige le cultivateur à reconstituer les ceps avant de chercher à leur faire produire du fruit. Il s'agit donc de ménager et d'utiliser les sarments plus ou moins gelés, en évitant d'exciter prématurément la végétation du cep. Or, il lie faut pas tailler les Vignes gelées. D'abord, en recépant ces sarments âgés d'un an, on pourrait détruire des contre-bourgeons ou jeux adventices dont on ne prévoit pas encore la sortie; en supposant que cette opération stimule le développement de nouveaux jets au collet du plant, une seconde gelée serait capable de les détruire, et leur disparition provoquerait l'afîaiblissement, sinon la perte totale de la souche. Il ne serait même pas impossible que, par suite d'un nouvel abaissement de la température, ces sarments de la taille précédente, garnis de leurs pousses desséchées, ne vinssent abriter de la gelée les bourgeons qu'il importe d'obtenir et d'abriter. A l'égard de ceps qui n'auraient pas subi antérieurement la gelée désas- treuse du 8 décembre 1871, le ravalement ou taille rez terre de vieilles tiges, pratiqué pendant la sève, ne serait pas sans danger. Raison de plus pour ne point les receper. En tout état de choses, voici comment nous conseillons d'agir : DÉCHAUSSAGE. — Déterrer légèrement le collet du cep, en le déchaussant de 0™05 à 0™10 de terre, dans le but de faciliter le gonflement et la sortie d'jeux souterrains. Il serait prudent de prévenir l'efiët de nouvelles gelées, en rechaussant le tronc découvert, à l'approche des nuits claires et froides, pour le découvrir une seconde fois, quand tout danger serait passé. Absence de taille. — Conserver au cep toute sa charpente résultant de la dernière taille, et attendre que de nouveaux bourgeons apparaissent. Toutefois, il n'y à aucun inconvénient à réduire la longueur des branches mortes ayant trop d'étendue. — 90 — Ebourgeonnage. — Aussitôt l'évolution des bourgeons de seconde pousse, il conviendra de retrancher les plus faibles et ceux qui sont placés aux extrémités supérieures, en ménageant, au contraire, ceux qui ont la meilleure apparence ou qui sont placés près du sol, et capables de recon- stituer le cep futur. Palissage, — Palisser ces jeunes scions contre les anciennes branches, dès qu'ils auront atteint 0'"20 de longueur; renouveler, à cette occasion, rébourgeonnement des jets chétifs ou superflus. Pincement. — Fin d'aoïU et septembre, rogner la sommité des rameaux les plus élancés et appliquer, 8 ou 15 jours après, ce pincement aux autres rameaux, dans le but de faire lignifier les tissus herbacés, pour qu'ils résistent à l'hiver prochain, et de préparer l'élaboration de leurs éléments fructifères. Epamprage. — Couper à une feuille, c'est-à-dire à leur première feuille de la base, les pousses anticipées qui se développent aux aisselles des jeunes rameaux; éviter de les arracher à leur empâtement. Nettoyage des souches. — La sève étant arrivée à son déclin, on coupera avec une scie, un sécateur ou une serpette, les chicots et onglets de la taille précédente, conservés pour le palissage des tiges de rempla- cement. Si la chute des feuilles était complète, il serait préférable de différer cette opération jusqu'après l'hiver, la plaie n'ayant plus chance d'être cicatrisée avant la gelée. Hivernage. — Les produits d'une végétation en retard n'offrant pas beaucoup de résistance contre l'action de l'hiver, nous engageons le culti- vateur : 1" à lanpiiier ou butter de terre le cep à l'automne et à le déchausser au printemps, quand les givres printanniers sont passés; 2° k badigeonner, fin de novembre, les jeunes branches avec une boue d'argile ou terre grasse et de bouse de vache, si on ne les juge pas suffisamment aoùtées (cette opération ne nuit pas à la végétation); 3" à coucher en terre un sarment taillé à long bois, dès l'automne; ce sera une réserve utile, dans le cas ofi les intempéries attaqueraient les brins extérieurs. Si son rôle devient nul, on le retranchera fin mai, à moins qu'on ne le transforme en provin ou en branche à fruit, arquée et piquée en terre à son sommet. Fumure. — A l'automne, on fumera le champ de Vigne; le meilleur engrais est celui que l'on obtient par le mélange, dans le cours de l'année, de fumier, débris animaux et végétaux, eaux de cuisine, cendres, suies, résidus divers, stratifiés avec des lits de terre végétale, arrosés de purin et réduits à l'état de terreau. Quelques pelletées suffisent à chaque cep. Taille tardive. — Dans les contrées exposées aux froids réitérés, il est préférable, en général, de recourir à la taille tardive. Les branches à fruit, les rameaux inutiles à la construction du cep, ont été taillés en février; tandis que les rameaux de charpente et de remplacement seront taillés fin d'avril, alors que les bourres commencent à s'ouvrir. La seule conséquence à craindre serait un retard dans la maturité du fruit; on y obvie par un ébourgeonnoment, un palissage et surtout un pincement rai- sonné. J'en ai vu de remarquables exemples chez M. Fleury-Lacoste en Savoie. Au besoin, l'incision annulaire, au moment de la fleuraison, appli- — 91 — quée sur les longs bois, ou branches fruitières qui seront retranchées lors de la taille prochaine, viendrait en aide au vigneron. Nous terminons en recommandant l'essai des cépages à bois dur et à végétation tardive, par exemple le Carmenet ou Cabeniet-Sauvignon, plant du Médoc qui bourgeonne en Champagne quinze jours après les Pineaux, Gamais et Chasselas. Le jour où le viticulteur aura des variétés à végé- tation tardive, comme le pomologue en possède déjà dans les genres Pom- mier, Noyer, Poirier, la Vigne n'aura plus à craindre l'action des gelées du printemps. Charles Baltet. Troyes, mai 1875. HORTICULTURE D'ORNEMENT. LES NOUVEAUX NERIONS DE M. SAHUT. Nous avions admiré, il y a deux ou trois ans, chez M. Sahut, horticul- teur, à Montpellier, une nombreuse collection de Lauriers roseç de serais {Nerium oleander] en variétés très distinctes de ce que les cultures d'orne- ment possédaient jusqu'alors. Depuis ce moment, M. Sahut a continué ses semis qui lui ont donné une série de belles variétés qu'il met aujourd'hui au commerce. Nous les recommandons à nos lecteurs, en choisissant quel- ques-unes des plus distinctes pour les signaler et les décrire. VARIÉTÉS A FLEURS SIMPLES. Claude Blanc. Fleur très grande; boutons carmin foncé; pétales allongés, carmin clair très brillant, nuancé et légèrement bordé pourpre; gorge rose foncé, légèrement rayée carmin et couronnée d'appendices très longs et très finement découpés. Plante vigoureuse et très florifère; variété très remarquable, convenant pour la culture en corbeilles de pleine terre. Delphine. Fleur grande, odorante; boutons carmin; pétales très larges, rose carminé bordé carmin; gorge rayée carmin. Plante vigoureuse et florifère; variété remarquable, convenant pour la culture en corbeilles de pleine terre. Docteur Golfin. Fleur très grande, légèrement odorante; boutons carmin; pétales larges, lilas vineux foncé, nuancé pourpre clair; gorge rose à fond blanc, rayée pourpre foncé et couronnée d'appendices allongés et finement découpés. Variété florifère et très remarquable, convenant pour la culture en corbeilles de pleine terre. Emile Sahut. Fleur grande, odorante; boutons carmin; pétales très larges, rose vif, légèrement vineux; gorge plus foncée, rayée carmin. Plante vigoureuse et très florifère ; variété remarquable, convenant pour la culture en corbeilles de pleine terre. — 92 - Emilie. Fleur moyenne ; boutons rose tendre légèrement renflés ; pétales de moyenne largeur, légèrement retournés en dedans, de couleur bien franchement carnée, veinés extérieurement rose tendre; gorge de même teinte, fortement rayée pourpre clair. Plante vigoureuse et très florifère, convenant pour corbeilles de pleine terre. Louis Bourguet. Fleur petite, odorante; pétales de moyenne largeur, retournés en dedans, carmin foncé brillant, légèrement bordés et nuancés plus foncé; revers des pétales plus clair; gorge plus foncée et couronnée d'appendices finement découpés; odeur très agréable. Plante vigoureuse et très florifère ; variété remarquable, convenant pour la culture en corbeilles de pleine terre. Madame Dubois. Fleur moyenne; pétales de moyenne largeur, légè- rement retournés en dedans, blanc très pur, couleur très franche; gorge couronnée de longs appendices blancs. Le plus beau de tous les Nérions blancs. NÉRIONS A DOUBLE COROLLE. Cette série est exclusivement composée de variétés nouvelles, toutes provenant des nombreux semis faits dans l'Établissement; la plupart sont encore inédites et mises en vente pour la première fois cette année. Ces variétés constituent une forme nouvelle de Nérium, qui se distingue des anciennes variétés à fleur double, en ce que la fleur se compose de deux corolles exactement semblables, c'est-à-dire deux fleurs simples emboîtées l'une dans l'autre et parfaitement distinctes l'une de l'autre; on peut aisé- ment séparer les deux corolles de la même fleur sans déchirure apparente, et avoir alors deux fleurs simples de conformation à peu près pareille. Indépendamment de ce qu'il peut y avoir d'intéressant et môme de curieux dans la structure des fleurs de ces variétés, qui se recommandent ù ce point de vue pour la culture en vases, les plantes de cette série offrent de plus cet avantage, pour la culture en pleine terre, qu'elles sont généralement robustes, d'une végétation vigoureuse, et que les fleurs se détachent d'elles- mêmes dès qu'elles sont fanées, aussi facilement que les fleurs simples; elles n'ont pas ainsi l'inconvénient des fleurs doubles, qui restent fanées sur la plante, dont il faut les détacher une à une si l'on veut en éviter l'aspect toujours désagréable. Edouard André. Fleur moyenne, odorante; boutons carmin clair; pétales très larges; corolle supérieure rose très tendre, nuancé carné et légèrement bordé rose vif, parfois strié blanc; corolle inférieure, de couleur un peu plus foncé; les deux gorges blanc jaunâtre, rayées carmin. Plante vigoureuse. Exposition universelle. Fleur petite, légèrement odorante, quelque- fois à triple corolle et présentant d'autres fois le mode ordinaire de dupli- cature; boutons rose foncé; pétales de moyenne largeur; corolle supérieure carnée, légèrement bordée rose; corolle inférieure semblable; gorges, carné fond jaune, rayées carmin et couronnées d'appendices très longs. Henri Mares. Fleur moyenne, répandant une agréable odeur, qui rap- - 93 - pelle celle de la fleur de Magnolia; boutons carmin foncé; pétales très larges; corolle supérieure, souvent à pétales libres, rose tendre légèrement bordé rose vif carminé; corolle inférieure à pétales étroits et de même nuance; les deux gorges rose tendre, fond blanc jaunâtre, légèrement rayées carmin clair. Plante vigoureuse et florifère; variété remarquable. Professeur Planchon. Fleur grande, légèrement odorante, quelque- fois à triple corolle ; boutons carmin clair; la corolle supérieure a ses pétales larges, carné brûlé, nuancés et légèrement bordés rose foncé, parfois rayés de jaune, coloris nouveau; la corolle inférieure a ses pétales plus étroits et de même coloris; gorges jaune canari foncé, rayées carmin vif. Variété très remarquable. Souvenir de Claude Sahut. Fleur moyenne; boutons carmin clair; pétales très larges; corolle supérieure rose clair légèrement bordé rose foncé; corolle inférieure semblable; gorge plus foncée, rayée carmin. Plante vigoureuse et très florifère ; variété très remarquable, convenant pour la culture ou corbeilles de pleine terre. Souvenir de Félix Dunal. Fleur moyenne, légèrement odorante; boutons carmin; pétales très larges; corolle supérieure rose légèrement lavé et parfois strié blanc, largement bordé rose carminé vif; corolle infé- rieure rose foncé, légèrement bordé carmin clair; gorge rose clair rayé de rose foncé. Variété très remarquable. Pierre Roudier. Fleur moyenne, souvent à triple corolle, chacune des corolles restant toujours bien distincte des autres; pétales très larges; boutons rose foncé carminé; corolle supérieure rose tendre, lavée de rose et bordée de rose vif, parfois rayée de blanc; corolle intermédiaire pareille; la corolle inférieure a ses pétales plus étroits; les trois gorges rose foncé blanc jaunâtre, fortement rayées rose foncé. Variété remarquable. Professeur Durand. Fleur moyenne ; boutons jaune soufre ; pétales larges; corolle supérieure jaune paille, à gorge jaune soufre couronnée d'appendices très longs et finement découpés ; corolle inférieure largement distante de la supérieure et de même couleur, gorge jaune citron, couronnée d'appendices étalés. Variété très remarquable. Madame Planchon. Fleur très grande, légèrement odorante; boutons carmin clair; pétales larges; corolle supérieure se dédoublant parfois, rose tendre lilacé, bordé lilas foncé, et parfois rayée de blanc; corolle inférieure de couleur plus foncée; gorge jaune paille, légèrement rayée carmin clair et couronnée d'appendices roses et finement découpés. Variété très remarquable. Ed. a. EXPOSITION HORTICOLE QUINQUENNALE DE GAND. La Société royale d'Agriculture et de Botanique de Gand a ouvert le 30 mars dernier, avec un éclat qui a surpassé tout ce qu'on avait vu jusqu'à présent, sa neuvième Exposition quinquennale. On connaît la répu- tation séculaire de cette ville de Gand, — la capitale des fleurs, — le grand marché où vient s'approvisionner le commerce horticole du monde — 94 — entier, mais on se ferait difficilement une idée de l'importance de ses vastes exhibitions, si on ne les avait pas vues ipsissimis oadis. Depuis une douzaine dannées que nous suivons les Expositions inter- nationales d'horticulture, en Belgique, en Hollande, en France, en Angle- terre, en Allemagne et en Russie, nous avons assisté à d'importantes manifestation horticoles. A la suite de chacune d'elles, il est toujours d'usage de déclarer que la dernière est plus belle que ses aînées. C'est qu'il est plus facile de répéter cette phrase stéréotypée que de rechercher sur quoi cette allégation repose, et par quels traits se distingue telle de ces Expositions de celles qui l'ont précédées. La vérité est que chaque pays a ses spécialités de culture dans lesquelles il excelle. L'Angleterre montre avec orgueil ses spécimens de plantes de serre chaude et de serre froide, ses Orcliidées, ses raisins et fruits forcés, ses arbustes à feuilles persistantes. La Hollande a ses plantes bulbeuses que personne n'a pu surpasser; la France ses fruits incomparables, les végétaux ligneux de ses vastes pépinières de plein air, les plantes à. fleurs forcées et les légumes des maraîchers et fleuristes de Paris; l'Allemagne ses plantes annuelles d'Erfurt et quelques grandes cultures; la Russie plusieurs branches im- portantes de l'horticulture soutenues par un profond savoir et une lutte incessante contre un climat meurtrier. La Belgique enfin, cette vieille terre des Flandres, berceau du jardinage européen, n'a point dérogé de son antique renommée, au contraire, et nous en trouvons la preuve éclatante dans les fêtes florales qu'elle offre depuis de longues années aux amis des jardins. H n'y a pas un siècle que sa première Exposition, comme le l'appelait naguère M. le bourgmestre de Gand, se composait de quelques douzaines de plantes vulgaires, au milieu desquelles la grande nouveauté du jour était.... un Cyclamen. Aujourd'hui, c'est par des faits et des chiffres, mieux que par des appré- ciations vagues, que nous montrerons à nos lecteurs quels immenses pro- grès ont été réalisés par l'industrie horticole gantoise. Le local dans lequel s'est réuni le jury le 29 mars appartient à la Société d'Agriculture et de Botanique de Gand. Il se nomme le Casino. C'est un terrain assez vaste, situé le long de la promenade du canal, nommée la Coupure; il se compose d'un jardin assez vaste, bien planté. A l'une des extrémités un véritable monument, pourvu d'une grande salle vitrée, con- tient les Expositions, tandis qu'une série d'autres pièces sont réservées au local des séances de la Société, à des concerts ou festivals, au restaurant- café, à tous les services que réclame cette grande association. La grande salle ne suffisait pas cette fois à contenir les plantes exposées, et une tente solide et légère, très étendue, recevait, sous le nom d'annexé, une grande partie des collections. Le jury, composé des notabilités botaniques et horticoles, choisies dans toute l'Europe, se décomposait ainsi : Belgique, 35 membres; France, 29; Allemagne, 19; Angleterre, 15; Pays-Bas, 11; Autriche, 2, Italie, 2; Suisse 1. Sur ce total de 116 jurés, 111 ont répondu à l'appel qui leur avait été fait d'une manière toute cordiale. Les Gantois seuls, par un sentiment — 95 — louable de délicate susceptibilité, s'étaient volontairement exclus des listes du jury (i). Les opérations des jurés, commencées à 10 heures, et habilement con- duites par des commissaires qui dirigeaient chaque section, furent termi- nées en moins de deux heures. Nous ne saurions trop louer la commission directrice de cette organisation excellente. Par ce moyen, huit cents envois furent examinés à l'aise avec le plus grand soin, malgré la difficulté de juger certains lots de mérite presque égal. L'arrangement pittoresque des collections, qui devaient charmer les yeux des visiteurs et donner de ces jardins d'Armide, de ce nouvel Eden une idée enchanteresse, suivit immédiatement le passage du jury. En quelques heures d'une activité prodigieuse, MM. Van Huile, Pynaert et Oswald de Kerchove réussirent à grouper de la manière la plus heureuse tous ces produits hétéroclites de Flore la capricieuse et à improviser des bosquets empruntés à toutes les latitudes de notre globe terraqué. Le lendemain, dimanche, eut lieu l'ouverture solennelle de l'Exposition par LL. MM. le roi et la reine des Belges, accompagnés de la jeune prin- cesse Louise, qui voulut faire son entrée dans le monde sous les auspices de ce qu'il y a de plus gracieux ici-bas, les fleurs, prouvant ainsi par sa présence, suivant un mot de M. de Kerchove, que l'Exposition pouvait s'embellir d'un charme de plus. Le coup-d'œil général de la grande salle de l'Exposition était saisissant. Des degrés qui descendaient de la salle supérieure où se trouvaient les plantes nouvelles de serre chaude, les Amaryllis, Maranla, les bouquets, etc., on dominait le centre de l'Exposition où trùnaient des groupes d'Azalées d'un éclat incomparable. On pouvait même regretter que ces plantes eus- sent été rassemblées en masse aussi compacte, au lieu d'être distribuées entre de légers feuillages de Fougères, ou rangées par séries linéaires si on tenait à les rapprocher et à comparer les diverses nuances. Décidément, l'effet d'ensemble des Azalées, pour brillant qu'il puisse être, manque de distinction et d'élégance. Les groupes de Palmiers et de grandes plantes à feuillage avaient été fort habilement disposés en amphithéâtre le long des eûtes de la grande salle et formaient un fond de verdure composé de tous les trésors de la végétation tropicale. C'est dans ce voisinage que se voyaient les plantes (I) Voici les noms des Pi-ésidents et Secrétaires des 18 sections, où les Hl membres du jury avaient été versés suivant leurs connaissances spéciales : l" section, M. Karl Kocb, président, M. Wiot, secrétaire; 2= le prince P. Troubetskoy, M. Veitch; 3« M. Henderson, M. Suringar; i" M. Beaucarue, M. Trufiaut; 5" M. Willinck, M. Van Volxem; 6" M. le c'" de Gomer, M. Ed. André; 7= M de Cannart d'Haniale, M. le c"' de BeaulTort; 8'= M. de Pujdt, M. Léon d'Halloy; 9" M. le baron de Caters, M. Cuvelier; 10= M. Maxwell Masters, M. Krelage; 11= M. d'Offoy, M. du Moulin; 12= M. Ludewiz, M. Olivier; 13» M. Carter, M. A. AUard; H' M. Ch. Van Gecrt, M. De Vis, 15« le c'= de Ribeaucourt, M. Jadoul ; 16= M. le d"- Rob. Hogg, M. Simon Louis; 17= M. Liefmans, M. Vandenheede ; 18= M. Barrai, M. le d' Mulder. — Le Président choisi pour diriger les sections réunies fut ;i l'unanimité M. le prince Troubetskoy el le secrétaire-général M. Ed. Morren. — 96 - ornementales de MM. Dallière, Jean VerschafFeIt et F. Spae, de Gand, tous trois récompensés d'une médaille d'or. A l'exception d'une belle collection de M. Van de Maie fméd. or ville de Gand) qui avait pris place dans l'annexe, les Caraellias, nombreux et bien cultivés, formaient des groupes remarquables dans la grande salle, où MM. Van de Maie, De Coster, J. Vervaene, J. Van Eeckhaute et Vanden- bossche se sont disputés les prix. Ce dernier avait exposé un CamcUia reticulata à haute tige, constellé d'immenses fleurs, et qui témoignait d'une culture parfaite. Dans la serre chaude du haut, où l'intérêt majeur de toute grande expo- sition, les plantes nouvelles, s'était concentré, nous avons remarqué des introductions de premier rang. Celles de M. Linden, connues pour la plupart de nos lecteurs par ce recueil, y ont remporté les plus hautes dis- tinctions, notamment les suivantes, représentées par des exemplaires d'une culture parfaite : Plujllotœnium Lindeni, Antliurium cnjstallinum, Cunneria picturata, les trois Aroïdées à sensation du moment; Tillandsia musaïca, dont nous parlerons prochainement; Thcophrasla Andreana, superbe plante à grandes feuilles dressées formant une majestueuse couronne d'un pourpre foncé cuivré, et à laquelle on a bien voulu donner notre nom; Dracœna Gloneri, voisin du D. draco, mais d'une panachure admirablement nette. MM. Veitch, de Londres, les rudes jouteurs bien connus dans l'arène paisible des introductions nouvelles, exposaient quelques plantes de pre- mier ordre : le Guzmannia Zahni, l'une des plus belles et des plus curieuses Broméliacées que nous ayions jamais vues, avec ses longues feuilles jaune pâle strié de lignes capillaires rouges; les Dracœna imperiaiis, amabilts et Baplisli, ces deux derniers d'une beauté hors ligne. M. Jean Verschaffelt avait envoyé, sous le nom à'Antliuriiun Scliertzerianum album, une plante qui eût fait sensation si elle eût été réellement une forme à spathes blan- ches de cette admirable espèce, mais qui en réalité appartenait à un autre type, que nous ne pouvons déterminer sans la fleur; ÏAzalea linearijolia, très distinct, le Bonapartea hystrix compacta et le Zamia corallipes (de Bull) étaient du même exposant. On devait à M. Van Geert le Marallia Cooperi, très admiré, et à M. Williams, de Londres, le Toxicophlea spectabilis, une Rubiacée assez voisine d'aspect de notre genre Gloneria. D'autres nouveautés un peu moins récentes, mais très appréciées, atti- raient les regards : Dioscorca prismatica, chvysophylla, melaiioleuca et Dief- fenbachia imperiaiis de M. Linden; Paullinia thaiictrifolia de M. Veitch, Croton Weismanni de M. Dallière, Masdevallia Harryana, Veitchi, Cypripe- dium Dominyaniim de MM. Veitch, etc., etc. Dans les Palmiers nouveaux, plusieurs plantes de grand choix. M. Linden exhibait les Calamus nitidus, Glaziova insignis. Cocos eleganlissima, Pliœnix rupicola, et ce prodigieux Prilchardia filifera, le rêve de tous les amateurs de Palmiers. M. Van Houtte envoyait les Oncosperma Van Houtleanum et Wallichia sp. Paleoaki; MM. Dallière et Van Geert les Martinezia erosa, Kenlia Canterburyana et Thrinax eleganlissima. Espérons que ces gracieuses plantes seront bientôt répandues et que des apports de graines permet- tront d'en doter prochainement les serres. — 97 — Dans cette même serre on comptait quelques beaux spécimens de culture : Adiantum Farleyense de M. Linden (1^'' prix) et de M. Williams, Leptopteris superba de M. Williams et de M. Van Geert; les Crolon de ce dernier; un Platycerium de Java, présenté par M. Willinck, et dans lequel nous n'avons trouvé qu'une forme allongée du PL grande; l'Antlmrium Scherlzerianum de M. Dallière, montrant 34 fleurs ou boutons, et celui de M. De Smet. De belles collections de Broméliacées portaient les noms de MM. Linden, Van Houtte, Van Geert et Beaucarne. Les Orchidées peu nombreuses, mais bien choisies et fleuries, se rapportaient aux cultures de MM. Linden, Beaucarne et de Mad. Legrelle. Quelques beaux Nepenthes de M. Van Houtte, les Anœctochilus de M. Williams, de maigres Bégonias et des Caladiiun colorés en belle végétation sont à noter encore avant d'arriver aux splendides Maranta de Mad. Legrelle et de M. Van Houtte, qui reçu- rent avec raison pour chaque collection une médaille d'or. Il est difficile d'imaginer une plus belle culture de ces plantes et nous regrettons que la salle sombre oil elles se trouvaient n'ait pas permis de les apprécier, en pleine lumière, à leur juste valeur. Parmi les plantes de serre chaude à feuillage orné, strié ou marbré, trois admirables collections se sont disputé les suffrages du public : celles de MM. Linden, Van Houtte et de M""' Legrelle-d'Hanis. Les plus beaux et les plus rares feuillages s'étaient donné rendez-vous dans ces groupes d'une luxuriante végétation. Les Pandanées voisines furent primées sur les envois de MM. Van Houtte, Linden et Jean Verschaffelt, et ces lots contenaient de superbes spécimens. Mais que dire des splendeurs de coloris, de la perfection de tenue et de culture des Amaryllis de M. Van Ploutte, formant dans l'ancienne salle des massifs d'un éclat fulgurant et d'une perfection désespérante? C'est une des spécialités les plus brillantes que nous connaissions et l'un des plus éclatants triomphes de la fécondation artificielle et de la sélection intelligente dans les plantes d'ornement. Si de là nous descendons dans la grande nef, sans nous arrêter à de gracieux bouquets de M. Van Driessche-Leys et autres, aux Graminées sèches de M'°^ L. Bossaerts, aux planches coloriées de la Flore des Serres, de Y Illustration horticole, de la Belgique horticole et du Cercle d'Arboriculture, aux tableaux de MM. Capeinick et De Pannemaeker, aux jolis plans de jardins de M. Edouard Pynaert, nous arriverons aux détails les plus frap- pants de cette grande Exposition, aux collections de grandes plantes de culture. Les Palmiers y occupent le premier rang. La Belgique est là sur son terrain. Nulle contrée de l'Europe, pas même l'Angleterre, ne saurait lui disputer la palme, soit dit sans jeu de mots. C'est dans ce coin de terre célèbre que Linden a introduit par centaines les espèces du Mexique, du Pérou, du Brésil et de la Colombie, que Verschaffelt a reçu le Verschaffeltia splendida, Van Houtte le Pliœnicophorium des Seychelles, et que l'on trouve encore des amateurs ne reculant devant aucun sacrifice pour orner leur jardin d'hiver d'une plante rare ou d'un bel exemplaire. A l'Exposition, les Palmiers de M. J. Linden ont été victorieux sur toute la ligne. La — 98 - compo-sition de son lot d'ensemble, la beauté des échantillons, leur culture parfaite et leur rareté souvent sans exemple, comme ce magnifique Cocos aux frondes fauves et retombantes, dont l'espèce n'est pas erfcore déter- minée et qui a enchanté les amateurs, ont mérité à ce rare assemblage l'admiration générale. Nous y avons noté de superbes Ceroxijlon niveum, C. andicola, Lntania Ilngendorpi, L. aurcn, Chamœrops stauracanlha, Prit- chardia filifera, Chamœrops: Forhuiei, Coiijplia auslrnlix, Areca Dnueri (Seafov- tliia), A. sapida, etc. La médaille d'or du roi a été le prix de cette collection. Venaient ensuite celle de IM. Van Houtte, avec de très remarquables Phœnicopliorium Seijcliellnrum, Plirrnix, Llvialoiia allissinia, Kciitia sapida, Chamœrops (jracUis, etc. M. de Ghellinck de Walle fut couronné par le jury pour un énorme Latania borbonica. L'apport de Mad. Legreile-d'Iianis contenait des Cocos Wcddelliana, Arenga saccharifrra, Phœiiix Iconensis et daclylifera, Aslrocanjum mexicanum, Latania rubra, etc., tous de force rare et d'une culture sans reproche. Enfin les collections de M. de Ghellinck de Walle, de M. Dallière, do M. Jean Verschaffelt suivaient par ordre de mérite, tandis que plusieurs apports de l'almiers de serre froide, spéciale- ment rassemblés, valaient un premier prix à M. Linden, et les 2" et '6" à MM. Glijm et Van Geert. N'oublions pas cependant les beaux Palmiers de M. De Graet-Bracq, amateur distingué de Gand. Parmi les plantes ornementales en grands exemplaires que nous avons vues là très bien représentées, il faudrait tout citer. Indiquons simplement, dans ce dessus du panier des beaux spécimens, les Thcophrasta macro- phylla de M. Van Houtte, Jubœa spectabilis de M. Jean Verschaffelt, Phœnix furinifera de M. Glijm, 7'heoplirasta imperialis de M. Linden, Phormium panachés de MM. Ambroise Verschaffelt et F. Spae. Les magnifiques Cycadées de M. de Ghellinck, en 15 espèces, parmi lesquelles nous avons compté : Zamia Lehmanni, Z . horrida, Macrozamia spiralis, Zamia plumosa, lui valurent la médaille d'or. Le Cijcas circiiialis de M. Van Geert (méd. vermeil) avait un tronc de 1"'50 et 75 feuilles superbes; un Eiiccphalavtos coffra de M. de Ghellinck était énorme, et un Chamœrops Martiana, pro- priété de la Société, rappelait le souvenir de son donateur, le regretté M. van den Hocka. Les Fougères ne sont pas moins dignes de nos suffrages. Sans être aussi nombreuses qu'il y a cinq ans, elles étaient représentées par de très beaux exemplaires. Le plus fort Balaiititun antarclicum (1'"'' prix) appartenait à M. de Ghellinck. Les collections de Fougères en arbre de M. Linden et de M. Jean Verschaffelt trônaient sur toutes les autres; la première con- tenant de superbes Crjalhea Bcirichiana, Bicksonia squarrosa, le Cibotium régale et nombre d'autres belles et rares plantes. Près des Azalées, l'œil s'arrêtait avec plaisir sur les frondes plumeuses et légères des groupes de Fougères variées de M. de Ghellinck, et des Gymnogramme de semis de M. Van Houtte. Quelques collections de Fougères de pleine terre, situées dans l'annexe, nous ont fait regretter une fois de plus que ces charmantes plantes ne fussent pas plus répandues, elles qui ne demandent qu'un coin ombragé et un peu de terre de bruyèi-e ou simplement siliceuse. On sait — nous l'avons déjà indiqué dans ce recueil — que la curieuse - 99 — Fougère australienne (Todea australis ou Todea barbara) dont le tronc res- semble à un énorme rocher, commence à se répandre en Europe. M. Linden en avait exposé de gigantesques échantillons qui ont remporté le 1'"' prix. (La suite au prochain mtmcro.) Eo, ^^ NOTES SUR L'HORTICULTURE D'ORNEMENT. ARBUSTES NOUVEAUX POUR 1873. Cupressus Goweniana glaucescens. Variété nouvelle et encore inédite, de nos semis; infinimenl plus intéressante que le Cupressus Goweniana ylauca. Elle est particulière- ment remarquable jiar ses rameaux, qui sont gros, charnus et aplatis, ainsi que par la glauces- cence très caractérisée qui recouvre toutes les parties de la plante, lui donnant ainsi cette teinte bleu pruiné qui est très recliertliée dans les Conilères, car elle leur imprime un cadiet tout particulier. L'aspect de la plante ne rappelle en rien, eu apparence, le Cupressus Gowe- niana, tant cette variété s'écarte du tyi)e dont elle est issue. Lagerstrœmia elegans carnea. Variété nouvelle et encore inédite, obtenue par nous de semis; elle est issue du Laijerslrœmia clcgans, dont elle a le port et la vigueur cl dont elle présente les caractères de structure florale, qui diflërenl, comme on sait, de celle du Luyer- strœmia indica: seulement ses fleurs, au lieu d'être d'un rose foncé brillant, comme dans le Lagerstrœmia eleyans, sont d'un rose tendre ou cou eur de chair, devenant presque blanc quand la fleur passe. Par sou coloris, cette plante diffère essentiellement des trois seuls types de Laj/crstrœinia cultivés jusques à présent, et constitue un quatrième type non moins flori- fère et non moins remarquable que les autres, dans un genre qui a si peu varié jusqu'ici. C'est, à ce point de vue, une bien précieuse acquisition, car chacun sait combien les Lager- strœmia sont splendides, quand ils sont en floraison, dans le midi de la France. Tecoma grandiflora rubra. Celte magnifique variété, obtenue par nous de semis, est excessivement flurilére et franchement remontante. Ses fleurs sont de la dimension du Tecoma grandi/lora, plus connu sous le nom de Digiionia grandi/Iora, mais d'un beau rouge brûlé comme celle du Tecoma atrvpurpurca, dont cette nouvelle variété est sortie. De plus, la plante est très vigoureuse, beaucoup plus que le Tecoma grandi/lora, et son feuillage est d'un vert foncé; ensuite, au lieu de fleurir tout en une fois, comme le Tecoma grandiflora , sa floraison se continue abondamment pendant tout l'été. Rien n'égale eu magnificence les belles touffes de ce Tecoma, quand elles sont en pleine floraison : qu'on se figure des sujets formés en tige de 2 mètres de hauteur environ et mesurant un développement de branches de près de 2 mètres de diamètre, qui étaient tout cet été littéralement couverts de fleurs grandes et rouges. Nous ne saurions trop recommander cette variété, qui remplacera très avantageusement tous les Tecoma ou Bignouia cultivés, soit comme plante grimpante, soit pour élever eu lige sur piquet à diflérenles hauteurs. p^j^,^ S.vuut. Buddieia intermedia. Sous ce nom, M. Carrière vient de figurer et de décrire dans la Revue horticole une plante obtenue par lui de semis, et qui forme un intermédiaire entre le Buddieia curvi/lora, que nous avons décrit et figuré l'année dernière dans VUlustration horti- cole, et le Bud. Lindleijana, bien connu des horticulteurs. La [liante est tout-à-fait rustique; elle devra être multipliée par bouture si on veut en conserver tous les caractères. P. Erce.vc. — 100 — MÉLANGES. ADULTÉRATION DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. Nous causions, il y a quelque temps, avec M'. Kickx, professeur de botanique à l'Université de Gand et directeur de l'École d'horticulture de l'État. Le savant crjptogamiste nous racontait de curieux exemples d'adul- tération des sub.stances alimentaires par des industriels peu loyaux. Sou- vent, me dit-il, la sagacité des plus habiles est en défaut. « Pourriez-vous me dire, par exemple, de quoi est composée cette poudre d'un noir roux qu'on vient de me soumettre comme servant à falsifier la chicorée? Il faut que ce soit une matière abondante, peu coûteuse, en égard au bas prix de la denrée connue au commerce sous le nom de chicorée. » Nous cher- châmes longtemps, mais en vain. C'était pourtant une plante, une enve- loppe de graine. Nous voyions bien la cicatrice du pédoncule et de petites côtes sur la surface extérieure arrondie. Mais les morceaux étaient trop petits pour pouvoir déterminer l'espèce. Survint M. Van Huile, le jardinier en chef, un nom bien connu de nos lecteurs. " Cela, dit-il, après un moment d'attention, c'est de la graine de Tilleul; mais vous marchez dessus ". En effet, à' nos pieds se trouvaient, sous les gros Tilleuls du jardin, des quantités de ces cupules qui entourent la graine du Tilleul et la confrontation des deux substances nous en démontra l'identité. L'épicier fraudeur avait fait ramasser à pleins sacs sur les promenades publiques cette graine, balayée à l'automne avec les feuilles, l'avait torréfiée et vendue pour de la chicorée. Le hasard seul nous avait mis sur la trace de la supercherie. Mais où se voit le triomphe de la science microscopique, c'est dans le fait suivant : On soumet un jour à l'examen de M. Kickx de la chicorée également adultérée. Après étude, le professeur découvre une partie de racine de chicorée contre trois partie de tourbe, et cela à n'en pas douter. Poussant plus loin son investigation, il place un fort objectif au microscope, et, par la position des feuilles sur les fragments de splwgmuvi, qui compo- saient la tourbe, il détermine les noms de trois espèces rares appartenant à une localité particulière de l'Ardenne belge, d'où la tourbe avait à coup sûr été enlevée. On poursuit l'industriel; M. Kickx est appelé en témoignage et dit devant le tribunal, sadressant à l'épicier stupéfait : Monsieur, vous avez falsifié votre chicorée avec 3^4 de tourbe que vous avez été chercher ù tel endroit! On se plaint de voir la botanique rester une science spéculative et perdre son temps à la découverte de secrets sans applications à la vie matérielle de l'homme. Est-il une preuve plus sensible de l'utilité immédiate de la .science, considérée même dans les arcanes les plus cachés ei en apparence les plus mystérieux de ses investigations? Ed. a. — 101 CHRONIQUE HORTICOLE. Juiu 1875. Exposition de la Société centrale d'Horticulture de France. — Le 19 mai dernier a eu lieu cette Exposition, plus intéressante que brillante, dans la grande nef du palais de l'Industrie, aux Champs-Elysées. La coïncidence de l'Exposition des Beaux-Arts avec celle des fleurs donnait à cette dernière un attrait de plus. Malheureusement, rien n'est plus défa- vorable à l'effet d'ensemble des plantes que cet immense vaisseau sous lequel la lumière est trop vive, et les plus jolies collections, qui attireraient tous les regards sous une tente à demi éclairée, souff'rent de ce concours de circonstances regrettables. Dans la visite que nous avons faite à cette Exposition, nous avons remarqué de magnifiques apports de Rhododendrons hybrides, dus à MM. Truffant, Croux et Paillet. Leurs lots laissaient bien loin derrière eux tout ce que nous avions vu à Gand le mois précédent. La culture en était irréprochable, et le choix des variétés, chez M. Truffant surtout, égalait la perfection de la floraison de ces beaux arbustes. Dans les lots nombreux et très bien fleuris de MM. Vilmorin- Andrieux et C''^, une supériorité écrasante se manifestait, comme toujours, par l'envoi de ces collections de plantes annuelles et vivaces, dont la culture semble le secret de cette maison éminente. Nous recommandons surtout leurs Calcéolaires, Mimulus et une Cinéraire d'un bleu foncé superbe. De bonnes collections d'arbustes de M. Roy; les Résédas étonnants de M. "Vyéaux-Duvaux ; les nouveaux Cereus de M. Courant, sur lesquels nous reviendrons, de même que les Caladiums encore inédits de M. Bleu; les Pivoines de M. Paillet; les Roses de M. H. Jamain; les Palmiers du Jardin du Hamma, nous ont beaucoup intéressé. En fait d'introductions nouvelles, M. Linden avait expédié de Bruxelles un lot de plantes hors ligne, parmi lesquelles se trouvaient la plupart des nouveautés décrites récemment dans l'Illustration hoi'ticole; M. Rivière montrait des Broméliacées importées du Brésil, que nous avions déjà observées dans l'établissement Linden, à Bruxelles, et un pied très beau à'Eriocaulon, genre de Restiacées que nos cultures ne peuvent conserver; M. Paillet, le Pécher à feuilles pourpres dont ou a beaucoup parlé, et M. Place une magnifique Rhubarbe que M. Bâillon a reconnue pour le vrai Rheum officinale. Nous le répétons, cette exhibition a été intéressante et instructive sous d'assez nombreux rapports, et si nous devons regretter qu'elle n'ofl^re pas une plus grande importance dans une ville comme Paris, elle n'en a pas moins affirmé la vitalité de certaines spécialités de l'horticulture parisienne, si cruellement éprouvée par la guerre et qui se relève de ses ruines avec une grande et louable énergie. Exposition horticole de Tours. — Une simple ville de province, mais qui se proclame avec un juste orgueil la capitale da jardin de la France, TOME XS. — JUIN 1873. — 102 — la ville de Tours vient d'avoir aussi son Exposition florale. Nous ne saurions nous y appesantir dans un recueil international, mais il nous sera permis de faire remarquer le succès qu'elle a obtenu et la quantité de bonnes plantes qui s'y sont montrées. MM. Delahaye, Vausseur, Leroux et Cha- tenay, étaient au premier rang parmi les horticulteurs-marchands exposants de plantes nouvelles, et nous avons constaté avec plaisir qu'il ne leur manquait presque rien, même des dernières nouveautés de l'étranger. La grande médaille d'honneur a été décernée à un amateur distingué qui est le Mécène de l'horticulture tourangelle, M. Alfred Marne, le célèbre im- primeur de Tours. Il avait dépouillé ses vastes et charmantes serres des Touches au profit de l'Exposition, et les visiteurs ont pu payer à son jar- dinier en chef, M. Paquereau, un juste tribut d'hommages pour la per- fection de ses cultures en tout genre : Azalées, Caladiums, plantes variées de serre chaude, primeurs, etc. Le fait le plus curieux de l'Exposition, qui a probablement passé inaperçu du plus grand nombre, est celui de la floraison d'un beau pied à'Agave fdifcra, appartenant à M. Geneste. La floraison de cette espèce est fort rare, si jamais elle a été signalée en Europe, ce qui n'est pas eucore parvenu à notre connaissance. Bulletin de la Fédération horticole belge. — Nous venons de recevoir la 2™^ fascicule de cette utile publication pour 1871. Des circon- stances particulières en ont retardé l'apparition régulière, mais les ma- tières traitées y renferment de très intéressants documents. C'est ainsi que nous avons noté une notice fort bien faite par M. Rodigas, sur la vie et les travaux d'Alexandre Bivort, le pomologue érudit que la Belgique a perdu l'année dernière. Un travail détaillé de M. Ed. Morren sur l'Expo- sition internationale de Londres en 1871 ; des notes pratiques sur l'horti- culture anglaise par M. E. Mertens, et une étude approfondie de M. Del- chevalerie sur le Dattier, d'après la Flore d'Egypte de Delile, les travaux de Prosper Alpin, de Gastinel Bey et les observations de l'auteur, sont les principaux articles traités dans ce fascicule, dont nous ne saurions trop conseiller la lecture. Exposition de fruits à Gand. — Le Cercle d'Arboriculture de Gand a décidé qu'une grande Exposition de fruits aurait lieu dans cette ville, sous son patronage, en septembre prochain. Les lots primés seront destinés à représenter la pomologie belge à l'Exposition universelle de Vienne. La plus grande latitude est laissée aux exposants pour la compo- sition de leurs lots. Les concours comprendront les collections de : fruits de table, de marché, d'exportation, d'hiver, à cuire, d'ornement, de verger, d'espalier, de pyramide, remarquables par leur développement, les Raisins de serre, de plein air, etc., etc. On est prié de s'adresser, pour tous ren- seignements, à M. Ed. Pynaert, à Gand, qui donnera tous les détails aux exposants. Un exemple à imiter. — Nous avons remarqué, à l'occasion dune récente visite au Jardin des plantes de Paris, une petite école de plantes d'ornement, disposée avec une grande intelligence, pour faire pénétrer dans le public le goût et la connaissance des meilleures espèces à cultiver dans les jardins fleuristes. C'est presque une innovation, car bien que cette — 103 — plate-bande modèle existe depuis quelque temps, elle a reçu cette année des perfectionnements incontestables. Elle est située dans le carré au bas du grand pavillon tempéré, en face l'entrée de l'Ecole de Botanique. On y a groupé une quantité de bonnes plantes, qui sont remplacées au fur et à me.sure qu'elles défleurissent. Beaucoup de ces plantes sont connues, mais où réside l'utilité principale de cette plantation, c'est dans l'étiquetage exact des espèces et variétés exposées, ce qui permet aux amateurs et même' à bon nombre d'horticulteurs de profession, de rectifier les noms incorrects nu ridicules qui ont cours dans les jardins. Nous citerons, parmi les espèces peu communes ou souvent mal nommées qu'il est bon d'aller voir là pour en rectifier la nomenclature, les plantes suivantes : Viola Rolhoma- gensis, Dianthus liispaniciis, Gaillardia nislica, Dyckia rariflora (jolie et rare Broméliacée), Campamda rapunculoides, Ertgeron glabellum, Lochnera rosea (Pervenche de Madagascar), ASgopodium podagraria foliis variegatis, Verbena mellndres (nom vrai de la Verveine des jardins), Sempervivum Diellianum, soboliferum, tomentosum, arvernense, monlamun, arachnoideum, calcareumt Funcki, heterotrichum, Brauni, Malricaria parlhenioides (Matricaire Man- diane), Gazania grandiflora, Chnjsanthemum fœniculaceum et grandiflonini (confondus sous le nom de Chr. frutescens), Godetia amœna (connu comme G. rubicunda), Tritoma Burcheli, Delphinmm formosum et B. elatum (les types vrais), Alternanthera versicolor, Saxifraga serratifolia, Veronka maritima, Pelargonium hederœfolium, Echeveria secunda, Pyrethrum rigidum (l'herbe aux punaises), Mesembryanthemum violaceum, Calceolaria rugosa, Fuchsia fulgens, Pelargonium capitatum, etc. — Nous n'avons remarqué qu'une légère erreur d'orthographe {Cuphea plaUjcendra ^our platy centra), mais elle est facile à corriger. Il serait désirable qu'on imitât cet exemple dans la plupart des jardins publics, afin de faciliter aux amateurs la demande au commerce des plantes qui leur plaisent, sous leur véritable nom. Corbeilles, vases et suspensions en liège. — On emploie beau- coup depuis quelque temps, en Belgique et en Angleterre, le liège natif pour former des vases de diverses formes, dans lesquels on plante des Fougères et autres plantes qui y prospèrent à merveille. Cette matière n'est pas chère, eu égard à sa légèreté; elle se vend en balles, directement importées d'Algérie, à raison de 60 à 80 francs les cent kilos, suivant la beauté de l'écorce. Avec de petites charpentes de fil de fer, un jardinier intelligent peut donner au liège les formes les plus variées et en faire de très jolies suspensions pour les serres. Si l'on suspend de ces plaques brutes le long des murs pour y attacher des Fougères, on entretient facilement l'humidité en plaçant derrière le liège une bouteille pleine d'eau, dans laquelle on place une mèche de coton qui dépasse au dehors et dont l'extrémité libre fait siphon et arrose goutte à goutte la plante fixée sur le devant du liège. Le Gnaphalium lanatum pour les rochers des serres. — Nous avons beaucoup admiré dernièrement, au Jardin d'Acclimatation de Paris, un pied énorme de cette plante, que l'on n'emploie guère jusqu'à présent que dans les jardins, l'été, pour border des corbeilles de plantes à feuilles rouges, sur lesquelles tranche son feuillage blanc et laineux. Le spécimen — 104 — dont nous parlons est énorme ; on l'a planté sur le haut du rocher, d'où il retombe en cascades de longs pendentifs argentés, du plus gracieux effet. La plante ne demande que peu de nourriture, presque pas de nettoyages, et elle peut rester ainsi plusieurs années dans toute sa beauté. Le Cœlogyne cristata à feuilles panachées. — Un fait de pana- chure remarquable vient de se produire dans la serre à Orchidées de la Celle S'-Cloud, près Paris, dans la propriété de M. Dutreux, si célèbre autrefois par les collections d'Orchidées qu'y avait réuni M. Pescatore. C'est un Cœlogyne cristata dont les feuilles se sont rubanées de blanc avec une grande pureté. M. Dutreux fera multiplier avec soin cette curieuse variation, qui donnera un intérêt de plus à cette belle espèce, lorsqu'on la possédera avec des feuilles aussi nettement blanches et vertes qu'un Phalaris arundinacea picta. Le Campanula médium subspontané. — Un des plus admirables parterres naturels qui se puisse voir en ce moment et qui présente uu incomparable éclat, dépassant de beaucoup comme effet toutes les plantes tropicales du monde, est le tapis de Campanule violette mariné {Campanula médium), qui s'étend sur les deux talus du chemin de fer avant d'entrer dans la gare de Blois. On y compte par milliers de superbes pieds aux fleurs violettes, roses, lilas et blanches, couvertes de leurs énormes clo- chettes où viennent butiner les abeilles et les bourdons. La plante s'est naturalisée là en toute liberté, après avoir été semée ou s'être échappée des jardins. Toujours est-il que l'effet en est saisissant et qu'on devrait bien suivre cet exemple de la nature pour garnir des talus desséchés. Multiplication des Allantes. — Partout où le mâle de cet arbre dio'ique japonais est en ce moment en fleurs, et notamment sur les boule- vards de Paris, il développe une odeur fade, écœurante on peut dire, qui fatigue beaucoup les promeneurs. C'est à proscrire à jamais l'espèce des jardins, où son feuillage est pourtant si beau et sa croissance si rapide. Il est pourtant un moyen bien simple d'y remédier, c'est de ne cultiver que l'arbre femelle, qui ne présente pas cet inconvénient. Pour cela, il suffit de recueillir les drageons et même les boutures de racines des Allantes femelles et de les vendre avec garantie. Nous signalons ce desiderata aux pépinié- ristes, et nous nous engagerions volontiers à leur prendre chaque année pour nos clients à peu près tout ce qu'ils pourraient livrer au commerce, si nous avions la certitude de ne jamais planter de mâles. Le jardinier suisse. — Une nouvelle publication horticole, organe de la Société d'Horticulture helvétique, vient de paraître sous ce titre. Ce sera un journal mensuel, dont nous venons de recevoir le 1<"' numéro (avril 1873). Les intérêts horticoles helvétiques y seront principalement soutenus et discutés. Des notions générales de physiologie végétale, une étude sur le sol, les semis, les arrosements, les travaux d'avril, des notices sur les Camellias et les Azalées, et une revue des plantes recommandables occupent ce premier fascicule. Nous accueillons avec sympathie le Jardinier suisse et lui souhaitons tout succès. Ed. André. CAMELLIA IL GIOGELLO. SEMIS ITALIE. .1. Liiidi'ii piibl — 105 — PI. CXXIX. CAMELLIA IL GIOGELLO. TERNSTRŒIVIIACÉES. ËTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir Iltiislr. horVtc, t. VIII, p. Ô06, et t. X, p. ôio. CARACTÈRES DE LA VARIÉTÉ : fleur nioyeimc, très liien faite, régulièrement inibricpii'O, à pétales orhiculaires déprimés, éehaiicrés obtus, du plus I)eau rouge-canuiii foncé ou crauioisi ligné de fines stries capillaires plus foucées. Semis obtenu récemment en Italie. CULTURE DES CAMELHAS (Suite). MALADIES ET INSECTES NUISIBLES AUX CAMELLIAS. Les maladies qui atteignent le Caraellia sont le hlanc et la panachure des feuilles. L'une et l'autre sont généralement produites par l'humidité sta- gnante de la terre en des vases trop larges ou trop profonds. Le remède consiste à dépoter la plante, enlever complètement la terre et les racines pourries, la replacer dans un pot plus petit, de grès neuf, avec un compost léger et substantiel, et la tailler vigoureusement. Bientôt les nouvelles pousses se montreront vertes et saines, et si les feuilles anciennes persis- tent à conserver la teinte blanche et jaune qui les panachait, elles seront vite effacées par la vigueur des nouvelles. Au début de la végétation, les jeunes pousses sont parfois envahies par des myriades d'Aphis ou pucerons qui font cloquer les feuilles. On lave fortement les parties attaquées avec une dissolution de tabac ou de savon noir, ou, mieux encore, on emploie des fumigations de tabac. Les fourmis seront détruites avec un peu d'huile répandue dans leurs nids, une pincée de guano, un peu de benzine ou d'acide phénique, ou enfin éloignées en entourant la base du tronc des Camellias d'un léger anneau de graisse à voitures. De petites chenilles vertes et des araignées font aussi la guerre aux jeunes feuilles. On les cherche avec soin pour les détruire ; c'est le seul moyen de s'en débarrasser. Le pou ou punaise de l'Oranger, le kermès, fait aussi de grands ravages sur les plantes déjà malades qu'il envahit complètement. Il faut se hâter d'écraser ces insectes avec une petite spatule. Les forficules {perce-oreilles), les scolopendres {mille-pieds), les blattes {clo- portes) et surtout les lombrics {vers de terre) se logent dans la terre des pots et de là ravagent parfois les plantes. Ces derniers insectes surtout décom- posent la terre et portent de graves atteintes aux racines. Les diverses dissolutions avec lesquelles on a conseillé d'arroser la terre pour les détruire ont l'inconvénient de nuire également aux racines; il faut sim- plement les rechercher et les tuer. Au reste ces maladies ne sont à craindre que dans les serres mal tenues ; les soins de propreté sont le meilleur remède préventif. Ed. André. — 106 — PI. CXXX. RIIODODENDRUM MADAME LI>DEN. ÉRICACÉES. ÉTVMOLOGIE : de (t^ot, rose, et S'iAfoi, arbre : rosier en arbre. CARACTÈRES GÉNÉRIQUES: Voir Endlichcr, Gm. Plant., 4ôil, et DC, Prodromvs, VII, p. 719. CARACTÈRES DE LA VARIÉTÉ : forte et vigoureuse plante à rameaux robustes, fauves, verts au sommet herbacé; feuilles fermes, oblongues elliptiques, un peu convexes en dessus, vert foncé, glabres; corymbes terminaux très gros, compactes, spliériques, composés d'admi- rables fleurs bien pédicellées, à corolle très ouverte, à lobes ovales obtus d'un lilas tendre et transparent parcouru par une ligne médiane filiforme plus foncée, le pétale supérieur marqué, sur plus de la moitié de sa surface, d'une série de ponctuations d'un cramoisi très intense et disposées en lignes dressées interrompues, les deux pétales latéraux supérieurs sont légère- ment marqués de points analogues en forme d'accent circonflexe. Cette admirable plante , issue d'un serais dans l'établissement de M. J. Linden, à Gand, est destinée à effacer toutes les variétés connues dans les nuances voisines. Elle est parfaitement rustique et se prêtera supérieurement à la culture forcée. Puisque nous revenons aujourd'liui sur la question des Rliododendrons de plein air, cet ornement sans rival des jardins, nous donnerons à nos lecteurs la nomenclature de quelques variétés de premier choix. Connues pour la plupart des amateurs, elles restent ignorées de bien des proprié- taires, qui seraient heureux de les connaître pour composer les massifs de leurs jardins. Cynthia, rose vif, contre pâle. Étendard de Flandre, violet, tache noire. Everestianum, frisé, lilas, centre jaune. Purity. blanc, maculé jaune. Mary of Cambridge, rose violacé, bordé violet rouge. Bylsianum, rouge vif, plus éclairé au centre. Catesbaei Boursault, violet, plus pâle au centre. Sir Robert Peel, rouge très foncé. Léonidas, rouge carminé, tache marron. Roseum novum, frisé, rose tendre éclairé au centre. Sir Charles Napier, rose tendre, trans- parent et tigré. Congestum roseum, rose tendre, saumoné et ligi'é. Torvardi, pétales arrondis, rose violacé, élamines blanches. Pierre Puget, lilas violacé tigré noir. Attiénée, blanc buidé violacé maculé jaune. On peut encore ajouter à ces variétés les suivantes : Van Dijck, ereclum, nivaticum, perspicuum, Charles Souchet, M^^^^ Massoti, MaculaUim, grandi(lorum, Ladij Lopez, Blandijaimm, Brayamim. Ed. a. F' jaV é '*'»aœ'.'. ^l ,9^' ^ I i!^»« ^^' V - 107 — PI. CXXXI. CYRTODEIRA FULGIDA, umi cyrtodéra éclatant. . Gesnériacées. ÉTYMOLOGIE : de Kt/frix, courbé, et <^£^pl), cou, allusion à la forme du tube de la corolle. CARACTÈRES GÉ.NÉRIQUES : Calyx parvulus, foliolis auguste lanceolatis palentibus vcl recurvatis ; cnrolla in calyce obliqua, tubo varie curvato; lubus basi postice gibbus, basi sursuni, doin deorsuni curvalus, leviter anipliatus, — aiinulus et glandula? — sligma stomato- inorphum, filamcnta iuter se et cum coroUa basi counata (Hanstein, in Linnœa, XXVI, p. 207). CARACTÈRES SPÉCIFIQUES: repens, stolonit'era, lomcnloso-hirsuta; /bù'n ovato-subcor- data creuata ciliata petiolis caualiculatis vix longiora, linibo supra buUalo hirto viridi-violaceo metallico ad médium argeuteo nileiite ; jJorcs in axiUis foliorum solitarii, longe pedunculati ; CHUjr lobis e basi liberis unguiculalis spaihulatis dontalo-ciliatis; corolla longe lubulosa curvala calcare posteriore albo exserto, l'auce laie aperla, fulgide lateritia, lobis orbiculatis patonlibus fimbriatis glabris; staonna-i fdamenlis basi dilatatis conjugatis tubo brevioribus, anlheris globosis per paria conniventibus bijugis; slylus tubum œquans, stujma obliquus capitalus; ovarhtm ovoideum supra pilis longis setosis erectis indutum ; anuulum delieicntem ijlandula oblonga emarginata calcare opposita in ima posterioreque basi ovarii referens. — lu Nova-Granala. — Ad vivum desc. in h. Linden. — E. A. Cyrtodeira fulgida, Linden, Catal. N» 90, p. S. Cette délicieuse petite plante, qui rentre dans la section des Gesnéria- cées rampantes à corolle courbée dont Hanstein a fait le genre Cyrtodeira, vient ajouter une forme nouvelle aux anciens Achimenes [Cyrtodeira) cupreata et metallica. Elle a été envoyée l'année dernière de la Nouvelle-Grenade chez M. Linden et déjà elle se répand dans le commerce. Toute la plante, dont les feuilles en rosette forment une touffe épaisse à stolons rampants sur le sol, est d'une rare beauté lorsqu'elle est représentée par un fort exemplaire couvert de ses belles feuilles métalliques et de ses corolles éclatantes. Ses feuilles sont elliptiques, à pétioles canaliculés plus courts que le limbe, qui est couvert de fines bullatures hérissées sur leur surface supérieure. La couleur de ce charmant feuillage est chamois foncé, ombré de vert, sur le milieu duquel tranche la zùne médiane satinée et argentée. Sur cette famille de stolons qui entourent la plante-mère d'une couronne de nouveaux individus suspendant autour du vase leurs rosaces brunes, se détachent les fleurs comme des points d'écarlate fulgurant. Elles sont axillaires, solitaires et portent un calyce à lobes découpés jusqu'à la base et dentés. La corolle, à éperon saillant à la base, est longuement tubulée, recourbée, glabre seulement sur les lobes étalés, orbiculaires et frangés. Ce bijou végétal fera l'ornement des serres chaudes; on l'emploiera en suspensions ou sur les rocailles qu'il garnira de sa vigoureuse végétation. Ed. André. — 108 — LE JARDIN rOTAGER ET ERLITIER. LA CULTURE MARAICHERE DANS LE MIDL Je viens do parcourir avec un très vif intérêt la troisième édition d'un petit livre bien connu dans le midi de la France, et qui mériterait de l'être plus encore. C'est la Cnllure maraîchère de M. A. Dumas, jardinier-chef do la ferme-école de Bazin (Gers). L'auteur est un habile praticien et un professeur qui a formé de nombreux élèves aujourd'hui bien placés et appréciés; son enseignement est plus manuel qu'oral, sans prétention, mais non sans perfection. Il est du métier avant tout et ne dit rien à l'aventure, parlant le langage vrai du jardinier et ne sacrifiant rien à l'effet. Voilà pour moi le meilleur enseignement et les meilleurs livres. Celui de M. Bazin coûte fr. 1-25, et se vend chez Prudliomme, éditeur, à Grenoble. J'engage tous les propriétaires à en faire cadeau à leur jardinier, surtout s'ils habi- tent les latitudes au-dessous du 40" degré N., c'est-à-dire de Paris à la Méditerranée. J'ai surtout lu avec intérêt les chapitres sur les fumiers, la culture des champignons (très bien indiquée en peu de mots et que tant de jardiniers ignorent), sur les préjugés dont il faut se défaire, sur la taille précoce des arbres fruitiers (ce qui constitue une incursion dans le domaine de l'arboriculture, mais n'en est pas moins utile), des conseils aux jeunes gens sur les lectures et les listes de livres à acquérir, etc. Le livre de M. Dumas, en y ajoutant son Calendrier horticole, qui est un autre bon petit livre du même prix, est pour le centre et le midi de la France ce que les brochures analogues de M. de Lambertye sont pour l'Est et pour le Nord. Voici d'ailleurs un spécimen de la manière de M. Dumas : La Lune : " Au temps oii nous vivons, en plein XIX" siècle, qu'il plaît à notre vanité d'appeler le siècle des lumières et du progrès, on croit encore à l'influence de la lune sur les semis, la taille et tous les travaux. Le paysan est crédule parce qu'il est ignorant, parce qu'il n'observe pas, parce qu'il ne fait pas des essais, parce qu'il croit plus à la parole d'un autre paysan ignorant comme lui, qu'à celle d'un homme instruit et éclairé. Ce dernier, quoi qu'il fasse, est toujours suspect. Mais croire encore à l'influence de la lune sur les cultures, quand cette influence a été démontrée si complè- tement nulle par une longue expérience, c'est être, en vérité, par trop absurde. 1. Pour mon compte, voici ce que j'affirme en toute sincérité : je fais mes semis, mes plantations, quand le temps est beau, la température conve- nable, l'humidité suffisante, sans tenir compte des phases de la lune; il m'importe peu qu'elle soit nouvelle, pleine, à tel ou tel quartier; je n'y prends même pas garde, et pourtant tcus ceux qui connaissent mon jardin et le visitent par intervalles, affirment que je ne réussis pas trop mal. — 109 — Laissez donc la lune de côté, mes confrères; soyez laborieux et cultivez d'une manière intelligente ; voilà le secret pour réussir. » Les Brouillards. Il est vraiment curieux d'entendre répéter à chaque instant dans nos contrées : le brouillard est tombé sur telle ou telle plante. — Mes laitues sont chétives et languissantes : c'est le brouillard; — mes fèves sont cou- vertes de pucerons; c'est le brouillard; — mes haricots et mes pois sont pleins de vers; c'est le brouillard, le brouillard et toujours le brouillard. " On serait plutôt porté à croire que c'est le malheureux brouillard qui obscurcit les idées du pauvre jardinier. Comme il est commode de jeter sur un être inerte, qui n'en peut mais, la responsabilité de sa paresse ou de son ignorance! Je n'ai qu'une réponse, une seule, à faire à toutes ces doléances. Allez, vous qui vous plaignez des effets du brouillard, allez visiter les jardins mai'aîchers bien tenus, dans les pays oti le brouillard est le plus fréquent, le plus épais, le plus persistant. Parcourez les jardins des environs de Paris, de Tours, d'Angers, etc., et vous y verrez si le brouillard exerce là l'influeuce désastreuse que vous lui attribuez si gratuitement. Vous y trouverez une végétation luxuriante, des produits maraîchers de toute beauté; le brouillard s'y trouve impuissant à faire le mal. Devinez-vous pourquoi? C'est que ces jardins sont cultivés avec activité et intelligence ; on ne recule pas devant la fatigue et la dépense, pour donner aux plantes les arrosages nécessaires et les engrais en abondance. » On voit par ces deux exemples par quel raisonnement simple, familier, pratique, l'auteur cherche à déraciner les préjugés de l'esprit de ses con- frères. Tout le livre est rédigé dans ce mode naïf et éminemment compré- hensible pour la classe à laquelle il s'adresse. Il formera de bons jardiniers; c'est le but qu'il cherche et que nous lui aiderons à atteindre si nous le pouvons. Ed. André. NOTES SIR LE JARDIN POTAGER ET FRUITIER. Culture perfectionnée du Poireau. — Dans le pays wallon, on emploie fréquemment un mode de plantation de ce légume que je n'avais pas encore vu pratiquer jusqu'ici. L'objectif dans cette culture étant d'avoir une racine aussi longue, aussi blanche et aussi tendre que possible, le paysan wallon, pour mettre ses jeunes plants en terre, prend un plantoir très long, creuse d'un seul coup un trou égalant la longueur totale de ce jeune plant, et laisse couler celui-ci droit dans le fond sans le recouvrir de terre. Le jeune poireau, à cette profondeur, garde sa racine fraîche, l'arrosage fait descendre au fond assez de terre pour le recouvrir un peu, et quand il a grandi, cette profondeur du trou s'ajoute à la longueur qu'il aurait atteint normalement, planté à la surface du sol ; c'est-à-dire qu'on a ainsi d'excellents poireaux, très longs et très tendres. Ed. a. — 110 — Poire Colmar Dumortier. — Cette variété a été obtenue en 1848 par M. Gabriel Everard, pépiniériste à Tournai, qui le dédia au savant et vénérable président de la Société de Botanique de Belgique, M. Dumortier. Le pied-mère existe encore. C'est une poire excellente et très tardive, puisqu'on la mange jusqu'au 20 mars. Le Bulletin d'Arboriculture de Bel- gique vient d'en donner une figure coloriée et une description. P. Erceau. Destruction de l'Altise. — Dans la même publication, M. F. Bur- venich conseille, pour détruire ces insectes si nuisibles aux Crucifères, de semer entre les rangs de choux, choux-fleurs, navets, quarantaines, etc., qu'on veut préserver, des graines de cresson alénois. Cette plante, on le sait, lève très rapidement; les altises en sont très friandes et pendant qu'elles les dévorent, les plantes qu'on veut sauver ont le temps de prendre le dessus. Detector. HORTICULTURE D'ORNEMENT. EXPOSITION HORTICOLE QUINQUENNALE DE GAND. (Suite et fil, voir paye 95.^ Nous arrivons aux Azalées. Si la perfection était d'ici-bas, on pourrait dire que les semeurs et cultivateurs gantois l'ont atteinte. Ils sont arrivés à un ensemble dans la floraison, à une régularité dans la forme, qu'il semble impossible de dépasser après avoir vu les admirables apports de MM. de Ghellinck de Walle, Jean Verschaifelt et Van Eeckhaute, qui se sont par- tagé les trois plus hautes distinctions, M. de Ghellinck ajoutant à son l""" prix la médaille d'or de 500 francs, offerte par la Fédération des Sociétés d'Horticulture de Belgique. Dans les autres concours des mêmes Azalées de l'Inde se faisaient remarquer M. Beaucarne, M. de Graet-Bracq, tous deux amateurs, et enfin M. Van Houtte, avec trois superbes collections de plantes nouvelles, luttant contre M. J. Vervaene et C'". Il est impossible de noter de plits charmantes variétés que celles de ces collections, parmi les- quelles nous citerons les suivantes : Le'onie Van Houtte, Louisa de Kerchove, Daphné, Marie VanHoutte, ]\r^^''Van Eeckhaute, Ghellinck de Walle, i)7"'= Hardy, Sigismond Rucker, Charles Leirens, John Gould Veitch, J/">® Wright. Après cette nomenclature de choix, il était difficile aux nouveautés inédites de montrer des variétés hors ligne, et le jury ne décerna que le second prix, échu à M. Van Houtte. Si les Azalées pontiques laissaient à désirer, après ce que nous avons vu dans d'autres expositions belges, nous avons été, en revanche, heureux de constater la présence de deux collections A'Azalca mollis (voir Y Illustration horticole, 1872), exposées par M. Ambroise VerschafTelt et M. De Smet. La — 111 — première surtout brillait par la quantité des fleurs, leur grandeur et leurs jolis tons du jaune soufre au rose saumoné, tout cela en trois variétés seu- lement. Que sera-ce lorsque d'intelligents croisements auront apporté de nouveaux coloris ! Il nous faut avouer que nous n'avons pas trouvé cette année les Rhodo- dendrons à la hauteur de la réputation acquise par Gand dans cette spé- cialité. Quelques lots, placés dans l'annexe et appartenant à MM. De Graet- Bracq, De Coninck, Vuylsteke, n'étaient qu'estimables. Dans les variétés nouvelles, le concours des 12 plantes distinctes amenait M. Linden {l"' prix) et M. J. Vervaene et G''' (2'^ prix). Un charmant Ehod. virgatum candidissi- mum de M. Van Houtte, le Ph. Souvenir de Jean Bijls de M. Storj, étaient d'une beauté de premier ordre comme spécimens fleuris. Dans les semis, M. Linden remporta le premier prix avec le Rh. Princesse Louise, charmante et candide fleur blanc pur que nous figurerons bientôt dans Y Illustration horticole. M. Standish (d'Ascott, Angleterre) arriva second avec le Rh. Star of Ascott. Nous espérions retrouver cette année ces vastes collections de plantes fleuries d'Australie, qui étaient autrefois la gloire de Gand. Il n'en a rien été. Cette culture s'en va, et c'est à peine si dans les jardins botaniques on retrouve ces nombreuses espèces, aujourd'hui délaissées et inconnues, qui ont tant charmé nos pères. Toutefois, notons un bon envoi bien fleuri de M. Glijm, d'Utrecht, un lot de Jean Verschaff'elt, de beaux exemplaires fleuris de GenelJujllis tulipifera (M. Dallière et M. Van Geert) et deux Erioste- mon tout constellés de fleurs blanches (MM. Jean Verschaflelt et Dallière). Une fort belle collection d'Aroïdées variées a valu une médaille d'or à M. de Ghellinck de Walle. Nous n'y avons noté que la force des sujets, mais point d'espèces nouvelles. Les Dracœna ont été l'objet de la plus vive rivalité et d'une grande difficulté pour le jury dans l'attribution des récompenses. Après de longues dissertations sur les mérites respectifs, le l'''' prix est échu à M. Linden, le second à M. Van Houtte et le troisième à M. F. Spae, pour horticul- teurs-marchands. Entre amateurs, le 'même concours a valu le l®'' prix à M. Hye et le second à M. de Ghellinck de Walle. Ces cinq collections couraient chacune 25 espèces ou variétés distinctes. Leur culture était parfaite, le choix des plantes comprenait un très grand nombre de nou- veautés et les couleurs montraient une intensité inusitée. Nous pensons qu'il est impossible d'arriver à une plus belle végétation dans les plantes de ce genre et les concours de Dracœna ont été vraiment l'un des triomphes de cette Exposition. Les Achimenes et Gloxinia, hors saison, n'ont présenté que deux collec- tions de M. Van Houtte. Il faut voir ces plantes en leur temps normal de fleuraison pour pouvoir les juger pleinement. L'attention du public a été vivement surexcitée par les concours de Jacin- thes. On sait la réputation séculaire et si justifiée des cultivateurs hol- landais dans les plantes bulbeuses. Cette supériorité, un horticulteur gantois célèbre à plus d'un titre, M. Van Houtte, cherche depuis de longues années à la battre en brèche, et s'il n'a pas encore réussi à atteindre aux mérites — 112 — transcendants qui ont valu aujourd'hui à M. Krelage, de Haarlem, et à M. Schertzer et fils des palmes justement méritées, ses progrès sont néan- moins très sensibles. On ne peut qu'applaudir aux vigoureux efforts faits par M. Van Houtte pour doter son pays d'une culture que la Hollande con- sidérait jusqu'ici comme son monopole exclusif. Les Cyclamen sont aussi de charmantes plantes bulbeuses ou plutôt tuber- culeuses qui méritent mieux que la place qu'on leur accorde généralement. La collection de M. Williams, de Londres, et celle de M. J. Verschaffelt ont entraîné les éloges du public par leur bonne culture, leurs nuances fraîches et l'abondance de leur fleuraison. Depuis longtemps M. J. Verschaffelt s'est fait une réputation par ses Agaves. Sa collection lui a valu ici le 1*"' prix; elle comprenait 75 espèces diverses de Dracœna, Yucca, Agave, Beaucarnea, Dasylirion, etc., et on l'a beaucoup remarquée avec raison. Un groupe de 6 Phormium d'espèces ou variétés distinctes a obtenu à M. J. De Cock & sœur le 1°'' prix. Nous y avons relevé les Ph. tenax, Colensoi, Veilchi, quadricolur et atropurpureum varieg. Nous renvoyons nos lecteurs à notre article [Illustr. horlic, 1872, p. 80) pour les détails sur les espèces véritables de ce précieux genre. Si nous sortons de la salle principale de l'Exposition dans le jardin du Casino, au milieu des caisses d'Orangers et de Lauriers, nous arriverons à une suite de massifs de Conifères fort intéressants. Nous y avons relevé fort peu de nouveautés, mais, malgré l'absence absolue des concurrents amateurs, quelques lots présentaient de remarquables échantillons et beau- coup de raretés. Dans le concours de 50 espèces, MM. Aug. Van Geert, C. Glijm et Jean Verschaffelt ont récolté les palmes. Le premier de ces exposants avait envoyé, entre autres belles plantes, les Wellingtonia gigantea aurea, Torreya myristica, Abies Alcoquiana, A. Gordoniana, Thuiopsis dola- brata, tous d'une force et d'une forme peu communes. Parmi les nouveautés en Conifères, nous devons signaler un lot de M. N. Gaujard (1'*'' prix) comprenant les : Taxjis baccata pendilla, de ses semis, Cupressus Lawsoniana argenlea, Chamœcyparis obtusa albo-variegata, Ch. sphœroidea aur. var., Taxus baccata pendula varieg. M. A. Van Geert, dans les nouveautés aussi, exposait les Chamœcyparis obtusa Ketelecri, Tsuga Hanburyana, Cryptomeria spiralis. Araucaria imbricata variegata. Enfin, M. Maurice Young, de Milford, avait exhibé, en petits exemplaires malheu- reusement, son Juniperus sinensis aurea. Quelques spécimens de beaux Araucaria, en spécimens isolés, ne doivent pas être omis, entre autres Y Araucaria glauca robusta de M. Linden, 1'^. Rulei de M. Van Houtte, et 1'^. excelsa Baumanni de M. Spae. En terminant ce relevé succinct de la Floriculture à l'Exposition de Gand, nous voudrions pouvoir ajouter quelques mots d'éloge pour les plantes de parterre, mais les rares collections qui s'y trouvaient étaient à ce point faibles qu'il est meilleur pour leurs propriétaires de n'être point nommés. C'est là un fait regrettable, et l'effet général de cette splendide Exposition eût été relevé encore s'il avait été possible d'y voir des collec- tions brillantes et choisies d'Anémones, Renoncules, Calcéolaires, Œillets, — 113 — Narcisses, Tulipes, Fuchsias, Pelargoniums, Pensées, etc. On peut dire que les fleurs ont manqué à cette grande floralie, et que quelques charre- tées achetées au marché aux fleurs eussent considérablement ajouté à l'éclat de l'ensemble. En arboriculture, même reproche, malgré les récompenses séduisantes qui avaient été offertes. A part les raisins forcés de M. Morel, de Gand, les 6 magnifiques Ananas de M. Warocqué, de beaux fruits conservés de M. de Biseau d'Hautteville, de Binche, et de M. Coppens, de Gand, rien ou presque rien ne venait affirmer l'existence de la culture forcée et de la pomologie en Belgique. Quant aux efforts des maraîchers nationaux ou internationaux, ils se réduisaient à l'envoi.... d'une botte d'Asperges! Le reproche d'abstention qu'on fait aux cultivateurs de légumes français doit aussi s'adresser, nous le voyons, à leurs confrères de Belgique. Les arbres fruitiers formés étaient aussi peu nombreux. Cependant un très beau lot exposé par MM. Baltet, frères, de Trojes (Aube), a valu à ces habiles horticulteurs le médaille d'or du Cercle d'Arboriculture de Belgique. Nous ne prétendons pas avoir épuisé, même sommairement, la liste des objets exposés à Gand, et devant la multiplicité et l'importance des envois, nous avons dû nous borner à effleurer cet immense et attrayant sujet. Nous devons toutefois ajouter, avant de clore ce résumé, quelques mots sur ce qui a suivi l'ouverture de l'Exposition et donner des éloges trois fois mérités à ses organisateurs. Après avoir examiné l'Exposition en détail, LL. MM. le roi et la reine, charmés de leur promenade, exprimèrent toute leur satisfaction aux délégués de la Société qui les conduisaient. Le roi décora de l'Ordre Léopold MM. de Ghellinck de Walle, président de la Société, Jean Verschaffelt, Aug. Van Geert et Al. Dallière, trois horticulteurs qui ont puissamment contribué à élever la réputation horticole de la ville de Gand. Un certain nombre de travailleurs distingués de l'horticulture gantoise reçurent à leur tour la décoration agricole et ouvrière, aux applaudissements de leurs collègues. Le roi, la reine et la jeune princesse se dirigèrent ensuite vers l'établis- sement horticole de M. J. Linden, oft ils parcoururent longuement les serres et les jardins, guidés par MM. J. Linden et Gloner, qui furent l'objet des félicitations de leurs hôtes augustes, intéressés au plus haut degré par l'immensité des collections et l'excellente tenue des cultures. Le nouveau jardin d'hiver de M. le C'^ de Kerchove de Denterghem, bourgmestre de la ville de Gand, construction récente et création charmante par le goût qui a présidé à sa plantation, dans ce style naturel et pittoresque dont nous entretenions récemment nos lecteurs, avait déjà été l'objet d'une visite détaillée de Leurs Majestés. Peu après, de nombreux invités et les membres du jury prenaient place au banquet offert à LL. MM. le roi, la reine et à S. A. la princesse Louise et assistaient à la représentation de gala qui suivit ces agapes fraternelles. Le Cercle d'Arboriculture, qui a déjà donné à la Belgique des preuves de sa vitalité et des services qu'il est appelé à rendre encore à la pomologie et à d'autres branches de l'horticulture, invita le P'' avril les visiteurs étrangers à assister à l'une de ses séances, où fut traitée la question intéressante et si — 114 — controversée de la circulation de la sôve, aujourd'hui cause de discussions passionnées en Belgique. La cordialité la plus fraternelle n'a pas cessé de régner dans toutes les réunions. En terminant, nous ne saurions trop insister sur le dévouement avec lequel les Secrétaires de la Société, MM. Charles Leirens et Edmond Claus, ont rempli leurs délicates fonctions; sur le talent dont MM. Van Huile, Pynaert et 0. de Kerchove ont fait preuve par la création du jardin et la disposition des lots; sur .la relation circonstanciée de l'Exposition, à laquelle nous avons emprunté largement pour cette étude et due à ces messieurs, aidés de MM. Rodigas et Burvenich, en un mot sur l'activité et l'abnégation avec lesquelles chacun s'est efforcé de contribuer à cette grande, pacifique, aimable et fructueuse manifestation, digne de la vieille cité classique des fleurs. Ed. André. Sl'R LA FRUCTIFICATION DU LIS BLANC (Lilium camlidum, Lin.). On croit trop généralement que le Lis blanc ne fructifie qu'en coupant les tiges et en les suspendant dans un endroit ombragé, la tête en bas. Cette erreur, commise d'abord par Tournefort dans ses Éléments de Botanique (genre Lis, p. 237) et reproduite par Gesner dans son Epistol. (p. 53), sous forme de lettre qu'il écrivait à son ami Adolphe Otton, célèbre médecin à Zurich, en l'année 1554, fut renouvelée par du Petit-Thouars (t. W, p. 36 des Annales de la Société rojiale d'Horticulture de Paris pour 1829). Il décrit les moyens d'obtenir des graines fécondées du Lis blanc, puis il ajoute : " Il ne paraît pas que depuis que ces deux auteurs ont fait connaître un procédé si simple, on l'ait souvent mis en pratique. Voilà trois étés de suite que j'ai tenté cette expérience; durant celui de 182G, j'ai obtenu une seule capsule bien conformée, mais les graines sont si menues, qu'on a peine à croire qu'elles soient fertiles; ou y aperçoit pourtant l'embryon. En 1827, toutes les fleurs ont avorté. Cette année, 1828, j'ai obtenu une capsule, que je présente à la Société. J'ajouterai, que dans mes trois tentatives, j'ai coupé la tige dès l'épanouissement d'une première fleur. - C'est cette opinion, admise par plusieurs auteurs, que nous venons combattre, dans le but d'éclairer et de guider les amateurs de Lis, en leur faisant part du résultat presque négatif des expériences plusieurs fois répétées par nous dans le but d'obtenir des graines fertiles. D'après les essais et les indications que l'un de nos savants botanistes a bien voulu nous donner sur la fructification artificielle du Lis blanc, nous avons répété ces expériences, dans quatre conditions diff'érentes, en sus- pendant les tiges renversées; et l'année dernière encore, nous avons coupé des tiges en pleine fleur, que nous avons plongé dans l'eau d'un grand bassin. Nous avons d'abord coupé neuf tiges de Lis le 10 juin 1865, jour où cette année, par exception, la floraison eut lieu quinze à dix-huit jours plus tôt que d'habitude; nous en plaçâmes : 1" trois dans une cave aérée et bien ventilée, mais un peu sombre; 2° trois dans une pièce au rez-de-chaussée — 115 — de notre habitation, mais privée d'air et de lumière; 3° trois dans une serre froide, derrière les gradins, dans un courant d'air constant et recevant la lumière de trois côtés; 4° enfin et le même jour, nous tordîmes quatre tiges de Lis sur quatre touffes différentes, plantées sur une longue plate-bande de notre jardin d'Hanneucourt (Seine-et-Oise), laquelle plate-bande con- tient environ deux cents touffes de Lis, donnant annuellement de six à quinze tiges florales par pied, et portant de cinq à sept fleurs, quelquefois plus encore. Voici le résultat de ces cinq expériences. Toutes les tiges avaient été placées la tète en bas, selon la recommandation qui en avait été faite par du Petit-Thouars. 1° Les tiges, les feuilles et les fleurs, placées dans la cave, ont pris aussitôt l'humidité et le moisi, et elle n'ont rien donné en fait de graines. 2° Les tiges, les feuilles et les fleurs, mises dans la pièce du rez-de- chaussée, se sont desséchées, sans avoir produit la moindre apparence de capsule. 3° Les trois tiges de la serre nous ont donné une capsule assez mal con- formée, ayant la forme d'une pipe et contenant quelques semences suscep- tibles de germer. 4° Les quatre tiges, soumises à la torsion sur place, ont eu un commen- cement de capsules, qui ont fini par couler entièrement. 5° Enfin, les vingt tiges, coupées et mises la base dans l'eau de l'un de nos bassins, ont maintenu leur fraîcheur pendant très longtemps, ce qui nous a donné l'espoir, un instant, de récolter de bonnes graines; mais quelques semaines après notre attente fut complètement déçue et nous ne récoltâmes ni graines ni capsules. En résumé, ce n'est que sur les touffes de Lis blancs plantées depuis une quinzaine d'années en pleine terre, à la même place et sans avoir été arra- chées ni déplacées, que nous avons obtenu et que nous obtenons chaque année de nombreuses capsules, irréprochables de forme et bien remplies de semences fécondes, ainsi que nous l'avons fait remarquer naguère, lors d'une présentation à la séance de la Société impériale d'Horticulture de France, le 22 février 1860. De ces diverses expériences, faites avec le plus grand soin, il résulte clairement pour nous, qu'il n'y a qu'un long séjour des bulbes du Lis blanc dans le même lieu, sans déplacement, qui puisse permettre, dans les con- ditions que nous avons indiquées, la fructification de cette plante. Ce n'est en effet que depuis une dixaine d'années que le Lis blanc donne régulière- ment chez nous, chaque été, des capsules bien fournies des semences fer- tiles, mais toujours sur les vieilles touffes seulement. Nous le répétons, car les nouvelles plantations que nous sommes forcés de faire tous les ans, pour remplacer les oignons attaqués et souvent détruits par les vers blancs, qui en sont très friands, ne nous donnent que des fleurs non suivies de fruits, et nous croyons fermement qu'il faut que les oignons de Lis blanc, par exception, soient arrivés à un état adulte, pour fructifier tous les ans. Nous avons donc la conviction que tous les amateurs et les cultivateurs de Lis pourraient obtenir des graines de ces charmantes plantes, s'ils em- ployaient le même procédé que nous, très facile à suivre, comme on le voit, — ]l(i — c'est-à-dire au moyen d'une longue station des oignons dans le même lieu, douze ou quinze ans, par exemple, sans les changer de place. 'Voilà plusieurs années que nous récoltons, dans le courant ou vers la fin de septembre — époque à laquelle on coupe les tiges — des capsules parfaites, contenant chacune une certaine quantité de semences fertiles. Les graines de Lis blanc ont la forme et le poids de celles des couronnes impériales, mais elles sont de couleur plus brune. En 1871, année tardive, nous n'avions récolté nos graines de Lis blanc à la pleine terre que le 18 octobre ; trois capsules, arrivées à une maturité complète et très bien remplies de bonnes semences, et huit autres, ajant été attaquées par les larves de criocères pendont la maturation, ne nous ont donné que quelques graines. Chaque capsule parfaite est composée de trois loges, contenant de 80 à 100 semences, rangées et symétriquement superposées, sur lesquelles on peut en compter les deux tiers pouvant servir à la reproduction. Cette graine est plate, lisse et unie, avec un bord saillant assez prononcé ; la couleur est basane clair. Notre provision a été en tout de 122 graines, que nous avons semées le 4 novembre 1871, dans une terrine et en terre de bruyère, et aujourd'hui, 19 mai, nous sommes en possession de plusieurs jeunes Lis en parfait état de végétation. Quelques jours après la floraison des Lis blancs, il est facile de savoir quelles sont les tiges qui doivent porter des fruits. En effet, celles qui donneront des capsules restent vertes et conservent cette teinte, leur sève et leur fraîcheur, tandis que celles dont les fleurs sont stériles se fanent et dessèchent une huitaine de jours après la fleur. Certaines touffes de Lis blancs nous ont offert jusqu'à quatre et cinq tiges, portant chacune de trois à six capsules bien faites, bien nourries et bien remplies de semences; cela est subordonné aux années plus ou moins favorables. Ce n'est guère que du 15 au 20 septembre qu'on en opère la récolte, année commune, après quoi il est encore bon de faire sécher les fruits pendant plusieurs jours avant d'en extraire les graines, lesquelles, si on ne les sème pas immédiatement, doivent être conservées dans un endroit sec jusqu'au moment de les semer, soit en octobre ou novembre, soit en février et mars suivant. Les expériences et les observations que depuis plusieurs années nous avons été à même de faire, qui ont été couronnées d'un plein succès et qui se renouvelleront encore, nous l'espérons, pour la fructification du Lis blanc, ont été également étendues à toutes les variétés de Crocus vernus, à quelques exceptions près, plus rebelles à donner des fruits, et certaines couleurs ne nous en ont jamais donné un seul. Nous avons de ces oignons en bordures à la même place, sans qu'ils aient été relevés, qui nous donnent constamment et sans interruption des graines fertiles chaque année. Nous attribuons aussi ce fait à leur longue station dans le même emplacement, car ceux que nous relevons chaque année, pour les transplanter ailleurs, ne nous donnent jamais de graines. Dans un prochain article, nous traite- rons de la manière de semer les Lis blancs; en attendant, nous engageons les amateurs à lire les détails que nous eu donnons dans notre traité en deux volumes des plantes bulbeuses, qui vient de paraître à la librairie agricole et horticole, rue Jacob, à Paris, et qui contiennent les deux — 117 — grandes et belles familles des Amaryllidées et des Liliacées; le volume des Iridées est sous presse. C'est la lecture de l'article de notre honorable collègue, M. André, inséré dans la 3'"" livraison de 1872, p. 37, de Y Illustration horticole, intitulé les Plantes stériles, qui nous a inspiré cette note, mais qui nous parait répondre suffisamment à cette idée générale- ment admises que les Lis ne donnent pas de graines en pleine terre, et qu'il faut pour en obtenir employer des procédés artificiels, il fallait donc entrer dans certains développements qui ne seront pas, nous l'espérons, sans intérêt pour les trop rares amateurs de Lis. En 1872, nous n'avons récolté que deux capsules de Lis blanc, cela vient des mauvais temps qui se sont succédé, et qui ont duré depuis le printemps jusqu'à l'époque de récolter ces fruits. La température constamment peu élevée, n'a pas seulement influé sur la floraison et sur la fructification du Lis blanc, elle s'est étendue encore aux Tulipes, aux Jacinthes, aux Crocus, aux Iris et à d'autres genres de plantes qui nous donnent ordinaire- ment des graines en abondance. Celles des Lis ont été peu nombreuses et c'est à peine si nous avons pu en tirer une douzaine de bonnes dans nos deux capsules. Nous avons semé ces graines le 30 novembre, et aujourd'hui aucune n'est encore sortie de terre. Afin de savoir si une fleur de Lis en boutons achèverait de fleurir dans l'eau, nous en avons détaché d'une tige, dont les fleurs avaient été presque coupées pour les larves de criocères, et qui ne tenaient plus que par un fil à la tige. Le 3 juillet, nous avons plongé ces boutons, encore peu avancés, munis seulement de leur pédicelle, dans une tasse d'eau de fontaine. Sur quatre de ces boutons, un seul s'est complètement ouvert, les trois autres se sont décomposés. BossiN. LES JARDINS MODÈLES. - PARC DES TOUCHES. Nous avons le projet de reprendre nos descriptions de jardins, choisis dans les diverses régions qu'il nous est donné de parcourir, et de fournir à nos lecteurs une sélection prise sur nature des meilleurs exemples de décorations horticoles. Pour aujourd'hui c'est en Touraine, dans la belle propriété des Touches, appartenant à M. Alfred Mame, que nous conduirons nos visiteurs. Ils y verront comment un esprit éclairé, ayant à son service les vastes ressources que donne la fortune noblement acquise par l'intelligence et le travail, peut arriver à ces jouissances charmantes et pures que la culture des fleurs fournit libéralement à qui s'y adonne. Les Touches sont situées à 10 ou 12 kilomètres de Tours, sur le coteau qui domine les prés de la rive gauche du Cher, en face du village de Savonnières, station du chemin de fer de Tours à Angers. La vue est splendide, de la vieille maison toute enguirlandée de plantes grimpantes, qui sert de résidence à M. Mame et qu'il n'ose pas encore détruire pour faire place au château que nécessite le lieu et la situation financière du propriétaire. Sur la rive droite de la Loire, à cet endroit presque arrivée — 118 - à son confluent avec le Cher, se dresse le vieux château historique de Lujnes, qui de loin a pour piédestal les innombrables plantations de peu- pliers du val, au travers desquels on voit serpenter le ruban argenté du fleuve. On arrive à la propriété par une belle route sinueuse, tracée à travers les bois tout récemment par M. Biihier, l'architecte-payagiste qui a dessiné les Touches. Dès l'entrée, à coté des communs un peu imposants en l'absence du château projeté, mais que des plantations commencent à voiler à demi, s'étendent de vastes pelouses; ;\ droite l'habitation princi- pale et la vue, à gauche le fleuriste, le potager et les serres, dont nous devons dire un mot. Elles se composent d'un vaste pavillon, jardin d'hiver tempéré, et de petites serres de culture, afl'ectées à une magnifique collection de Caiadiums colorés, aux Azalées et plantes diverses de garni- ture. Dans la grande serre on remarque, plantés en pleine terre, un Caryola Rumphi de six mètres de haut et d'un mètre de circonférence à la base du tronc; un Encephalartos Altensteini de quatre mètres de diamètre, un splendide Phœnix redinata, au tronc doré et réticulé, haut de sept mètres, et de superbes échantillons de Brahea dulcis, Bamhusa indica, Corypha australis, Musa ensete et discolor, Slrelitzia Nicolai (qui a fleuri), Zamia glauca, Ficus Cooperi (à feuilles énormes et couvert de fruits globu- leux), Philodendrum pertusiun, etc. M. Paquereau, le jardinier en chef qui dirige toutes ces cultures avec un incontestable talent et qui nous les a souvent et complaisamment montrées, nous a recommandé, pour la culture des Caiadiums colorés (dont il possède toute la collection : 98 variétés), le fumier de mouton, préparé deux ans à l'avance et mélangé de terreau de feuilles et de terre de bruyère. Nous recommandons le procédé aux spécialistes amis de ces plantes. Le parc, qui est vaste et orné de vieilles charmilles et avenues dans sa partie supérieure, se termine en bas par deux grandes pièces d'eau qui ont été l'objet de travaux considérables et où l'eau arrive par le moyen d'un puits artésien creusé à grands frais pour leur entretien et l'arrosage du parc supérieur. Ce puits fournit 1800 litres à la minute à la surface du sol, et 988 litres à 6™30 de hauteur. Des oiseaux aquatiques de choix, achetés pour la plupart à la Société d'Acclimatation, révèlent le goût de M. Marne pour l'ornithologie d'ornement. Çà et là de beaux spécimens de Conifères, disséminés sur les pelouses, attirent les regards, notamment un des plus beaux Abies Nordmanniana que nous ayions vus, et qui commence à porter des cônes. Près des lacs, on admire de beaux Taxodium disiichum, Abies cephalonica, Pindrow, et autres espèces d'une taille peu commune. Mais c'est à l'ornementation florale d'été sur les pelouses, autour de la maison et des serres, que nous voulons nous attacher plus spécialement. Non pas que nous approuvions absolument la profusion un peu extrême avec laquelle elles sont distribuées, ni l'introduction des corbeilles de fleurs de formes variées au milieu des pelouses, mais c'est du groupement des plantes et de la combinaison des couleurs que nous voulons dire un mot. L'arrangement en est presque partout fait avec un goût remarquable et nous appelons sur ce sujet toute l'attention de nos lecteurs, car si nous — 119 — parlons en toute liberté de l'effet produit, c'est pour que ceux qui nous lisent y puisent des motifs à imiter. Autour de la maison du jardinier, qui est treillagée et entourée de plantes grimpantes, on remarque une large plate-bande qui doit en cacher la base. Elle est plantée, auprès du mur, de Datura arborea et suaveolens en forts exemplaires, au pied desquels sont placés d'abord un rang de Pétunia viola- cea, puis, tout-à-fait en bordui'e, un rang de Pelargonium rouge-cerise. Non loin de là, sur les pelouses, de fortes touffes de Gynerium argenteum sont entourées d'un rond cultivé, d'un diamètre de 1'" à l^SO, et planté en Iresine Herbstii {Achyranthes Verschaffelti) . La cour des écuries, entourée d'un mur d'appui, est masquée d'une manière ingénieuse par une plate-bande inclinée et plantée de plusieurs rangs de fleurs, auxquelles il ne manque qu'un rang d'arbustes verts pour masquer le mur pendant l'hiver. Les fleurs sur cette plate-bande sont disposées de la manière suivante : A. Ageratum cœlestiimm. B. Pelargonium crimson nozegay. C. — flower of the day. Cette bordure est très large et con- <-' tient plusieurs rangs de chaque va-">. ff'ttr riété de plantes. Dans le voisinage des mêmes écuries, une grande corbeille ovale est ainsi composée : 1. Canna indica. , 2. Salvia splendens. 3. Perilla nankinensis. 4. Pelargonium cerise unique. Une autre, dans les mêmes envi- rons, et avec une forme identique, est \ \ plantée par trois rangs seulement : 1. Iresine Lindeni, milieu. 2. Cineraria maritima. 3. Alternanthera paronychioides, bordure. Le grand axe de l'ellipse est de 7"' ; on maintient les par la taille. De distance en distance, sur les pelouses, on a planté des groupes assez forts de grands Hibiscus rosa sinensis en amphithéâtre, bordés de Pelar- gonium rose vif et de Bégonia sempevflorens. Devant le pavillon des serres sont deux grandes corbeilles plantées de : Coleus Verschaffelti, au centre. Pelargonium Manglesi, 1^"' rang. Alternanthera paronychioides, en bordure. Deux groupes compacts de Cassia floribunda font auprès de là un brillant effet. Une des plus jolies corbeilles que nous ayions observées se composait de : Pelargonium cerise unique, au centre. Kœniga maritima variegata, en bordure. Cineraria très bas — 120 — !■■ Au bord des grands massifs boisés, une excellente décoration est fournie par les : Tagetes signala, en bordure. — erecla, 2*^ rang. Pelunia nyctaginiflora, derrière, mélangé aux arbustes. Dans l'une des grandes pelouses devant l'habitation principale, autour d'un Robinier, une grande étoile de 12 mètres de diamètre ne saurait ren- contrer notre approbation. Elle était entièrement plantée de Pelargonium écarlates, bordés d'Ageratum cccleslinum nanum. Nous préférons une autre décoration d'un genre analogue, une étoile à rayons arrondis, dont l'effet était d'un goût excellent et qui nous a frappé par son heureux mélange do plantes de centre à grand feuillage et de fleurs habilement et harmonieusement distribuées. Elle était plantée de la manière suivante : A. Cordyline indivisa (seul). B. Buissons à'Eucalyptus. C. Pelargoniums roxige foncé. D. — Mistress Pollock, dans les rayons. E. Alternanthera tricolor. Trois autres corbeilles ovales, parmi celles qui ont attiré nos regards, étaient composées ainsi : Pelargonium Christine Nilsson. Verbena Maonetti (bordure). ( Pelargonium Prince de Joinville. ( — Manglesi (bordure). ( Pelargonium Madame Lemoine. { Lobelia erinus (bordure). Les massifs près de l'habitation nous ont présenté le mélange suivant, bien compris, d'arbres, d'arbustes et de fieurs : Fond d'arbres résineux. Epicéas, etc. Canna glauca par devant. Salvia splejidens et Perilla Nankinensis. Pétunias. Ageralum nanum alternant avec Iresine Lindeni en bordure. Enfin le bord d'un autre massif, frangé de Bégonia discolor avec B. sem- perllorens par devant, était d'un ton doux et charmant, qui faisait le meilleur efiét à rai-ombre. Nous devons faire observer que les combinaisons de fleurs dont nous parlons ont été relevées l'année dernière (1872) à l'automne, et qu'elles ont probablement été modifiées cette année. Nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des nombreuses corbeilles et garnitures florales qui sont dispersées dans le parc des Touches et que soigne une véritable armée de jardiniers; mais ce qui précède peut donner une idée du goût qui préside à son entretien, et engager à répéter les combinaisons qui ont attiré notre attention par le groupement harmonieux de leurs nuances. Ed. André. — 121 — CHRONIQUE HORTICOLE. Juillet 1873. Fructification du Xanthoceras. — Nous avons plusieurs fois déjà parlé de ce bel arbrisseau, envoyé par M. l'abbé David de l'Asie septen- trionale au Muséum de Paris, où M. Decaisne l'a cultivé, vu fleurir, nommé et décrit. Point n'est besoin de faire ressortir son importance décorative pour nos jardins et sa remarquable rusticité, en plein air, sous nos climats. Malheureusement, tous les essais de multiplication ont été, jusqu'ici, à peu près infructueux. Boutures à froid, à chaud, marcottes, greffe sur racines, sur Kœlreutcria (seule Sapindacée rustique que nous possédons), tout a été infructueux, à l'exception de quelques boutures qu'on nous dit avoir réussi chez MM. Thibaut et Keteleer. Aussi c'est avec une vive et heureuse surprise que nous avons constaté tout dernièrement la fructification du pied-mère dans le carré des couches, au Muséum. Il est situé le long du mur du côté de la ménagerie, près du gros Pistachier en espalier. Les nombreuses panicules de fleurs qu'il a développées le printemps dernier et qui ont été fécondées artificiellement, ont donné naissance à qualre gros fruits (sur deux panicules). Ces fruits sont, à l'heure qu'il est, de la taille d'un gros abricot, obovo'ides irréguliers et représentent assez la forme d'une grosse Corme bossuée. Un mucron court, aigu, termine le sommet du fruit, qui est supporté par un pédicelle gonflé, et dont la surface est glabre, d'un vert tendre uniforme. Nous igno- rons, bien entendu, ce que seront les graines, et nous sommes convaincu que M. Decaisne en attend la maturité avec une certaine impatience, afin de terminer la description du genre, qui s'arrête aujourd'hui aux caractères des fleurs. Le fait de la fructification du Xanthoceras sorbifolia, Dcne, est une bonne fortune pour les jardins. La plante nous est maintenant acquise; elle fruc- tifiera régulièrement et se répandra bientôt, surtout si l'on réussit à en importer d'autres pieds vivants. Nous apprenons qu'aucun établissement privé n'aura le privilège de l'édition, mais que le Muséum distribuera les premiers sujets aux grands jardins botaniques de l'Europe, puis aux horti- culteurs. Les nouvelles fraises de M. Riffaud. — Nous appelons spéciale- ment l'attention de nos lecteurs sur la notice qu'on trouvera plus loin, dans laquelle M. Riff'aud, le semeur de fraises si estimé par ses gains hors ligne, présente au public ses nouvelles variétés de cette année. La recom- mandation spéciale de M. le comte de Lambertje, le grand maître ès-fraises, est le plus sûr garant de la haute valeur de ces nouveautés. M. Rifî'aud donnera, sur demande, tous les renseignements qui regardent l'émission de ses produits. Le Guide de l'Amateur de Fleurs. — Nous venons de recevoir d'un amateur belge, bien connu par ses excellents ouvrages sur les plantes TOME XX. — JUILLET 18TÔ. — 122 — fie serre, M. de Puydt, président de la Société des Sciences du lîainaut, une nouvelle édition de son livre sur les plantes de serre froide {'). C'est un des meilleurs ouvrages que nous connaissions. Pratique, sérieux, concis, écrit dans une langue pure, ce qui n'est pas commun chez les ouvrages d'horticulture, ce bon petit travail est gros de bons préceptes et de conseils expérimentés. Il contient des notions de physiologie végétale et de physi- ([ue horticole, des conseils pour la construction des serres et il traite inci- demment des plantes d'appartement et de décoration pour les jardins d'été. Nous espérons revenir sur son compte et en publier des analyses ou des extraits. Si nous avions une légère critique à exercer, ce serait de ne pas y voir plus de développements dans la liste des genres et des espèces à cultiver, malgré d'incontestables améliorations introduites dans ce chapitre sur l'édition actuelle. Vente de collections horticoles. — M. de Jonge van Ellemeet, l'un des amateurs d'Agaves les plus célèbres du continent, avait réuni une magnifique collection de ces Monocotylédones, à son château d'Overduin (à Oostkapelle, près Middelbourg, Hollande). Depuis plus de trente ans, il lui prodiguait des soins incessants. M. Jacobi, et nombre d'Agavopliiles avaient visité cette collection et une très bonne étude en avait été donnée, après le prof. C. Koch, par notre ami Ed. Morren, dans la Belgique horticole. Toutes ces richesses vont cependant être mises en vente, et seront dispersées le 22 septembre au feu des enchères publiques. Sic transcunt gloriœ mundi! Le propriétaire-éditeur de notre recueil, M. Linden, s'est décidé, lui aussi, à concentrer ses affaires commerciales dans son établissement de Gand, et il met en adjudication publique ses immenses collections de Bruxelles : Orchidées, Palmiers, introductions nouvelles, plantes de tout ordre, que ses longs voyages et les explorations incessantes de ses voya- geurs lui avaient permis d'accumuler dans ses serres de Bruxelles. Nous ne saurions-nous appesantir ici sur cette vente colossale, de laquelle la presse horticole de toute l'Europe s'est occupée, et que nous relaterons en son temps, c'est-à-dire en septembre prochain. Expositions de Spa. — Une. intéressante tentative d'Exposition spéciale de Roses a eu lieu à Spa (Belgique) les 29-30 juin. Le président, JVI. de S*-Jean, et la commission organisatrice, réunissant leurs efforts, ont réussi à jeter les bases de très belles exhibitions futures dans le même genre, et vraiment, il est impossible de s'étonner qu'un premier essai ait été même aussi brillant que celui-ci. Les lots étaient peu nombreux, sans doute, mais très intéressants, à ce que nous apprennent les comptes- rendus, et ils donnaient le meilleur espoir pour la prochaine fête des Roses dans la ville des jeux et de l'or, qu'encadre les plus jolis sites qu'on puisse rêver. Une autre exhibition, d'un caractère différent, mais également à l'hon- neur de l'horticulture, aura lieu dans la môme cité, les 21 et 22 septembre de cette année. Elle comprendra des plantes de salon, fleurs de la saison, (1) Guide (le VAmntciir de Fleurs. Piaules de serre froide, etc. — Un vol. in-12. Mons, Hector Manccaux, éclitcur, 187.3. — 172 pages. — 123 — les roses, des spécimens de la Flore indigène de Spa, des légumes, fruits, les arts et industries horticoles, les herbiers indigènes, et surtout des col- lections de champignons, comestibles, vénéneux, avec des reproductions, herbiers, etc., de ces Cryptogames. Ce programme est original, nouveau, et nous reconnaissons bien là la trace et l'esprit inventif du professeur Morren, de Liège, qui est le Deux ex maddna de cette Exposition. Effet décoratif du -Centranthus ruber. — Le 20 juin dernier, nous débarquions à Granville, retour des Iles de la Manche. Entre l'arrivée du bateau et le départ du train, ayant fait une promenade, en herborisant, sur les falaises du bord de l'Océan dans cette partie de la Normandie qui est déjà la Bretagne, nous fûmes agréablement surpris de voir les rochers des bords de la mer et les murs de la citadelle littéralement constellés d'un admirable manteau de verdure et de fleurs blanches du plus gracieux effet. C'était la variété blanche de la Valériane rouge (Cenlranlhus ruber var. albus) qui s'y était établie spontanément et décorait du plus riche ornement végétal les fissures arides des rochers de la plage. Nous avons retrouvé là, une fois de plus, un de ces paysages de la nature que l'horticulteur le plus habile ne saurait imiter dans toute leur grâce et leur fraîcheur, et qui sont cependant des modèles que l'on doit garder en mémoire pour essayer de les reproduire même imparfaitement. Nous avons remarqué que la végé- tation de cette plante était plus courte là que, dans nos jardins, ses pani- cules plus denses, sa verdure plus glauque, tous caractères dus sans doute à la mer, aux vents, à l'âpre condition de sou existence sur ces rochers brûlés. Des tapis de Sedum acre et anglicum, des Maiva arborea et le Perce pierre (Crithmum maritimum) accompagnaient cette décoration magnifique, dont le souvenir nous suivra toujours. Le baume coq et les processions. — En Touraine, on emploie depuis des siècles cette plante, de la famille des Composées et dont le nom botanique est Balsami,la stiaveolens, Pers., pour jeter sur les chemins où doit passer la procession de la Fête-Dieu. On garde les fleurs, les feuilles de roses, les bluets et les coquelicots pour les répandre à poignées sous les pieds du prêtre au moment du passage du Saint-Sacrement. iVIais le Baume est jeté abondamment, un peu en avant, sur la route, et le sol en est littéralement jonché. On en cultive quelques pieds pour cet usage autour de chaque maison ou chaumière. Nous ne savons si quelqu'un connaît l'origine de cet usage et si le choix de cette espèce à feuillage odoriférant, balsamique, porte avec soi un sens particulier que nous serions heureux de connaître. Introduction du Hodgsonia heteroclita. — Nous venons d'ap- prendre une nouvelle des plus intéressantes pour l'horticulture européenne. Une Cucurbitacée extraordinaire, gigantesque, aux fleurs prodigieuses, dont les énormes pétales sont terminés par de très longs appendices fili- formes spirales, le Hodgsonia heteroclita enfin, de l'Himalaya, décrit par le docteur J. D. Hooker dans ses Himalayan Plants et admirablement peint par Fitch, vient d'être introduit vivant à Kew. Ce renseignement, nous l'avons pris sur une lettre adressée par le docteur Hooker lui-même à l'un de nos amis. Le fait est donc indubitable; il est d'une haute importance pour les amis des belles plantes nouvelles, et ils ne manquent pas. Dieu soit loué. Ed. André. - 124 — PI. CXXXII. ENCHOLIRION SAUNDERSII wm.umi ENCHOLIRION DE WILSON SAUNDERS. Broméliacées. KTYiMOLOGIE et CARACTÈHliS (IKNÉIIIQIIES : Voir Illuslration horlicole, 1S71, p. 156. CARACTERES SPECIFIQl'ES : fiiini rosulaiili.T, brevia , profundc invagin.intia, lineari obliisa iiUcgerrima docurvala apifulo aculo rij^iilu conlorlo. coriacea, supra Uevigala viridi- ciiieroa albido punctulala, sulUus sliialula inaculis niiimtis sanguineis coiispersa; scapus ereclus, uilidus, augulalus, oclirolcucus, 0,.^)ii-GO altus, c foliis cauliiiis laiiccolatis orieiis, bracleis vaginatis acutis bas! Iraiisvcrse plicalis, supeniis filiformibus ; /!urcs in paniculam laxam dispositi, racemis priniariis paiicifloris divaricalis bractcalis, florum siiigulorum triaii- gularium 0,0i long, bractea pcrianlliium Lequans; sepala 3 cquilantia obloiiga coiicava pclala- qiie siilphuroa; antlicrw doisilixa\ obloriga', biloiularcs, fdamoiilo brcvi, ornrinm tiianguluni, Iriloculare, stylo trigoiio, capilato, papilloso, si'iiiiiiibus aiigulo inlenio loculnrum aflixo. Crescit in Encholirion Saundersii, llorl. De Snicl. Parmi les Broméliacées si nombreuses qui peuplent déjà les serres de l'Europe et que les dernières introductions ont enrichi de curieuses et élégantes espèces nouvelles, aucune n'offre un type plus original et plus tranché que la charmante plante dont nous parlons aujourd'hui. Sa forme ne diffère pas sensiblement des autres espèces du genre Endwlirion, bien qu'elle soit plus courte, plus étalée et plus compacte, mais la couleur cen- drée qui se répand sur tout le feuillage, et parsème de ponctuations argen- tées même les taches sanguines du dessous des feuilles, lui prête un aspect tout particulier. La plante a été introduite du Brésil, dans la célèbre collection de M. Wil- son Saunders, en Angleterre, et mise au commerce par M. Louis De Smet, horticulteur à Gand. Elle peut se décrire ainsi : Feuilles rassemblées en rosette serrée à la base, courtes, profondement engainées, linéaires obtuses très entières défléchies, obtuses au .sommet à l'exception d'un long niucron tordu, corné et recourbé en dessous. Leur consistance est dure, coriace; elles sont en dessus lisses, d'un vert cendré ponctulé de blanc, et en dessous striées et maculées de points sanguins immergés dans un épiderme cendré aussi. La hampe, dre.s.sée, haute de ,=50 à 60 centimètres, est d'un jaune verdàtre brillant, glabre, un peu angu- leuse, sortant d'entre des feuilles canlinaires lancéolées, qui passent, en s'élevant, à de véritables bractées algues, transversalement marquées d'un fort pli à la base, les supérieures filiformes. Les fleurs sont disposées, au sommet de cette hampe, en une sorte de panicule très lâche, à divisions ^ggà^B*-' — 125 — basilaires ou primaires pauciflores, divariquées, accompagnées d'une grande bractée concave. Chaque fleur est elle-même munie d'une bractée oblongue qui l'égale en longueur. Le périantlie, à trois angles obtus, se compose de G divisions presque égales, toutes jaune soufre, oblongues canaliculées con- volutées. Les étamines, à anthères longues, biloculaires, dorsifixes, ont un filet court; l'ovaire est trigone et triloculaire, avec un style trigone, capité, papilleux, et des ovules attachés à l'angle interne des loges. UEncli. Saundersii, qui commence à se répandre, peu à peu, dans les collections, deviendra une plante favorite pour la culture d'appartement. Son feuillage s'y maintiendra intact pendant des semaines et même des mois, et sa curieuse inflorescence ajoutera beaucoup à l'intérêt si marquant que présente son beau feuillage. En tenant compte, soit des caractères fort vagues qui limitent le genre Encholirioii, soit des rapports peu exacts par lequels on y a fait rentrer les quatre ou cinq espèces qui le composent, nous ne saurions trop appeler l'attention de M. Morren sur la nécessité de réviser sérieusement ce genre, dans lequel même l'espèce actuelle ne devrait peut-être pas rentrer. Nous avons déjà déduit les raisons qui nous font penser ainsi en parlant de VEiicholirion corallinum, Linden, et nous y insistons encore aujourd'hui, que de nouvelles variétés ou espèces de ces plantes sont introduites depuis peu et vont faire bientôt parler d'elles. Ed. a. - 126 — PI. CXXXIII-CXXXIV. ZAMIA ROEZLI, iie(,h zamia de roezl. Cycadées. ËTYMOLOGIE : de Çij^(«, perle ou dommage. Les cônes de Pins, auxquels Pline avait donné ce nom, gâlcnl les récoltes eu tombant. Les cônes des Zamia ressemblent à ceux des Pins. CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Flores mascul! : antlicra; aperla% in strobilos terminales peduncnlalos collecta-, uii(ll(|uc rliaclii' commun! insertic, singuhe ovoidea', basi in slipilem attcnuala', apice iiurassato pi-llilornii suliliilnlia\ lobis snbtus pollinifcris ; porcs fœiiiiiiri : carpidia pliirima, monoplivlla, apcrla, in strobilos terminales peduncnlalos collecta, rliacbi conimuni undiqne insciia, sinRUla basi in slipilem attemiata, apice in pellam bexagonani dila- lala, pella subtus utrinque ovulo unico, inverso, f;ela ; fniclus e carpidiis subdiscrelis; seniina ov oidea subglobosa, lesta ossea, epidermide lenuiter carnosa cincta ; embryo inversus, in axi albuminis carnosi, radicula respectu rhacheos commuuis centripeta. — 4r6«sc«fa' in America Iropica, im|)rimis iu ludia; occidentalis insulis obviœ, frondibus pinnatis, pinnis basi calloso constriclis, mullinerviis, nervis simplicibus, indivisis (Endl. Geii. Plant. 706). CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : miulcx robuslus, cicatrisatus, squamis griseis crassis superne dilalalo cornulis apice nigrescente contorto; frondes maxima;, coronantes, 2 met. longa;, pctiolo longissimo basi cylindracco aureo-l'urfuraceo, supra costato glabro, sparsim aculcato aeuleis ereclis brevibus apice alhidis, pinnis amplis, 0"',30-40 longis, 0"',0ô-4 lalis, lineari- acutis, l'alcatis, glabris, nitidis, utrinque attenuatis basi incrassatis, tota superlicie sulcis lon- gitudinalibus prolundis p(!rcursis; /'ruclus in strobilos magnos cylindracco obtusos collecli ; semina obovoidea epidermide carnosa vivide scarlatina. In Nova-Cranala legit cl. viat. Roezl, anno 1872. Ad vivnni descripsi in borlo Lindeuiano Gandavensi. — Ed. A. Zamia Roezli, Regel (Lind. Calai. 1875, N» 90, ii. 10). Cette noble espèce, découverte l'année dernière par M. Roezl dans la Nouvelle-Grenade, a été importée chez M. Linden, à Gand, en forts exem- plaires, dont nous avons suivi le développement avec le plus vif intérêt. Les renseignements transmis par M. Roezl sur sa valeur ornementale étaient des plus étonnants, et des échantillons secs corroboraient ses asser- tions. En effet, c'est dans la curieuse série de sillons arrondis et longi- tudinaux que réside l'originale beauté de cette nouvelle Cycadée. Elle surpasse tous ses congénères par ce seul caractère, de mémo que par la longueur remarquable de ses frondes, qui dépassent facilement deux mètres, et la largeur de ses pennes falciformes, vernies, d'un port régulier et d'une grande élégance. Dans leur jeune âge, ces frondes, dressées, sont revêtues d'un ton violacé répandu sur toute leur surface, et qui fait bientôt place à un beau vert brillant et uniforme. Description : tige robuste, portant à la base les cicatrices des écailles grises, épaisses, dilatées en dessus et à corne noirâtre tordue ; frondes très "K^ m<~ — 127 — grandes, en couronne, longues de deux mètres ; pétiole très long cylindracé à la base furfuracé brun doré, côtelé glabre au-dessus, aiguillons rares, épars, courts à pointe blanchâtre; pennes grandes, longues de 30-40 centi- mètres, larges de 3-4, linéaires aiguës, falciibrmes, glabres, brillantes, atténuées aux deux bouts, à base tuméfiée, profondément sillonnées longi- tudinalement et relevées_ de côtes arrondies; fruits en cônes cjlindracés obtus, grands; graines" obovales entourées d'un épidémie charnu, ver- millon vif. Les échantillons de Zamia Roezli que nous avons observés chez M. Lin- den et qui sont tous en belle végétation, avaient été tenus dans une serre assez chaude pour développer leurs jeunes frondes, mais comme les autres espèces du genre, celle-ci se contentera sans nul doute d'une température de serre froide ou de jardin d'hiver. Elle sera à coup sûr la plus remar- quable introduction du genre. On constate, depuis quelques années, dans les cultures de l'Europe l'introduction de nombreuses espèces de Zamia et Ceratozamia inconnues à nos pères. La monographie de M. Alph. De Candolle, parue en 1868, en énumère 21 espèces, sans compter 14 autres qu'une synonymie sévère a rapportées à des genres voisins. Depuis les cinq années qui se sont écoulées entre ce travail et la date présente, quelques autres Zamia ont encore paru et nous savons que l'Amérique Sud, la Nouvelle-Grenade surtout, en possède encore de nouvelles formes inédites. Le genre Zamia, que M. Miquel a étudié le plus en détail jusqu'ici dans ses beaux travaux sur les Cycadées, se classe et se décompoge ainsi : Genre ZAMIA, Linn. Section 1''. Chigua. Dessus ties écailles niàles l'entlécs dessus, hcplogoues, avec une l'aci! extérieare el six latérales obliques, support large. Folioles larges à plus de 7 nervures. § 1. Pétioles épineux. — Zamia chigua, Seem. ; Z. spartca, DC; Z. Skinncri, Warscewicz. § 2. Pétioles iuermes. — Z. Pœppigiana, Mart. et Eichl. ; Z. Uoliviana, DC. Section 2""'. Euzamia. Dessus des écailes mâles à peine renflées en dessus, subconvexes, plus ou moins hexagones, à faces latérales molles ou à peine distinctes, à support généralement élioit. .^ 1. Pc/iules épineux. — Z. furfitracea. Ail.; Z. inuricata, Wilkl.; Z. Loddiyesi, W»\.: Z. liilifulid, Lodd. <^ 2. Pétioles inerines, feuilles larges, à plus de 10 iiemircs. — Z. mtegrifolia , Ait.; Z. Kictùti, Miq.; Z. média, Jacq. ; Z. Fisclieri, Miq. ; Z. deliilis. Ait.; Z. mcxicaim, Miq! ; Z. pseudo-parasitica, Yates; Z. pumila , L.; Z. pijymœn , Sims ; Z. Ottonis, Miq.; /. tenais, Willd. § 3. Pétioles inermcs, feuilles linéaires, à 10-3 nervures. — Z. Floridann, DC; Z. anyusti- foliii, Jacq.; Z. Yatesi, Miq.; Z. stricto., Miq.; Z. tnullifoliulata, DC. ; Z. angustissiniu, Miq.; Z. Galeotti, Vriese. Eu. A. — 128 — PI. cxxxv. CAMELILV POLDIM VA.NDLRl. Ternstrœmiacées. KTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES et SPÉCIFIQUES : Voir Illii.-ilr. Iwrik., t. Vlll, p. 306, el l. X, p. ôi5. CARACTÈRES DE LA VARIÉTÉ : Très graiiile Heur, régulièrement iiiiliiicuiée. Pétales étalés, oibiculaires, écliancrés; couleur canuin \il', finement strié plus louté. — Semis, Italie. DESCRIPTION DES ESPÈCES BOTANIQUES DES CAMELLIAS. Nous avons décrit, dans de précédents articles, ce qui se rapportait à l'histoire sommaire et à la culture des Camellias. En décrivant quelques- unes des variétés nouvelles que des semis heureux nous permettent de présenter de temps en temps à nos lecteurs, nous continuerons maintenant l'étude sur les Camellias par la description rapide des espèces botaniques qui composent ce beau genre, puis par un travail analogue, soigneusement épuré, des meilleures variétés dignes de prendre place dans les collections, quelle que soit leur date d'apparition pour le public amateur. Genre CAMELLIA, Linné. Caractères du genre : calyce à cinq, sept ou neuf sépales, inégaux, imbriqués, souvent pourvu de bractées ou sépales accessoires; pétales inégaux ; étamines en nombre variable, inférieurement réunies en un seul ou plusieurs faisceaux; anthères presque elliptiques; trois-six styles soudés à la base; capsule ligneuse, à trois loges, contenant une seule graine, par avortement, et s'ouvrant par trois valves. Arbres et arbrisseaux à feuilles dures, persistantes et luisantes, originaires du Japon, de la Chine, de la Cochinchine et de l'Inde. DESCRIPTIft\ DES ESPÈCES. 1. Camellia sasanqua. — Cam. sasanqua, Thunberg. — Arbrisseau de plus de un mètre, à feuilles ovales oblongues, à dentelures obtuses; en février-juin, fleurs blanches, petites, solitaires, terminales, à pétales obcor- dés; capsule s'ouvrant diliicilement. Originaire du Japon; introduit en 1811. Très jolie espèce, se couvrant de très nombreuses fleurs charmantes, blan- ches ou roses, suivant la variété. 2. Cam. oléifère. —Cam. oleifera, Abel. — Arbrisseau pyramidal; ra- meaux grêles, les plus jeunes pubescents; feuilles elliptiques aiguës, denti- culées, glabres; en janvier-avril, fleurs blanches, assez grandes, turbinées; 435 — 120 — pétales étalés, bilobés. Originaire de la Chine; introduit en 1819. Espèce que l'on pourrait peut-être utiliser dans certaines régions tempérées pour en tirer de l'huile. 3. Cam. du Népaul. — Cam. Kissi, Wallich. — Arbrisseau dressé, velu; feuilles ovales-oblongues, acuminées, dentelées ; en avril-juin, fleurs blan- ches, petites, solitaires; trois styles soyeux, ainsi que le calyce. Originaire du Népaul ; introduit en 1823. 4. Cam. réticulé. — Caiti. reticulata, Berlèze. — Arbrisseau à port diffus, peu rameux, inégalement dressé; feuilles oblongues-acuminées, réticulées; en mars-avril, fleurs énormes, rouge-cerise vif nuancé de rose, à vingt ou vingt-quatre pétales irrégulièrement insérés; calyce à cinq sépales; ovaire soyeux. Originaire de la Chine; introduit en 1824. Cette plante, aux fleurs magnifiques, a produit quelques belles variétés par l'hybridation avec le Cum. japonica. 5. Cam. faux Eurya. — Cam. euryoides, Lindley. — Arbrisseau à rameaux velus, grêles; feuilles petites, ovales-lancéolées, tronquées à la base, glabres eu dessus, soyeuses en dessous ; en février-mai, fleurs blan- ches, solitaires, axillaires; pédoncules écailleux. Originaire de la Chine; introduit en 1824. (A continuer). LE JARDIN POTAGER ET FRUITIER. PLANTATION D'UN VERGER. Il faut répéter bien souvent les bonnes choses et les préceptes utiles pour les faire pénétrer dans les masses. On lit peu, on retient moins encore, et quand vient le jour de l'application des pratiques perfectionnées, on est pris au dépourvu et les travaux sont mal exécutés. Ces réflexions nous sont suggérées par un petit volume très bien fait, publié par un anglais, M. J. Scott, de Merriott, comté de Somerset, et qui se nomme the Orchardist, nom intraduisible littéralement en français, mais qui peut se rendre par le Cultivateur des Vergers. Pour donner une idée des précieux renseignements donnés par M. Scott, nous donnons une traduction d'un de ses chapitres. CRÉATION d'un VERGER. Pour former un bon verger plus spécialement consacré au Pommier, il est nécessaire que la nature du sol soit rendue sympathique à cet arbre, sinon naturellement, au moins par des moyens artificiels, car les dimen- sions et la saveur des fruits dépendent de la santé et de la vigueur des arbres. Le défoncement du sol est le moyen généralement employé pour améliorer le terrain, mais lorsque cette opération est nécessaire, on ne — 130 — doit pas le pratiquer trop profondément. Il est préférable d'apporter de toutes pièces à la surface telle quantité de terre qui peut être utile, puis de piocher cette couche et celle du sol naturel, en prenant soin de planter les arbres sur un petit monticule ou élévation, ce qui contribuera beaucoup à la bonne croissance des arbres. Le climat et l'exposition ont sans doute de l'influence sur les arbres, mais beaucoup moins que le sol, que rien ne pourra remplacer s'il n'offre pas toutes les qualités désirables. Le terrain de ma localité (Somersetshire), où se fait le meilleur cidre de l'Angleterre, est un épais dépôt d'alluvion, avec un sous-sol poreux, bien drainé, que ni l'humidité ni la sécheresse ne sauraient affecter notablement. Si le sol choisi pour le verger n'offre pas naturellement ces conditions, on doit l'y amener le plus possible par un profond défoncement, les fumures, le drai- nage et, si l'on a affaire à des sables légers, par une addition convenable de bonne argile, car si le sol est trop léger, on ne peut obtenir qu'un cidre maigre et aqueux, et c'est moins une grande profondeur de terre que la consistance et le drainage qui fournit les bons produits. Pour le Pommier comme pour tous les autres arbres fruitiers, plus les racines courent près du sol, mieux le bois mûrit, condition nécessaire à une bonne culture. Ce qu'on doit chercher surtout, c'est un bois court, ferme, bien aoûté; si on l'obtient, la bonne fructification s'ensuivra. L'emplacement d'un verger ne doit pas être un terrain trop bas, dans une vallée ou près d'un cours d'eau. Ce sont de mauvaises conditions, car les A'apeurs qui s'échappent de ces endroits se condensent sur les feuilles et les fleurs des arbres, et si la gelée arrive au matin, ce qui est fréquent au moment de la floraison, les jeunes embryons sont perdus. On doit éviter autant que possible de pareilles situations. D'un autre côté, si les arbres sont plantés sur des emplacements trop élevés ou trop exposés aux vents, ils sont sujets à avoir leur récolte jetée à terre avant maturité. Les meilleures expositions sont sur des collines douces et des places légèrement inclinées vers le sud-est, le sud, ou le sud-ouest, surtout si elles sont abritées des vents du nord et du nord-ouest. Le sol ayant été préparé, comme nous l'avons indiqué, il faudra se pro- curer les variétés d'arbres fruitiers que l'on veut planter et les tirer d'un pépiniériste honorable, très connu, auquel il vaudra mieux dire tout sim- plement le but de sa plantation, en lui laissant le choix des arbres qui sont nécessaires. S'il est bon pomologiste, il fera, dans votre intérêt, une meilleure sélection que vous-même. En recevant les arbres de la pépi- nière, ne laissez pas un instant les racines exposées à l'air; en les ache- tant, recommandez spécialement qu'on ne les laisse pas dessécher, car des quantités d'arbres sont annuellement détruits par ce procédé, ou bien ils demandent de longues années pour se remettre. Généralement les fermiers sont peu scrupuleux sur ce point, de là de nombreuses plaintes sur les arbres qui ne poussent pas favorablement. Je ne permets jamais qu'un arbre soit plus de quelques minutes exposé à l'air. Quand on les déplante pour la vente, ils sont immédiatement transportés sous le hangar aux emballages, où leurs racines sont immédiatement couvertes. Si l'acheteur prenait un soin égal, nous entendrions rarement parler d'arbres ayant mal réussi. — 131 — La meilleure saison pour planter un -verger est octobre ou novembre ; le plus tôt est le meilleur. Si l'on attend jusqu'au printemps, on perd une année. Je conseille toujours, d'après une longue expérience, de planter en automne, mais avec cette précaution, exigée du pépiniériste, de faire enlever les feuilles aussitôt que les arbres sont déplantés. Cette simple précaution empêchera la sève de s'évaporer et l'écorce de se rider, de sorte que l'arbre, une fois' replanté, n'aura plus à demander immédiatement de nourriture au sol, jusqu'à ce qu'il ait fourni de nouvelles racines. J'ai depuis longtemps pratiqué ce système de défoliation et l'ai toujours trouvé très avantageux pour l'enracinement hâtif des arbres replantés. J'ai même trouvé un grand avantage à déplanter mes arbres à l'avance et à les laisser en jauge sur place en attendant le moment de les expédier. La raison de ceci est que les arbres s'accoutument ainsi peu à peu à une moindre nour- riture et à la replantation, ils supportent mieux leur nouvel état. En les préparant ainsi, c'est à peine si on en perdra un sur mille ; tandis qu'en aiTachant brusquement des arbres d'un terrain et les mettant tout de suite en place, un grand nombre mourra. En 1860 j'avais à planter des milliers de Pins noirs d'Autriche. Un grand nombre d'entre eux, à peu près la moitié, avaient été déplantés et mis en jauge à l'avance pendant plusieurs semaines. Le reste fut enlevé plus tard et mis immédiatement en place, avec ceux qui avaient été préalablement préparés. Le résultat fut que pas un de ceux-ci ne manqua, tandis que la moitié périrent de ceux qui venaient d'être enlevés et mis immédiatement à leur place définitive. Ceci n'est qu'un exemple au hasard, mais des cas semblables se présentent constamment dans les pépinières. Si l'on ne peut donner aux arbres cette mise en jauge préparatoire, il faut avoir soin de couvrir leurs racines avec n'importe quelle sorte de litière humide ; on en sauvera ainsi un grand nombre, qui autrement seraient perdus. En résumé, voici le meilleur traitement pour les Pommiers : plantez tôt; couvrez les racines; plantez peu profond, surtout dans les sols humides; placez plutôt vos arbres sur un petit monticule ; préparez des trous plus larges que les racines, qui ne doivent pas être repliées, mais étendues horizontalement, de manière à ne pas les laisser s'enfoncer profondément; car si elles restent près de la surface du sol, le bois sera mieux aoùté et les fruits mûriront mieux. Il faudrait ajouter, aux conseils de M. Scott, la taille des racines, dont il ne parle pas, et qui pour la plupart des gens se réduit à l'ablation des parties brisées, tandis que M. J. Courtois conseille de tailler rigoureuse- ment, de raccourcir les racines et d'enlever tout le chevelu ; puis le tuteu- rage des arbres, qui sera d'autant plus utile qu'on aura planté dans un terrain plus léger et sur les petits monticules l'ecommandés, en tenant les racines près du sol. Wanderer. — 132 — BOTTELEUR D'ASPERGES. Les Aspergistes d'Argenteuil sont depuis longtemps célèbres, pour la beauté de leurs produits et la perfection de leurs cultures. La vente des Asperges apporte annuellement dans la région qui comprend non seulement Argenteuil, mais Suresnes, Colom- bes, Sannois, Franconville, Epinay, Enghien, S'-Denis, la vallée de Mont- morency, etc., plusieurs millions de francs. On voit qu'il s'agit là d'une branche importante de commerce. La main-d'œuvre, le temps, doivent être économisés quand vient le moment de la récolte et qu'il faut se hâter de trouver la réniunéi'ation des soins et des frais de la culture. A chacun de s'ingénier pour trouver des moyens simples et rapides, non seulement de récolter l'Asperge, mais de la trier, de la laver, de la botteler, de la vendre. Le petit instrument dont voici la figure et que nous avons dessiné à la dernière exposition de Paris sur l'appareil lui-même, est dû à M. Girardin, cultivateur d'Asperges et de Figues à Argenteuil. Son usage s'explique au premier coup-d'œil. Il est destiné à confectionner rapidement et égale- ment les bottes d'Asperges pour la vente. Il se compose de trois petites planchettes, dont une (C) repose sur le sol et les deux autres (A B) sont dressées perpendiculairement sur la première, à laquelle elles sont fixées par une rainure et un clou. On pose les pointes des Asperges en A jusqu'à ce que le cercle soit rempli, en ajustant bien les têtes. Les queues, placées en B, dépassent plus ou moins, et sont coupées pour être ajustées après qu'on a complété la botte et posé les ligatures à son milieu en D. Nous croyons superflu de donner des cotes de dimensions, le croquis ci-joint étant relevé à l'échelle, dont le point de rapport est la grosseur de la botte d'Asperges, par conséquent le diamètre du cercle A. Nous serions bien surpris si nous ne voyions pas avant peu cette idée « empruntée " par nombre de cultivateurs-marchands d'Asperges, qui n'iront pas, nous le craignons bien pour leur conscience, en demander la permis- sion à M. Girardin, l'inventeur. Ed. a. NOTES SIR LE JARDIN POTAGER ET FRLIÏIER. NOUVELLES VARIETES DE FRAISES. Depuis plusieurs, je puis même dire de longues années, je me livre aux semis de Fraisiers. Tous les horticulteurs savent les résultats que j'ai obtenus lorsque je dirigeais les cultures de M. le docteur Nicaise, et con- — 133 — naissent les gains remarquables qui en sont sortis et ont fait leur chemin dans les collections choisies. Depuis que j'ai continué seul ces semis, après la mort de M. Nicaise, mes obtentions n'ont pas été moins fructueuses au point de vue de la qualité des variétés. Mais pour ne point me constituer juge et partie dans ma propre cause, je me suis adressé au savant auteur du Fraisier, M. le C" Léonce de Lanibertye, qui a bien voulu consentir à examiner, avec le plus grand soin, tous les gains obtenus dans mon établissement. Il m'auto- rise à déclarer ici qu'il garantit le mérite hors ligne des quatre variétés nouvelles suivantes : AoLAii DU Bernet. Fraise très grosse et grosse, presque orbiculaire, plus large que longue, vermillon clair, chair vermillonnée à la circonfé- rence et blanche au centre, beurrée, sucrée, fondante, très parfumée. Excellentissime. Plante d'une vigueur et d'une rusticité remarquables, fertile, hâtive. Ed. André. Fraise très grosse, en cône tronqué, quelquefois carrée â son sommet, rouge clair, chair vermillonnée et blanche, goût framboise remarquable (exquise). Plante vigoureuse et rustique, d'une très grande fertilité (tardive). AuGusTiNE Chrétien. Fraise très grosse et grosse, arrondie et aplatie, rouge clair, chair blanche, parfumée, très agréable, fondante, très bonne. Plante d'une vigueur moyenne, fertile, demi-hâtive. Co.MTE d'Esclaibes. Fraise grosse en cône régulier, rouge clair vernissé, chair vermillonnée, parfumée, peu acidulée, très juteuse, très bonne. Plante d'une grande vigueur, très fertile, très tardive. Je crois pouvoir, à cette occasion, rappeler au moins les noms des six variétés de mes semis, livrées au commerce l'année dernière et qui ont reçu l'accueil le plus favorable. Ce sont : Anna de Rothschild, duc de Magenta, Marie Nicaise, Berthe Montjoie, Auguste Nicaise et Madame Nicaise. 3. RiFFAUD, Rue S'-Doniinique, N" 10, à Chàlons-sur-Marue. HORTICULTURE D'ORNEMENT. LES PHYLLOCACTUS DE M. COURANT. Depuis de longues années déjà, un horticulteur fort habile, semeur infatigable, M. Lorenzo Courant, de Poissy (Seine-et-Oise), consacre tous ses soins à l'amélioration des vasiétés du Cereus speciosissimus, croisé avec plusieurs espèces de Phijllocactus. Ses gains sont étonnants et les dix-neuf variétés de ses semis que nous avons pu voir et décrire cette année mériteraient d'être connues et appré- ciées du peuple entier des horticulteurs. Nous appelons à ce sujet toute l'attention de nos confrères du continent — i;ii - et d'Angleterre. Qu'ils s'inquiètent des obtentions nouvelles de M. Courant comme d'un fait important pour l'horticulture internationale. Donnons d'aboi'd les descriptions sommaires de ces plantes, prises rapide- ment sur le vit. Nous reviendrons plus tard sur leur histoire et les circons- tances dans lesquelles elles ont été obtenues. Nous connaissions de réputation ces plantes. L'excellent amateur, M. le docteur Andrj, ancien secrétaire-général de la Société d'Horticulture de Paris, à laquelle il a i-endu les plus grands services pendant de longues années, nous en avait donné quelques boutures qu'il devait à la bien- veillance de l'obtenteur. Nous cultivions ces variétés avec grande sollicitude, attendant qu'il leur plût de fleurir. La guerre vint; tout fut perdu pendant l'hiver 1870-71. Depuis nous n'en avions plus entendu parler. Cette année, )ious l'avons dit, nous avons revu ces vastes périanthes aux prodigieuses couleurs. ■Voici les diagnoses rapides de leurs nuances et de leurs grandeurs : AuRANTiACA suPERBA, orangc-écarlatc feu, nuance uniforme; grande fleur. A. Rivière, très grande fleur, couleur feu bordé de violet. D'' BoiSDUVAL, nuancé rouge feu, bordé de violet; moyenne fleur. Grand Soleil, grande fleur à bord violet feu, à centre écarlate doré. M'"" Edmond Courant,' charmante fleur d'un lilas tendre, moj-enne. Gloire de Poissy, jauue-écarlate ou oi^angé éclatant, bordé violacé, moyen. M"'" Lemaître, violet lilacé tendre, à reflets gorge pigeon; grande fleur. Hookeri, grande fleur à pétales étroits, rouge feu bordé de violet. Sylphide, moyenne fleur, d'un rose foncé violacé. RosEA PERFECTA, petite fleur, d'un délicieux rose tendre violacé. M™" FoREST, fleur moyenne, à pétales étroits, violet foncé, plus éclairé au centre. HÉBÉ, petite fleur, d'un ravissant rose saumoné satiné. Alba PERFECTA, belle fleur d'un blanc pur, avec extérieur jaune pâle soyeux (évidemment issu pro parte du C. grandiftorus). Mon Caprice, petite fleur bien faite, d'un rose violacé très vif. Aurore nankin, moyenne fleur, d'un soufre pâle un peu saumoné. Belle Hélène, fleur moyenne, d'un charmant rose violacé glacé. Gloire de Guebwii.ler, grande, magnifique fleur, d'un violet soyeux, très brillant, avec une bande écarlate foncé au milieu des pétales. Rosea grandiflora, grande fleur, d'un superbe l'ose foncé touché de violet. Mad. Courant, moyenne grandeur, rose violacé satiné, à centre blanc. Mad. Lemarchand, belle fleur, à nuance violet, tendre lilacé, avec les étamines .très blanches. Ces variétés hors ligne, toutes ou presque toutes, peuvent cependant motiver un choix, lorsqu'on les compare entre elles. Nous n'hésiterions pas à nous arrêter sur les suivantes, ([ui sont toutes des merveilles d'éclat, de distinction et souvent d'étrangelé, par leurs nuances inusitées dans ce genre de plantes : Mad. Lemarchand, Gloire de Gnebwlller, alba perfecta, — 135 — (luranlidcn superbu, A. Rivière, Docteur Boisduval, Grand soleil, Gloire de, l'oissy, Ilookeri et rosea perfecta. Ce sont dix plantes d'une extraordinaire beauté. Avant peu de temps, l'horticulture s'en occupera évidemment avec un grand intérêt. Ed. André PLANTES NOUVELLES ANGLAISES. A l'Exposition des 4-5 juin de la Société royale d'Horticulture de Lon- dres, à Soutli-Kensington, ont été présentées les plantes suivantes, qui ont toutes reçu des certificats de première classe, et dont nous devons dire un mot, comme formant les nouveautés florales les plus saillantes de l'année de l'autre côté du détroit. Dracena Baftisti, plante vigoureuse, feuilles cuivrées, marginées et maculées de rouge, les jeunes feuilles vertes passant à un ton de cuivre avec l'âge. Aralia elegantissima, élégante espèce dans le genre de 1'^. Veilchi, mais d'une végétation plus forte ; folioles non ondulées, mais fortement dentées. Bertolonia superbissima, jolie variété du B. giUtata, avec des taches carmin très vif, arrondies et larges. Campsidium filicifolium, jolie plante naine, à feuillage découpé comme celui du Paullinia thalictrifolia. Calceolaria aurora, de la section des frutescents, gros bouquets de fleurs cramoisies lavées de jaune. Cattleya JMendeli, probablement la variété assez connue, et fort belle, qui provient de la célèbre collection, aujourd'hui dispersée, de M. Sam. Mendel. Bégonia vivicans, rouge brillant, plante herbacée, très floribonde. Dieffenbachia brasiliensis, belle plante, d'un port analogue au D. Bausei, couleur de fond vert foncé flammé de jaune, avec une multitude de petites ponctuations blanches. Croton cornigerum, forme assez proche du C. cornutum, avec la couleur de celles du C. Weismarifii, mais plus courtes, plus larges et cornues vers l'extrémité. Croton spirale, très curieuse forme que nous avons notée il y a deux ans déjà chez M. Bull et dont les feuilles tordues en tire-bouchon sont fort curieuses. Croton grande, vigoureuse plante, feuilles vert foncé, avec la nervure médiane et les latérales roses. Croton majesticum, variété à longues feuilles gracieuses, d'un vert métallique zébré et maculé de jaune et de rose-. Cham^rops humilis variegata, variété peu intéressante, à feuilles chlorotiques. Nous en avons déjà vu ailleurs des exemples analogues. — 136 - Drac/ENA amabilis, charmante plante à feuilles d'un rose carné, d'une fraîcheur parfaite. CoLEUS Verschaffelti splendens, variété à couleur très éclatante. Drac^na rosea, ■vigoureux, feuilles vert métallique marginées de rouge, les jeunes feuilles presque roses. Dracena Goldieana, forme et couleur très étranges; feuilles courtes, larges, horizontales, vert foncé, transversalement zébrées d'un vert argenté. Cyathea Burkei, Fougère en arbre africaine, belle plante, représentée par un exemplaire haut de r",4û, surmonté d'une belle couronne de frondes découpées. L^LiA WoLSTENHOLMi^, jolie Orchidéc, fleurs blanches lavées de violet, surtout au labelle. LoBELiA PUMiLA PLENA, très curleux gain, qui montre pour la première fois la duplicature dans les Lobélias acaules de nos jardins. Odontoglossum Insleayi leopardinum. Nous ne pouvons considérer comme nouvelle cette plante, commune dans les serres de M. Linden. Pelargonium Miss Farren ; — TRIOMPHE DE S'-Mandé, Variété fort jolie d'origine française; — Constance, — protector, — SuNRAY, ) variétés très recommandables. — Duchess, — BLUE BOY, Silène pendula compacta, bonne variété, très floribonde, à port com- pacte. Phycelia pulchra, jolie petite liliacée à fleurs en trompette, blanches, à gorge jaune. Tillandsia Zahm, fort belle Broméliacée, que nous avons déjà signalée en racontant l'Exposition de Gand et dont les feuilles brillamment lignées de rouge sont accompagnées d'une hampe et de fleurs d'un jaune soufre. Remarquable nouveauté. Pritchardia GRANDIS; il cst difficile de juger encore la valeur de ce Palmier, dont les frondes ne sont pas encore caractérisées. Verbena Edward Perkins, larges ombelles de fleurs blanches à œil rose. 'Viola Lothair, pour bordures, fleurs violet très foncé. "Veronica DiosMiEFOLiA, espèce à port nain, compacte, dont les feuilles ressemblent à celles des Diosma, chaque extrémité portant des épis de fleurs couleur lavande. Detector. CHOIX DES PLIS BEAUX PELARGOMUMS A GMNDES FLEURS ET ZOXALES. Toutes les publications horticoles, en parlant des plantes nouvelles, négligent généralement les anciennes, où si elles les citent, c'est comme — 137 - •les vieilleries que les amateurs d'autrefois peuvent seuls recueillir avec patience et comme souvenir de leurs jeunes années. Ou bien, ce qui est aussi fréquent, on publie des listes de collections si étendues, que le premier lecteur venu est effrayé de s'engager dans les acquisitions qu'elles nécessiteraient, et qu'il en reste le plus souvent où il en est. Pourtant, il serait facile d'encourager ces amateurs en leur donnant de temps à autre, une nomenclature restreinte des meilleures plantes de col- lection, quelle que soit leur nouveauté, que l'on rencontre dans les Exposi- tions. Nous l'avons fait dernièrement pour les Rhododendrons; nous suivrons aujourd'hui la même voie pour les Pelargonium à grandes fleurs, après avoir relevé quelques noms dans la célèbre collection de M. Alphonse Dufoj, et pour les Pelargonium zonales, pris sur celle de MM. Thibaut et Keteleer. Avec cette liste sommaire, on n'aura pas constitué une collection complète. 11 reste sans doute d'autres variétés excellentes et superbes ; mais ce que nous affirmons, c'est que celles-ci sont toutes de premier choix, et faciles à trouver dans le commerce. Gloire de France (Dufoï). Daiiaé. Duchesse d'Isly. Pelargoniums à grandes fleurs. Déiopi'e. iiwc LenoniuiiKl. M' Leplay. }/[•"' Marie. Angélina ïruphémus. Phœbus. Camille Dumesnil. Claude de la Meurthe. Arthur Pcarsoii. Craveii fox. ludispensable. Palriote. Pelargoniums zonales. Montrose. Hortensia. Maréchal Vaillant. Lord Maire. Destinée. M"t Dulhos-Dertrand. Cuvier. Alcyon. De Lesseps. Polly King. M°" Alphonse Lavallée. F. BOISARD. LES NOUVEAUX CALADIUM DE M-- BLEU. Plusieurs comptes-rendus ont parlé avec éloges — et ils ne sauraient jamais être exagérés, — des splendides Caladium nouveau que le semeur par excellence, M. Bleu, avait exposés cette année à Paris, au Palais de l'Industrie, malgré la poussière, la sécheresse et les courants d'air mortels qui fanaient leur feuillage délicat. Personne cependant n'a publié les descriptions, même sommaires, de ses plus belles plantes, et il y en avait d'extraordinaires, dépassant de beau- coup ce qu'il nous avait montré jusqu'ici. Nous croyons utile aux amateurs de leur donner un extrait de notre carnet de notes, qui contient quelques mots de description pris sur le vif des plus belles variétés exposées par M. Bleu. Onslow, plante petite, centre de la feuille rouge sang comme le bicolor, bord vert, surface à points blancs nuancés de rose. Lepeschkinei, feuillage bulle, un peu inégal, comme dans la variété — 138 — Ed. André., mais délicieusement marqué de rouge très vii', surtout sur les nervures. Emilie Verdier, plante forte et élevée ù feuilles petites, hastées, d'un rose carné mi-parti de blanc avec nervures d'un vert foncé brillant. FÉLICIEN David, plante d'une grande vigueur, à limbe des feuilles hori- zontal, cordiforme, avec les lobes basiliaires très grands; bords verts, milieu blanc avec de fortes nervures rayonnantes couleur laque car- minée. N" 2. Hybride de Leplay et Ad. Blev.. Très grandes feuilles entièrement blanc rosé transparent, délicieux; nervures fines vert foncé, capillaires, centre triangulaire d'un violet ombré de vert. N» 5. Feuilles très nombreuses, opaques, blanches, principales nervures d'un beau carmin vif. N" 7. Hybride de Marquise de Cazenux et Triomphe de l'Exposition. Plante extrêmement remarquable, mais à feuilles non encore caractérisées; milieu cramoisi vif, nervures de même, taches très blanches, bords vert foncé; nuances admirables. N" 16. Hybride de duc de Ralibor et bicolor fidgens. Feuilles blanches bordées d'un liseré vert; centre entièrement translucide, d'un rosé char- mant, nervures rose tendre. N° 1. Vigoureuse plante à feuilles vertes et blanches, avec un large réseau d'un beau vert et les nervures d'un rouge sang foncé. N° 13. Hybride de Bcllcijme et Ch. Rouillard. Feuillage allongé, un peu grêle, de taille moyenne; limbe blanc bordé de vert avec des liserés et réticulations de même ton, nervures principales rouge sang artériel. Les dix variétés que nous venons de noter faisaient partie d'un lot de trente plantes, parmi lesquelles de fort belles choses pouvaient encore être relevées. Mais, soit que les pieds ne fussent pas encore suffisamment déve- loppés, soit que nous n'ayions pas constaté d'assez notables différences, avec ce que nous connaissions déjà, ou avec les variétés voisines et supé- rieures, nous nous sommes tenu à ce nombre, déjà suffisant pour satisfaire les chercheurs de nouveautés bien tranchées. Ed. A. WOTES SUR L'HORTICULTURE D'ORNEMENT. Odeur du Peperomia resedaeJBlora. — Plusieurs de nos corres- pondants nous ont fait observer que cette jolie Pipéracée, que nous avons eu la bonne fortune de nommer et de décrire à cette place, ne portait pas l'odeur douce que nous lui avions attribuée. Voici notre réponse : que l'incrédule se lève de bon matin, l'été, se rende dans la serre où est son Peperomia, et il lui trouvera tme odeur de Réséda, plus douce, mais parfai- tement caractérisée. Il y a dans ce nouvel exemple de plante Ménechme, par analogie, de forme et d'odeur, un fait extrêmement curieux dont les =- 139 — botanistes ne se sont encore guère occupés et qui nous a frappé depuis longtemps. Voilà une plante appartenant à une famille extrêmement éloignée scientifiquement des Résédacées. Seule du genre, cette espèce prend l'aspect extérieur de l'inflorescence de Réséda, et en môme temps elle en revêt l'odeur. Au printemps dernier, à Gand, nous causions avec le D'' Masters devant un Vanda Batemani, et nous lui faisions remarquer que toute la plante, feuilles, pétioles, fleurs même, avait l'apparence et la consistance du cuir. En nous approchant de cette fleur, nous constatâmes avec le botaniste anglais, qu'une forte odeur de cuir de Russie s'en dégageait. N'y a-t-il pas là le germe d'une nouvelle étude digne d'attirer les réflexions des botanistes, une sorte de sympathie ou plutôt d'analogie morpholofjique, dont les déductions conduiraient à la solution de curieux problèmes de biologie végétale? Ed. André. LES ORCHIDÉES DE SERRE FROIDE. Plusieurs fois déjà, nous avons dit quelle faveur prenaient de jour en jour en Angleterre et en Belgique les Orchidées de serre froide. Elles deviennent l'objet d'une véritable passion. Tout justifie leur adoption : facile culture, économie de chauflage, facilité de circuler autour des plantes dans une atmosphère tempérée et non étouffante, comme celle des serres chaudes, abondante floraison, belles couleurs et curieuses formes, et même, ce qui a son importance, modération des prix de beau- coup d'espèces. A l'appui de nos dires, nous trouvons aujourd'hui, dans le bon petit livre que M. de Puydt vient de publier sur les plantes de serre froide, un article dans le même sens sur les Orchidées froides. Voici comment il condense en quelques lignes ses préceptes sur leur culture. « Cette culture, comme celle des plantes alpines en général, demande des soins intelligents et attentifs, surtout quand les exemplaires sont impar- faitement enracinés. Elle n'est pas sans analogie avec celle des arbustes de serre froide : air pur, ventilation chaque fois que la température le permet. Lumière vive, arrivant de tous cotés aux plantes; par conséquent, serre basse à deux versants. Point d'ombre pendant trois mois d'hiver; ombrage progressif ensuite, suivant l'ardeur du soleil, mais sans excès. La tempé- rature de la serre, en hiver, ne devra pas descendre au-dessous de -{- 5° à 1". L'atmosphère de la serre sera constamment moite, même en hiver, mais l'humidité froide et renfermée étant très nuisible, si l'on ne peut ventiler, on fera bien de chauffer un peu. Il ne faut d'ailleurs que -|- 10" à 12° le jour, en l'absence du soleil. Pendant la bonne saison, les Orchidées resteront dans la serre, que l'on tiendra très humide, suffisamment ombrée et ouverte en bas et en haut avec peu de chaleur. Les arrosements seront modérés en hiver, sans jamais aller jusqu'à la sécheresse. En été, ils devront être abondants et réguliers. L'eau qui séjourne dans les jeunes - im — pousses les expose à poui rir. On les empotera dans un sol composé de sphagnum, vivant s'il est possible, de terre de bruyère fibreuse, de charbon de bois et de tessons, dans des proportions variables, mais qui seront, pour les espèces épiphytes, de 1/3 de mousse au moins et 1,3 de terre de bruyère, avec un très fort drainage. " A ces sages conseils nous n'ajouterons qu'un mot, c'est que certaines espèces demanderont quelques soins de plus, comme d'être plus ou moins près du verre, d'être rempotées suivant le degré de leur végétation, d'être tenues en pots, sur les gradins ou suspendues sur du liège ou des tronçons de bois, toutes circonstances que l'amateur réglera seulement par l'expé- rience et les tâtonnements. Le nombre d'espèces cultivées en serre froide est aujourd'hui si grand, que bien des amateurs hésitent ù, former une collection. Voici quelques noms de plantes de choix qui prospèrent admirablement avec le traitement ci-dessus, et dont nous parlons par expérience, pour les avoir en grande partie vues fleurir dans notre propre serre ou quelques piodestes serres d'amateurs, comme celle où nous tenons nos Orchidées. Ada aurantiaca. Cœlofjyne cristala. Lidia aiicpps. — supcrbiens. Lycasle Skiiiiieri. Maxillaria vcnusla. OncicJiuin aurosuiii. — cuculluliiin fl var. — serratum. — niacianthum. — cochlealum. — nubigenum. — leucoL-liiluni. — Scliilk'iiuiium. — zebriiium. — ornitboryncbuiii. — barbaluni. Oduiiluglossiim Iriumphaiis. — Pescatorci. — Alexandra!. — haslilabium. — lueviuni. — cl'islatuni. — grande. Odontoglossum citrosmum. — carinifmim. — bicloiiiensc. — Uro-Skimieri. — vexillariuiii. — Halli. — nevadenso. — Aiidcrsoni. — odorauiiii. — pulchi'Uuiii. Masderallia Liiideiii. — Veilclii. — Harryana. — lovaronsis. — igiica. l'ieione lagenaria. Itrassia vcrrucosa. Piluiniia Iragraiis. Hclcia saiiguinolenta. Ti'icbopilia suavis. — niaculala. Slanhopea ligriiia. — buccplialus. — insignis. Houlletia anlioquensis. — odoralissima. Warscewic/ella discolor. Epidoiidruin vilelliiium majus. L:cbu l'eriiiii. Callleya Skiniieri. — Mossise. — Triaiia'. — bogotciisis. Polycyciiis Icpida. — nmscifeia. Millonia spectabilis. — biiolor. Colax jugcisus. Epidciidniiii prisinatocarpuni. — panit'ulaluni. .Sophronilis grandiflora. — violacea. Lx\ia ciiiiiabarina. Brassia cinnabarina. Sobralia macranlha. Mesospinidiuni sanguincuin. Cypripcdiuiii varias. Plusieurs de ces espèces s'accomoderaient volontiers d'un peu plus de chaleur que certaines autres. Toutes cependant peuvent croître et pros- pérer dans les conditions ci-dessus indiquées. Pour les exceptions, nous renvoyons aux traités spéciaux sur la matière, et mieux encore, au meilleur des livres, à l'expérience. Ed. André. 141 — CHRONIQUE HORTICOLE. Août 1873. Découverte' du Colocasia esculenta en Algérie. — En faisant une excursion botanique dans les environs de la Calle (Algérie) sur les confins de la Tunisie, — il y a de cela quelques semaines seulement, — M. Charles Rivière s'engagea dans un ravin étroit, profondément encaissé, au fond duquel coulait un ruisseau limpide et bondissant. Au bout de cinq cents pas, il s'arrêta court, stupéfait, à la vue des immenses feuilles d'une Aroïdée qu'il reconnut du premier coup pour appartenir au Colocasia esculenta (Caladium esculeiilum de nos jardins). Le fait était patent; on était en pleine nature sauvage, loin de toute culture et de toute habitation : il y avait là un cas bien net de spontanéité ou de naturalisation. Comment une Aroïdée indienne et océanienne a-t-elle pu se retrouver natif au nord de l'Afrique? Est-ce bien là, se demandait M. Brongniart, à qui on montrait des feuilles recueillies par M. Rivière, le Col. esculenta, ou le Col. antiquorum des anciens Egyptiens? Nous ne saurions nous prononcer dans la question, mais ce que nous savons bien, c'est que le Col. antiquorum, répandu dans les collections européennes, n'est pas la plante de M. Rivière, qui se rapporte à notre Col. esculenta. Des limbes plus petits, lancéolés, de longs pétioles violacés et grêles caractérisent tout ce que nous avons vu dans les jardins sous le nom de Col. antiquorum et que nous avons cultivé longtemps au fleuriste de la Muette, à Paris. Mais sait-on bien exactement ce qu'était le Col. antiquorum des Egyptiens? Problème encore à résoudre. Le moussier de Schwagrichen. — Les ouvrages de science pure sur les mousses sont difficiles à lire pour les botanistes peu familiers avec la Cryptogamie et qui cependant désirent s'initier aux connaissances bryolo- giques au moins élémentaires. Cette tâche leur sera facilitée par le recueil •dont le titre précède, et qui se trouve chez Calmet, 25, rue Lafayette, à Toulouse. Ce volume contient 321 espèces de mousses avec leurs détails for- tement grossis, de sorte qu'on peut arriver à une détermination facile et rapide des échantillons récoltés. Histoire des champignons d'Europe. — On trouve à la même librairie Calmet, à Toulouse, cet utile ouvrage dû à la plume de M. Rou- meguère, et que M. Durieu de Maisonneuve considère comme le meilleur traité de mycrologie qu'il connaisse, opinion que M. Brongniart a exprimée devant l'Académie de Sciences de Paris. L'ouvrage contient 1700 figures et un Index synonymique. Châssis à deux versants. — M. Boulât, horticulteur-maraîcher à Troyes (Aube), a imaginé un .-système de châssis à double versant, articulé au sommet, et formant une petite serre hollandaise couchée sur le sol pour le même prix qu'une surface égale couverte par des châssis ordinaires. Economie, légèreté, solidité, accès facile du travailleur, aération commode, durée très prolongée et entretien nul, tels sont les avantages de ce procédé TOME XX. — AOÛT 1873 — 142 — sur le compte duquel nous reviendrons, et dont nous avons vu récemment les bons effets chez son auteur, à Troyes. Le Phylloxéra vaincu. — Cette annonce pleine de promesses ful- gurantes vient de la communication faite récemment ;\ M. Gaston Bazille et à la Société d'Agriculture de l'Hérault, par MM. Monestier, Lautaud et d'Ortoman, et que tous les journaux publient avec un empressement facile à concevoir. C'est par le sulfure de carbone que se réalisera, parait-il, la destruction du redoutable insecte. Voici le moyen à employer, que les auteurs divulguent libéralement au public : faire trois trous autour de la souche de vigne de 80 centimètres de profondeur si possible, et suivant la nature du terrain. Dans ce trou, avec un tube faire pénétrer dans le sol 50 grammes de sulfure de carbone, puis boucher vivement l'ouverture. Le sulfure se volatilise promptement et imprègne toutes les parties du sol avoisinant, tue partout l'insecte dévastateur, et en s'élevant au-dessus du sol active la végétation, loin de nuire en rien à la plante. Quelques jours après le mal a disparu. Voilà un moyen simple, pratique s'il en fût. Si les résultats sont ce qu'on en dit, c'est une des grandes découvertes du siècle. Session en Belgique de la Société botanique de France. — Le 15 juillet a eu lieu à IJruxelles l'ouverture annoncée de la session de la Société botanique de France, que nos confrères de Belgique avaient cour- toisement priée de tenir chez eux ses assises annuelles, consacrées à une excursion botanique. La réception a été des plus cordiales; on a herborisé dans la Campine, à Rochefort et à Han, dans l'Ardenne belge, visité les curiosités scientifiques et Musées de la Belgique et reçu partout l'accueil le plus aimable sur ce terrain de la science qui trouve en tout lieu sa patrie et ses enfants. Nous donnerons le mois prochain le compte-rendu détaillé de la session. Les jardins des gares. — Nous venons de voir pratiquer, dans la gare de Périgueux, une innovation heureuse. On sait que, depuis quelques années, l'administration du chemin de fer d'Orléans a organisé un véritable service de jardinage de luxe pour l'ornementation des petits jardins des gares. Les plantes à feuillage ornemental, — et je dis des plus rares, — utilisées dans les squares de Paris, se retrouvent dans une station de quatrième ordre, connue à Issoudun ou à Chamarande. C'est un louable exemple, qu'on n'a pas loué comme il le méritait. A Périgueux on a mieux fait encore. On a étiqueté les plantes. Chaque voyageur peut en relever les noms en attendant le train et vienne le prin- temps suivant il les donnera à l'horticulteur de sa région, qui lui fournira les véritables espèces pour orner son jardin. Une bonne note à la Compagnie d'Orléans, et puisse son exemple être suivi ! Le Poinciana Gilliesi à Paris. — Ce magnifique arbuste n'est pas rare dans le midi. A Paris c'est une rareté, que l'on croit d'orangerie. Nous étonnerions bien des horticulteurs en les conduisant aujourd'hui à Clichy, chez M'"" Marjolin, la veuve vénérable de l'illustre docteur Marjolin, — dont la mémoire se rattache à l'horticulture par la i-ose et la pomme de terre qui portent son nom, — et en leur montrant, le long d'un mur au midi, — 143 - d'énormes toufles en fleurs de Poincinna. Elles sont là, sans abri, depuis de longues années, développant leurs vigoureux rameaux aux feuilles de dentelle, terminés par des panicules de fleurs jaunes aux longues étamines de corail. L'hiver terrible de 1871 a glissé sur ces plantes sans les toucher. Que ce fait soit noté et que nos lecteurs plantent un Poinciana partout où ils trouveront le pied d'un mur au midi, sous nos latitudes, et ils ne nous sauront point ma'uvais gré de ce conseil. Piquets incorruptibles. — Un journal anglais annonce que tous les piquets peuvent être rendus incorruptibles, si on les peint avec de l'huile de lin cuite dans laquelle on a délayé de la poussière de charbon de bois, jusqu'à ce que le mélange ait la consistance d'une peinture à l'huile ordi- naire. L'auteur dit avoir retiré de terre, au bout de sept ans, des piquets en aussi bon état que le premier jour. Ed. André. Au moment de mettre sous presse, le Journal de Gand nous apprend que M. J. Linden vient d'être élevé par S. M. l'Empereur d'Autriche au grade de Commandeur de l'Ordre de François-Joseph. Nous apprenons avec une vive satisfaction qu'en dehors des grands prix remportés par M. Linden à l'Exposition universelle de "Vienne, le jury international a décerné la médaille de mérite à Vlllitstration horticole. Ed. a. - 144 -^ PI. CXXXVI-CXXXVII. RIIODODEM)KO> PRINCESSE LOUISE. Ericacées. ËTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir Illuslration liorticok, 187Ô, p. 106. CARACTÈRES DE LA VAIUÉTÈ : Arl)risseau d'un port vigoureux, d'une forme irrépro- chable, d'un beau feuillage oblong, lancrolo aigu, luisant, révolulé sur les l)ords. Les admi- rables bouquets de fleurs ou capitules qui surmontent les rameaux sont compactes, sphériques, et portent des fleurs rangées dans un ordre parfait, régulières, d'un blanc parfailement pur, finement ponctué de jaune pâle sur le pétale supérieur. Les pétales de ces belles curollcs sont ovales, plus ou moins acuniinés ou obtus et gracieusement ondulés aux bords. Le Rhododendron Princesse Louise a été obtenu dans un semis de l'éta- blissement de M. J. Linden, à Gand. On avait d'abord eu la pensée de le dédier à Madame Gloiier, fille aînée de M. Linden. Mais à l'occasion de la visite faite à l'établissement par la Princesse Louise de Belgique, en com- pagnie du Roi et de la Reine des Belges, Madame Gloner fit gracieusement abandon de la dédicace qui lui avait été faite et voulut perpétuer le sou- venir de cette fête en donnant le nom de la jeune Princesse à la fleur nouvelle, qui avait remporté le l''''prix dans le concours des Khododendrous nouveaux à l'Exposition internationale de Gand. Ed. André. MÉLANGES. L'ORME DE FLORIAN. Il existe dans la commune de Gagny (Seine-et-Oise) et sur la propriété de M. le marquis de Nicolaï, un vieil ormeau, à l'ombre duquel aimait à s'asseoir et à rêver le poète Florian. Cet ormeau avait même reçu le nom du célèbre fabuliste, et le sentier qui l'avoisine porte depuis longtemps celui du Sentier de Corme Florian. Sur la proposition de M. Laribbe, pro- priétaire à Gagny, le maire et le conseil municipal ont voulu perpétuer ce souvenir et M. de Nicolaï s'y est prêté de la meilleure grâce du monde. L'arbre a été entouré d'une grille, et de bancs de pierre destinés aux pro- meneurs. Sur une pierre de Volvic, attachée au tronc de l'orme par un collier de bronze, on lit le distique suivant : Florian nie chérit; mon lunbre l'inspira; J'espère (lu'à mon tour sou nom me défendra. Detector. ^" % -^ c J ^^ * t I f^ ■ ■r.'^^i^-'^j^'/p^ïr*^^'". "■ — 145 — PI. CXXXVIII. CYPRIPEDIUM ROEZLI, regel. cypripède de roezl. Orchidées. ÉTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir lllaslr. horl.ic, vol. II, p. 6i. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : canlescons, glahon'iiiium ; caiilis 10-12 c. .iltus, complaiia- lus, Idlioi'um liasibiis vagiiiaïUibus involliUis; pilla ilislicba, lorilormia, acuta, bas! vagiiiala cai'inala, a moilio ad apicoiii plaiiiiiscula, cireilci' iO cm. longa et 4 cm. lata, l;evissima ; peiluiiculus terminalis foliis paiilo brcvior, glabei'. apice l-plui-illorus; hraclcœ complicatx', ancipites, pcilunculiim iiivnlvciiles, lineari-laiici>(i!al;e, acula', glaherrima'; avaria glalicrrinia, triaiigulo-leivtiuscula ; srpala ililldj-iuia; scpiiliiiii xaprcmiiin c basi laliore lanceolatd-alleiiua- tum, obliislusculum, maigiiie uiululaluiii, circitcr o cm. loiigum et I7 cm. latiim ; xijialiiiii iii/'erius duplo latius, bieviu.s e basi late ovata paiilo attenuatum, obtusum, circiler 4 j cm. longum cl ô cm. latum, scpalnm iilruiiu/iic a caineo-purpurasceiis, nervîs saturioribiis per- cuisum; pctala e basi lanceolata longe acumiiialo-alleniiala, vix spiraliter torta, sepalis lon- giora, circiter 9 cm. longa, basi cii'ciler 8 cm. lata, medio viridi-liitescentes, margiiie purpu- rascentes ; lahcllum llavescens, circa calccm obloiigum purpurascens, circiter 4 cm. longuii) ; stamen stérile a basi cuiieala rhomboidcum, margiiie basim versus purpureo-hirtulum. Cypripedium Roezii, Regel, GartcDfhra, t. 7i)4, p. 97, 1873. Selenipedium Roezii, Rchb. f. Gartcii/l, 1871, p. 164. Ce beau Cjpripède a été découvert, en 1871, par M. Roezl, l'intrépide voyageur, sur les bords acccidentés du Rio Dagua (Nouvelle-Grenade), sur le versant ouest de la Cordillière centrale. Ce n'est plus une espèce cespi- teuse, formant des touffes compactes d'où, se détachent les sabots des labelles pendants au sommet de leur hampe. C'est une plante caulescente, élevée, ornée de feuilles de 3 pieds de longueur et d'une hampe de 2 à 3 pieds de haut, au sommet de laquelle peuvent s'étager jusqu'à 20 fleurs roses pourprées striées et jaunâtres. Le premier pied qui ait effectué sa floraison en Europe s'est épanoui à S'-Pétersbourg en janvier de cette année sur l'un des premiers exemplaires, encore bien faibles, expédiés vivants en Europe par M. Roezl. Depuis, la plante a été introduite chez M. Linden, qui en possède de nombreux exemplaires d'une vigueur extrême et dans des conditions parfaites -de culture. Leurs feuilles, comprimées et carénées à la base embrassante, sont planés plus haut et se terminent au sommet par trois petites dents, caractère que nous n'avons pas vu indiqué par M. Regel. Chacun voudra bientôt admirer, sur ce robuste feuillage, les belles fleurs à longues divisions roses et purpurines mêlées dé jaune et de vert, qui prêtent à cette belle espèce un caractère si étrange et si beau à la fois. La station naturelle de l'espèce, le Rio Dagua, indique la serre chaude humide, comme les autres Orchidées et Aroïdées de la région, notamment le magnifique Philodendron Daguense, dont nous avons décrit naguère la végétation et les belles fleurs. Ed. A. — 146 PI. CXXXIX. PITCAIRM ANDREANA, mm. pitcairnia de éd. andré. Broméliacées. ÉTYMOLOGIE : genre dédié par L'Héritier à William l'ileairn, physicien el médecin de Londres, colleclcur de piaules exotiques, et surtout de plantes alpines. CARACTERES GE.NERigi'ES : Pcriyomi seniisuperi sexpartili lacinia- extcriores caljciuse, basi inter .se connat;e, lanceolata", acuminat;e, earinata;, erectœ, interiores petaloidew, longio- res, infcrne in tuhum approxiniat;e, apice galeatim incunibentes vel a.'qualiter patentes, basi intus squamosK vel rarius nuda;. Slamina 6. annulo perigyno inserta ; lilamenta libéra, subu- lata, anthera; linearcs, basi sagittat;c. Ovarhini scniiniferuui triloculare. Ovula in loculorum angulo central! pluiinia, ad.scendentia, analropa. Slylus lllilorniis; stigmata 3 linearia, spira- liter contorta. Ciipsida seini.supera, ovato-pyrainidala, Irilocularis, apice septicido-trivalvis, valvis introrsuni démuni lissis. Sniiiiia plurima, adscendejilia, lereliuscula, lesta fusca scrobi- culata, chalaza late discolorc umliilicum sctilbrnieni clialaza? apicali in acumen longe producla; jungenlc. Emliryv mininuis reclus in basi .illiuminis dense fariin)si, extremitate radiculari undiilicuin allingeiile, inféra. — Ilerbœ Amcricœ tropkœ, foHis liitciirihus vel lir/iilalis sœpc sphwso-dcnlalis, caule credo, simplki, floribiis raccmusis, bractcatis. (Endlicher, Oen. Plant. 1303.) CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : cœspilosa, floriliunda: follet linearia basi angustata farinacea, niarginc undulala, apice contorta acuta; iii/lorcscfiilialis oblongo-oblusis canaliculalis imbricalo oppressis basi gibbosis viridibus 0'",01.t longis; fora//a 0"',06 longa, lubuloso-ringeus, pela- lis 5 coucavis inibricathis clirysanlliis basi pallidioribus apice breviler acuminatis; stamina pistillumque coroUœ longiludine, lilamenta filiforinia basi petaloruni allixa, anlhera; minutac aures; ovariuin superuni angulis 3 patcntissimis sulcisque 5 iutermediis, sttjhis luteus filifor- mis, stigmate trilido papilloso. In Nova-Granaia (Clioco). Ad vivum dcscripsi in Horlo Lindcniano. E. A. Pitcairnia Andreana, J. Linden, Calai. 1873. La plus précieuse des qualités recherchées dans les Broméliacées de nos serres est sans contredit l'abondance de la floraison. Beaucoup d'entre elles sont remarquables par la beauté et la régularité de leur feuillage, certaines par l'éclat de leurs bractées involucrantes, la plupart par leur port et la facilité de leur végétation. Un grand nombre malheureusement sont lentes à montrer leurs fleurs et quand elles ont développé une inflorescence, après de longues années d'attente, il faut attendre longtemps encore pour que les stolons remplacent la rosette des feuilles qui mourra après la parturition de la plante. La jolie espèce que nous présentons et décrivons ici est donc pourvue d'un intérêt nouveau, car elle est d'une fécondité e.\.trême dans sa floraison. Nos jeunes pieds de semis se couvrent dès la fin de leur première année de 439 — 147 - leurs beaux épis de fleurs dorées. Les feuilles étroites, i-ccourbées, aiguës, sans épines sur les bords ondulés, sont recouvertes, principalement en dessus, d'une farine blanche et fugace. Du centre de ces feuilles sortent des hampes (souvent plusieurs sur la même plante), hautes de 25 à 30 centi- mètres seulement et portant un épi lâche, entremêlé de feuilles et de jolies fleurs à corolle tubuleuse récourbée, d'un beau jaune d'or orangé. Nous avons reçu la plante, en 1872, de la province presqu'impénétrable de Choco (Nouvelle-Grenade), d'où le climat insalubre éloigne les explo- rateurs, et nous l'avons dédiée au rédacteur de ce recueil, M. Ed. André. Serre chaude ordinaire; traitement de la plupart des Broméliacées communes. La plante est de facile culture et sera très appréciée des amateurs. J. LiNDEN. LE JARDIN POTAGER ET FRUFflER. NOUVEAUX FRUITS. Les bonnes nouveautés fruitières sont rares. Choisir dans la multiplicité des variétés indiquées et préconisées par les catalogues de chaque année serait une tâche embarassante, même pour des pomologues de profession. A plus forte raison, les simples amateurs seront dans l'embarras et souvent s'abstiendront. Ce que nous recommandons, pour éviter les mécomptes, c'est de s'adres- ser à bon escient et de prendre en considération les publications des semeurs connus et jaloux de conserver une réputation méritée. Nous croyons donc, dans ce but, pouvoir appeler l'attention de nos lecteurs sur les deux Poires suivantes, mises au commerce cet automne par MM. Baltet, de Troyes. Poirier docteur Jules Guyot. Arbre vigoureux, robuste, très fertile ; il réussit sur franc et sur coignassier. Fruit gros, oblong, renflé et tronqué ; épiderme jaune paille fouetté de rose carmin au soleil; chair fine, fondante, juteuse, aromatisée, de première qualité. Maturité, mi-aoùt. Nous avons dédié ce précieux gain de notre établissement à notre éminent compatriote le docteur Jules Guyot, connu par ses travaux sur la viticul- ture. Poirier Duchesse d'Angoulême bronzée. Très belle et excellente sous-variété de la Duchesse d'Angoulême, comme le Doyenné roux est une sous-variété du Doyenné blanc. Trouvée dans un jardin d'amateur par M. Weber, de Dijon. Arbre vigoureux et très fertile, sur franc et sur coignaissier. Fruit gros — 148 — ou très gros, différent de son type par un épiderme mordoré ou bronzé, parfaitement constant; chair assez fine et fondante, juteuse, sucrée, de première qualité. Maturité prolongée, d'octobre en décembre. L. DEL.A.IRE. NOTES SUR LE JARDIN POTAGER ET FRllTIER. LE FRAISIER « L'INEPUISABLE. » Nous avons raconté autrefois comment M. Mabille, de Limoges, avait mis au commerce, sous le nom d'Inépuisable, un fraisier à gros fruits, dit remontant, et dont nous avions nous-même goûté de bons fruits en octobre 1871. Depuis, la plante s'est répandue et généralement on l'a trouvée infertile au plus haut degré. C'est au point qu'une planche de notre jardin, en Tûuraine, contenant 100 pieds de ce fraisier, n'a pas produit 10 fraisiers dans toute une année. Nous avions déclaré que la variété n'était inépuisable qu'en feuilles. Nous n'étions pas seul de notre avis. A la dernière séance de la Société d'Horticulture de Paris, on a longuement discuté cette question. M. Robine a trouvé une récolte médiocre au printemps, repos l'été, et reprise de fructification abondante depuis août. M. Eug. Verdier n'a pas eu le même bonheur, et conclut à l'infertilité de la plante, opinion que partage M. Duvivier. Or, nous venons d'avoir un nouvel argument à jeter dans la discussion, et nous nous empressons de le publier. Il ajoute une preuve de plus à l'influence des milieux sur la végétation, la floraison et la fructification des plantes. Nous étions dernièrement ;\ Limoges. Une visite au jardin de M. Mabille nous a montré des planches entières, couvrant un espace de 10 ares environ, du fraisier l'Inépuisable en pleine fructification. Les fruits étaient fort inégaux de forme et de volume, mais ils étaient abondants, savoureux, en un mot, la plante se montrait vraiment remontante et recommandable. Au même moment, notre plantation de cette variété développait sur 15 mètres carrés une demi-douzaine de bottes de fourrage et.... pas une seule fraise. Il résulte de ceci que les conditions natales de ce fraisier doivent être reproduites, si l'on veut l'obtenir dans sa fécondité originelle. Un terrain maigre, siliceux autant que possible, comme celui du Limousin, où il est né, donnera de bons résultats. Tout sol argileux, compacte, toute terre (orle produira un effet contraire. Avis aux fraisiéristes ; un bien averti en vaut deux. Ed. A. — 149 BOUTURAGE DES MELONS. Le bouturage des Melons n'est pas nouveau. Jacquin en parlait dans son Traité du Melon il y a plus de 40 ans. Cependant on le voit rarement mettre en pratique, bien qu'il puisse rendre de vrais services. Quand on a enlevé les Melons de première primeur, à la fin de mai ou au commencement de juin, et si la variété a été reconnue comme de première qualité, on a un véritable avantage à prendre des boutures sur les extrémités des rameaux, et à constituer après leur reprise, qui a lieu au bout de cinq à six jours, les souches d'une nouvelle et prochaine récolte. On peut mettre ces boutures eu place le 15 juin, elles donneront des fruits plus rapidement et mûrissent plus vite que les plantes de semis. Ce moyen, que nous voudrions voir employer plus fréquemment, donne toujours de bons résultats. Un jardinier fort instruit, M. Aubert, l'emploie toujours avec succès, non-seulement pour les Melons, mais aussi pour les Concombres. P. ErCEjVU. CULTURE TARDIVE DES FRAISIERS. Au printemps dernier, ayant mis des Fraisiers en pot, dans l'intention de faire fructifier des variétés anglaises à gros fruits à contre-saison, je plaçai _ ces plantes sous un hangar et les laissai à sec, leur donnant seulement de temps en temps quelques gouttes d'eau pour les empêcher de périr. Au moment où commençait à se terminer la récolte ordinaire des grosses fraises en plein air, je sortis mes plantes en pots de dessous le hangar et commençai à leur distribuer des arrosements abondants. Ils ne tardèrent pas à fleurir et donnèrent beaucoup et de beaux fruits à une époque où les grosses fraises sont passées depuis longtemps. J'ai fait à la Société d'Horti- culture de Paris, dans les séances des 14 et 28 août, des présentations de fraises ainsi obtenues, qui ont attiré l'attention de tous les membres pré- sents et motivé la nomination d'une Commission, qui étudiera chez moi, l'année prochaine, les effets de cette culture. ROBINE, à Sceaux (Seine). HORTICULTURE D'ORNEMENT. SUR LE BOUTURAGE. Chez les végétaux on distingue deux modes de multiplication : celui qui s'eff'ectue par les semis et qui est le plus naturel, celui qui se fait au moyen de diyisions, telles que les greffes, les boutures, les marcottes, pour les espèces qui, suivant les circonstances climatériques, ne mûrissent qu'im- parfaitement leurs graines. — 150 — De ces divers moyens Je multiplications artificielles, celui qui a fait le plus de progrès en horticulture est sans contredit le bouturage. Ce procédé, aprOs les semis, est le plus prompt, et il a pris une telle extension, qu'il est aujourd'hui le plus employé pour la propagation des plantes. Par lui, on hâte la floraison, on conserve aux espèces le mérite qu'elles ont acquis par les semis, on fixe les différentes anomalies, telles que : panachure, faciès, duplicatures, etc. Qu'est-ce qu'une bouture? C'est une portion de végétal qui, placée dans des conditions favorables, développe une tige si cette portion est une racine, et des racines si cette portion est une tige, et forme plus tard un individu semblable à celui qui l'a produit. Pour qu'une bouture émette des racines ou une tige, il faut qu'elle soit placée dans un milieu qui lui soit favorable, c'est-à-dire dans un sol et une atmosphère plus ou moins chauds, plus ou moins humides et soumis à une lumière plus ou moins vive. Ces divers agents concourent puissamment au développement de l'organe essentiel qui manque, doivent être répartis d'une manière différente et avec un certain degré d'intensité, suivant les espèces sur lesquelles on opère. Malgré tous les progrès qu'a pu faire le bouturage, il est encore certains genres de végétaux qui refusent de s'en- raciner. D'où vient ce manque de réussite ? Il provient évidemment de ce qu'ils ont été mis dans des conditions défavorables. En général, les plantes riches en tissus cellulaires ou les parties her- bacées des espèces ligneuses s'enracinent plus facilement que celles dont le bois est ligneux ou dur. Les organes destinés à former une bouture ne doivent pas être rigou- l'eusement munis d'yeux ou bourgeons à. l'état latent. Nous avons l'exemple aujourd'hui qu'on peut employer des parties qui en sont complètement dépourvues, telles que les racines, les feuilles et même de simples frag- ments de feuilles. Dans l'embranchement des Dicotylédones, toutes les parties des végétaux peuvent servir à leur propagation. Ainsi on bouture par racines les Aralia, les Wigandia, les Paulownia, Araucaria et beaucoup d'autres espèces. Quoi- que cette partie du végétal soit dépourvue de nœuds vitaux, elle n'en con- tient pas moins une certaine quantité de sève en réserve, qui, sous l'influence d'une humidité et d'une chaleur convenables, retrouve son énergie vitale, donne naissance à des bourgeons qui se développent sur divers points et forment de nouvelles plantes. (Ces portions de racines, dont le diamètre varie de la grosseur d'un tuyau de plume à celle du petit doigt et longues de quelques centimètres, sont placées horizontalement ou verticalement suivant les espèces, sur couche chaude ou châssis d'une serre à multiplication, etc. Une des con- ditions premières est d'éviter une concentration d'humidité stagnante, qui cause la perte des boutures.) Les Monocotyledonés ne fournissent que très peu de plantes se multipliant par racines; les parties souterraines employées pour beaucoup d'espèces peuvent être considérées comme des rameaux souterrains, l'hizomes, turions dans les Gramineœ, Cyperaceœ, etc.; bulbes ou bulbilles dans quelques — 151 — Dioscoreœ, Aroïdeœ, Liiiaceœ, etc. Ce qui les a tait regarder comme des tiges par les physiologistes, c'est qu'elles sont pourvues d'yeux ou bour- geons {nonids vitaux) plus ou moins nombreux, plus ou moins apparents. On bouture par tronçons de tige, les espèces ligneuses à bois tendre, telles que : les Saiix, les Popuhis, les Platanus, etc. Ce genre de multiplica- tion se fait à air libre et en pleine terre. Dans les Ctjcadeœ, les genres Dion, Cycas, Encephalarlus, etc., se boutu- rent également par portions de tige. On coupe le tronc par rondelles de quelques centimètres d'épaisseur, qui sont placées sur couche chaude. Il se développe à la base des écailles des bourgeons qui à la suite constituent autant d'individus difîerents. Les genres Saccharum, Aruiulo et quelques Bambusa peuvent également se multiplier par tronçons de tiges. On bouture par branches et rameaux en partie tous nos arbres fores- tiers et arbustes d'agrément. (Il y a le bouturage ligneux qui s'emploie le plus communément en plein air et lors du repos de la sève, et le boutu- rage herbacé se pratiquant pour les espèces sous-ligneuses et qui se fait à l'étouffée soit en serre, sous châssis ou sous cloche -à l'aide de la chaleur artificielle.) On bouture par rameaux ou bourgeons herbacés toutes les espèces de serres et de plein air. Le point essentiel à bien observer est la nature du tissu cellulaire pour chaque plante. S'il y a encore des espèces réfractaires, c'est qu'on n'est pas encore arrivé à bien connaître le degré d'état ligneux ofi il faut les saisir, ou à se rendre compte de l'effet que produit la nature de leurs sucs, soit limpide, laiteux ou résineux lors de l'opération. Beaucoup d'espèces dans les Monocotylédonés se multiplient également par bourgeons herbacés. On bouture par feuilles beaucoup d'espèces et le nombre augmente tous les jours. C'est un horticulteur italien qui le premier en a fait l'essai sur l'Oranger, et depuis beaucoup ont tenté et bon nombre ont réussi. (Il est à remarquer que plusieurs émettent des racines et jamais de tiges. Pour- quoi?) 'Une feuille étant détachée du rameau qui la supporte et enterrée jusqu'à la hauteur de son limbe, il se forme à la base du pétiole un amas de tissu cellulaire d'où naissent des radicelles et un bourgeon; tels .sont : les Gloxinia, les Peperonia, les Didymocarpus, etc.; plusieurs espèces de Phyl- lanthus, de Clyanthus, qui ont des feuilles composées, se multiplient par le même procédé, à l'aide de simples folioles. D'autres, comme les Bryophyllum, Rochea, Cotylédon, etc., se propagent par de simples fragments de feuilles; il se développe à la partie enterrée une agglomération d'utricules d'où apparaît bientôt un bourgeon. Dans le genre Bégonia, le phénomène se produit sur les principales nervures. La multiplication par boutons ou yeux a lieu pour bon nombre d'espèces. On sait que chaque œil représente un individu incomplet, il est vrai, mais qui, placé dans de bonnes conditions, ne tarde pas à se développer et à former une nouvelle plante. — 152 — Pour des espèces ligneuses, on opère sur des rameaux variant de gros- seur; on coupe transversalement, un peu en biseau à un centimètre au-dessus et au-dessous de l'œil; ceux-ci, plantés en pleine terre ou en pots et recouverts de trois à quatre centimètres de terre, ne tardent pas à se développer. La Vigne, le Figuier commun se multiplient de cette façon. Chez les végétaux herbacés, tels que Pelargonium, Verbena, etc., on détache l'œil avec la feuille- qui l'accompagne en conservant une portion du tissu cellulaire. Cet organe est traité comme une bouture ordinaire. C'est le moyen de propager rapidement certaines espèces nouvelles. La feuille concourt puissamment à la reprise de la bouture par l'efTet des sucs qu'elle contient et qu'elle élabore; dans ce cas, elle doit être rigou- reusement conservée. On peut conclure de ce simple exposé que les plantes peuvent être considérées comme de simples polypes, que toutes leurs parties : racines, tronc, branches, rameaux, feuilles et même simples fragments de feuilles, peuvent concourir à leur propagation. Mais comment expliquer que ces organes conservateurs peuvent vivre, se développer et former des individus différents? Une partie quelconque d'un végétal quelle qu'elle soit renferme une dose de principe vital suivant l'espèce auquel elle appartient; il manque à ce fragment de plante un organe indispensable sans lequel elle ne peut ni vivre, ni se développer : une racine ou une tige; comme elle tient en réserve une certaine quantité de sève destinée à alimenter le premier développement d'un bourgeon, étant placée sous l'effet d'une température élevée, dans un sol favorable à sa nature, soit ligneuse ou herbacée, la sève qu'elle renferme concourt au développement des feuilles; celles-ci puisent dans l'atmosphère des principes nuti'itifs qu'elles transforment en cambiura organisateur, qui foi'me à la base de la bouture, par suite de son parcourt descendant, un amas de tissus cellulaires, nommé bourrelet. De cette masse spon- gieuse se développent de petits filets sous forme de racines qui s'allon- gent, qui se divisent. Le but qu'on s'était proposé est atteint, la bouture devient un individu parfait, puisqu'elle se compose d'une racine et d'une tige. Madelain, fils. CULTURE DES CHRYSANTHEMES D'AUTOMNE. Ces jolies plantes, derniers ornements de nos automnes à leur déclin, qui nous rattachent aux beaux jours par une chaîne fleurie dont elles sont le dernier anneau, ne reçoivent pas chez nous les soins et les hommages qu'on leur rend en Angleterre. Là, les Chrysanthèmes d'automne ne sont pas délaissées dans un coin sous prétexte que toute culture leur sufiTit et qu'il n'y a pas à s'en occuper. Au contraire, on les cultive comme si elles étaient d'un tempérament délicat, et, reconnaissantes, elles paient l'amateur de leurs plus beaux sourires. Les — 153 — collections de variétés sont très nombreuses; on les classe par groupes de « grandes fleurs, moyennes, pompons et chinoises ou japonaises. » Elles sont l'objet d'expositions spéciales à l'automne. Nous en avons vu, à Londres et à Liverpool, qui valaient bien une visite tout exprès et dont l'éclat était resplendissant. Certaines conditions sont requises pour les plantes exposées. D'abord, et avant tout, elles doivent être formées de boutures de l'année. Puis, pour éviter que les potées fleuries ne soient l'eff^et de la réunion de plusieurs tiges rassemblées et mélangées avec art, on exige que toute la charpente de la plante soit supportée^ur un seul pied, élevé de un ou deux pouces (0'",025 à 0'",050) au-dessus de la terre du pot. Ajoutons que ces pots doivent être aussi petits que possible et que leur diamètre peut être fixé par le pro- gramme des concours ouverts. A Jersey et à Guernesey, plusieurs horticulteurs ne dédaignent pas de développer cette culture. L'un d'eux, M. Langlois, de Jersey, nous a montré de superbes plantes qui eussent fait honneur aux habiles de la mère patrie. La culture qu'il emploie est fort simple et cependant nous devons en dire les éléments principaux, afin d'engager nos lecteurs à la tenter. Bouturage aussitôt que la floraison est passée, vers le mois de décembre, sur les rejetons que montre alors la plante à son pied. Rempotages au printemps de plus en plus fréquents à mesure que la plante se développe et pincements répétés pour la maintenir courte. Terreau de feuilles consommé, auquel on ajoute de la bouse de vache et du fumier de mouton. En cultivant ainsi les plantes dehors tout l'été, en plein air, et les rentrant en serre quand elles commencent à boutonner, on aura une splendide floraison, que l'on prolongera du 15 octobre au 15 décembre, suivant la chaleur que l'on distribuera et le plus ou moins de précocité des variétés. Nous ne pouvons donner ici la liste des plus belles variétés anglaises ou autres. Mais ils les trouveront facilement dans les bons établissements qui se préoccupent des collections épurées et des nouveautés. L'Illustration horticole a plusieurs fois déjà publié les portraits des meil- leures nouveautés de variétés pompons. En y ajoutant les moyennes fleurs d'origine anglaise, si pures de forme et si vives de coloris, on obtiendra un efl'et de floriculture automnale qui récompensera largement tout amateur. Ed. a. CLASSIFICATION DES SERRES. Monsieur le Rédacteur, Chaque fois que j'en ai trouvé l'occasion — au Congrès de Botanique et d'Horticulture de Bruxelles en 1865, dans mon Traité des Plantes de Serre, etc., —je me suis efforcé de faire comprendre combien était préju- diciable à la saine pratique de l'horticulture le vague qui règne toujours dans certaines notions essentielles. Permettez-moi de mettre aujourd'hui sous votre égide de nouvelles observations dans le même sens. — 154 — Qu'est-ce quune serre chaude, ou tempérée, ou froide? Posez cette question à dix personnes, et vous aurez autant de réponses différentes. Cherchez en la solution chez les savants, dans les livres, dans les journaux spéciaux, vous les trouverez également en désaccord. Il en sera ainsi aussi longtemps que Ton ne se sera pas entendu sur l'exacte valeur des mots; aussi longtemps que l'on continuera à les employer sans en avoir préala- blement fixé la signification précise. Ne faisons point de tliéorie, laissons seulement parler les faits. Celui qui, sans études préalables, devient possesseur d'une serre, com- mence presque toujours par y introduire pêle-mêle des plantes de tous les climats. C'est la mort qui met peu à peu de l'ordre dans ses notions. Mais si, arrivé à ce premier doute, qui est le commencement de la sagesse, il veut s'éviter de nouveaux mécomptes, savoir, par exemple, quelle tempé- rature il doit donner à sa serre, quel est le degré le plus bas ju.squ'où elle pourra descendre et quelles seront au juste les plantes auxquelles cette serre conviendra, il ne tardera pas à se trouver dans un dédale d'incerti- tudes et de contradictions. Et nous-mêmes, après de longues années d'études et de pratique, sommes-nous toujours certains de comprendre et d'être compris? Nous recevons une plante nouvelle ou peu connue; il nous faut savoir quel traitement elle requiert; tout au moins quelle chaleur minima elle pourra supporter sans dommage; en un mot, dans quelle serre elle devra être cultivée. On nous répond, suivant les cas : en serre chaude ou tem- pérée; en serre froide ou en orangerie. Fort bien! nous parlons tous la même langue, mais les mots de cette langue ne nous disent pas à tous la même chose. Il est certain que beaucoup de plantes de l'Indoustan, des Iles de la Sonde, de l'Afrique équatoriale, etc., souffrent quand on les laisse, en hiver, dans une température inférieure à 18° cent. Ce sont là, dans le langage ordinaire, des plantes de serre chaude. D'autres, de régions un peu plus éloignées de l'équateur, de l'Amérique équinoxiale, etc., etc., se con- tentent d'un minimum de chaleur de 15°. Quelle serre leur assigne-t-on? Encore la serre chaude. Si l'on s'écarte de quelques degrés de plus vers les tropiques, ou si l'on s'élève d'un millier de mètres au-dessus de l'Océan, on trouve une autre végétation qui supporte, sans dommage aucun, un abaissement à 12°. Où tiendrons-nous celle-là? En serre chaude toujours, selon les uns, en serre tempérée suivant d'autres. Le désaccord ne porte pas sur le traitement qui convient à ces plantes, mais sur le terme par lequel on le désigne. Il faudrait cependant s'entendre. Les plantes des Indes orientales ne supportent dans nos cultures ni 12°, ni même 15°. Celles des régions plus tempérées végéteront à contretemps et mal sous un minimum de 18°. Il faut éviter, autant qu'on le peut, de les faire vivre ensemble. Il n'est nullement indifférent, d'ailleurs, d'avoir à chauffer sa serre jusqu'à 6° de plus ou de raoin-s. L'expression de serre chaude n'a donc pas de sens précis, et, appliquée comme on le fait vulgairement, elle est une source d'erreurs. Pour y — 155 — échapper, on désigne quelquefois sous le nom de haute serre ehaude, celle qui est réservée aux Orchidées indiennes et à quelques autres plantes des mêmes climats. On emploie encore parfois la dénomination de serre à Orchidées, pour désigner la serre la plus chaude et la plus humide. Il faut renoncer à cette expression, maintenant que l'on cultive la plupart des Orchidées en serre chaude ordinaire, en serre tempérée et même froide, suivant leur origine-. Il règne une confusion plus singulière et plus préjudiciable encore à propos de la serre tempérée. Il y a d'abord de vieux jardiniers pour qui elle n'existe pas : nous n'avons point à discuter avec ceux-là. Pour quelques-uns cette dénomination s'applique déjà aux serres que l'on tient au minimum de 15° ou un peu plus bas; de mieux informés admettent, pour la serre tem- pérée le minimum de 12°, de 10° et même de 8°. Tous ont raison, chacun à leur point de vue, mais pourquoi le même mot signifie-t-il tant de choses différentes ? L'échelle des tempéraments et des besoins, chez les végétaux, forme une chaîne non interrompue ; chacun des niinima de chaleur indiqués convient à un certain nombre et non à tous. La distinctio,n, sans doute, n'est point facile et il nous reste là-dessus bien des choses à apprendre ; ce n'est certainement pas une raison pour demeurer, de parti pris, dans cette tour de Babel. Tandis que la serre tempérée n'existe pas pour certains praticiens, d'autres en font un synonyme de serre froide. Les cultivateurs du siècle der- nier ne connaissaient guères que la serre chaude et l'orangerie. Celle-ci devenait serre tempérée quand on l'éclairait par le haut. Il ne faut pas remonter à un demi-siècle pour trouver dans les catalogues du commerce et ailleurs toutes les plantes rangées dans ces trois catégories : 1° pleine terre, 2° serre tempérée ou orangerie, 3° serre chaude. Mais les plantes de l'Australie, du Cap et qui végètent et fleurissent en hiver avec beaucoup de lumière et d'air et très peu de chaleur, ne peu- vent passer cette saison dans une orangerie, simple remise à plantes. La dénomination de serre froide a prévalu presque partout; mais par suite d'une vieille habitude, on dit encore çà et là serre tempérée pour serre froide, de sorte que quand la première dénomination s'emploie dans un livre, on n'est jamais bien sur de ce que l'auteur veut dire. On ne serait pas embarrassé non plus de trouver encore des catalogues-marchands avec la vieille et absurde synonymie : Serre tempérée ou orangerie. Si je ne pouvais que faire toucher la plaie du doigt, je croirais déjà avoir rendu un service, mais le remède existe, il n'y a rien à créer ni à innover. Il suffit que tous ceux qui écrivent ou qui cataloguent s'im- posent la loi de donner aux mots connus et déjà usités une valeur fixe et invariable. Cette valeur est résumée depuis longtemps comme suit : 1. Haute serre chaude, température minimum 18° centigr. 2. Serre chaude, » 15° '> 3. Serre chaude-tempérée, » 12° " 4. Serre tempérée, « 8° » 5. Serre tempérée-froide, » 0° » 6. Serre froide, » 3° » — 156 - Cette classification ne fùt-elle pas irréprochable quon devrait l'adopter telle quelle, l'important étant uniquement de se comprendre. Je sais parfaitement qu'on ne peut pas toujours assigner rigoureuse- ment une place dans ces six classes à toute plante vieille ou nouvelle. Nous avons encore bien des choses à apprendre; soit! mais si, en l'ab- sence de notions précises, on se sert comme approximation des mots serre chaude ou tempérée ou froide, qu'il soit bien entendu que ce ne sont plus là des choses indéterminées, mais la serre N° 2, N° 4 ou N" 6, avec leurs minima de température de 15, de 8 ou de 3 degrés. Quand on serait suffisamment renseigné, on spécifierait davantage. Rien de plus élémentaire, comme on le voit ; il suffit de s'entendre. J'insiste vivement auprès de tous ceux que la chose concerne pour qu'ils adoptent invariablement cette précision de langage, qui donnera une clarté nouvelle à leurs enseignements. Agréez, Monsieur, etc. P. E. De Puydt. QUELQUES PLANTES RARES. Simaba Cedron. — M. J. Linden a reçu l'année dernière un envoi de graines de cette précieuse plante, qui jouit de la plus grande et la plus juste réputation dans la Colombie et les Etats voisins, comme fébrifuge et antidote contre la morsure des serpents venimeux. Ces graines, elliptico- irrégulières ou obovales bossuées, avaient 8 centimètres dans leur plus grand diamètre et 5 sur le plus petit. Elles ont produit de jeunes plantes d'un très beau port dressé, qui ont atteint 70 à 80 centimètres de haut en quelques mois et portent, sur leurs tiges vernies couleur d'acajou, de belles feuilles luisantes paripennées, parfois avec impaire, à 3 ou 4 paires de folioles lancéolées aiguës, à court pédicelle et d'un olive pourpré dessous avec nervures saillantes. Les Indiens de la Nouvelle-Grenade portent toujours sur eux une graine de Cedron, qu'ils emploient contre les fièvres paludéennes et même pernicieuses. Sont-ils mordus par un serpent, ils en râpent un peu avec leur couteau, délayent cette poudre dans un peu d'eau-de-vie, dont ils boivent une partie et emploient le reste à faire des lotions sur la blessure. Nous reviendrons sur cette curieuse Simaroubée et nous publions plus loin un dessin et une description détaillée de l'espèce. Nous voulions attirer aujourd'hui l'attention sur son introduction à l'état vivant. Gunnera manicata, Linden. — Voici la description de cette magni- fique espèce introduite par M. J. Linden, de la Nouvelle-Grenade, il y a bientôt dix ans, et sur laquelle rien n'a été publié jusqu'ici, bien qu'elle ait fleuri et produit des spécimens d'un admirable développement foliaire. Acaule; souche épaisse, rampante; feuilles gigantesques, sortant d'une épaisse fourrure de bractées enveloppantes, nervées de vert, blanc et rose, déchiquetée comme la chicorée de nos potagers, et dont l'ensemble forme aux — 157 — pétioles des manchettes (d'où IVpithôte manicata) touffues et très élégantes. Pétioles robustes, haut de l'",60 et plus, renflés à la base, couverts d'aiguil- lons courts ovales aigus charnus à pointe courte, rose puis noire; limbe orbiculaire, pelté, de l™ et plus de diamètre, pédatif'orme, très grossière- ment lobé-denté, à dents minuscules, filiformes; cinq principales nervures très sailjantes en dessous et couvertes d'aiguillons comme le pétiole,- enfon- cées dessus et blanches, roses au départ et formant un vaste sinus arrondi à la jonction avec le pétiole ; surface supérieure du limbe chagrinée, réti- culée, rugueuse, finement nervée de blanc par transparence, face inférieure couverte de filaments mous, feutrés, appliqués, roses. Vaste panicule, florale, conique, sortant d'entre les feuilles, pédonculées, décomposées en épis latéraux simples, accompagnés de longues bradées filiformes; fleurs.... et fruits....? Nous compléterons cette description dès que la plante aura refleuri; l'inflorescence que nous avons observée étant depuis longtemps passée. Nous avons cultivé, il y a déjà longtemps, cette belle espèce en plein air l'été, à l'établissement de la Muette, à Paris, lorsque nous le dirigions. Nous tenions notre exemplaire de la munificence de M. Linden, qui en possède de jeunes aujourd'hui à nouveau. Cypripedium Irapeanum. — Il existe à York (Angleterre) un établis- sement célèbre pour les curiosités végétales qu'il renferme, surtout en plantes alpines. Fougères et plantes vivantes d'intérêt botanique. C'est celui de MM. Backhouse, que nous avons visité il y a quelques années avec le plus vif intérêt. Il vient d'y fleurir une Orchidée terrestre charmante, de serre tempérée, le Cypripedium Irapeanum, du Mexique, qui a été plusieurs fois déjà introduite par M. J. Linden, sans qu'on ait pu la conserver vivante longtemps. Avis aux collectionneurs et aux cultivateurs émérites, qui trouveront là à exercer dignement leur habileté culturale. Le même établissement cultive avec le plus grand succès ces délicieuses petites Fougères de la tribu des Trichomanes ; et on y peut trouver mainte- nant les T. superbum et T. satigerum, de Bornéo, ainsi que les ravissants T. pluma et capillaceum. Une autre plante extraordinaire, le Lewisia rediviva, de même que VAdonis pyrenaica, à fleurs plus grandes que celles de 1'^. vernalis, l'Aqui- legia leptoceras aurea (Ancolie dorée), les Calochortus cœrulea, Cydobothra pulchella, charmantes plantes bulbeuses de Californie, peuvent encore être cités parmi les curiosités hors lignes de cet établissement en 1873. Saxifraga nepalensis. — A l'Exposition du 11 juin dernier, tenue par la .Société royale Botanique de Londres, M. Parker avait exhibé nn magnifique Saxifrage venu du Népaul. Plante à forte végétation, avec de longues feuilles argentées comme le 5. longifolia, elle remplissait un grand pot de sa large rosette, surmontée d'une vaste pyramide de fleurs depuis la base jusqu'au sommet. Cette belle espèce peut rivaliser avec l'ancien S. cotylédon, et c'est une belle acquisition pour nos jardins. Pentstemon Lobbi, Hort. Angl. ; Lepidostemon pentstemonmdes, Ch. L. — Plante intéressante qui tranche sur les autres espèces du genre, en ce que ses fleurs sont jaunes. De plus, l'étamine stérile est barbue à son — 158 — sommet, ce qui lui a valu de M. Lemaire le nom de Lepidostemou . Ces caractères seraient suffisants pour former, sinon un genre nouveau, mais au moins une section dans le genre Penislemon. Cette espèce, comme toutes ses sœurs, est vivace, à la condition qu'on les abrite l'hiver. Les rameaux sont dressés et la plante forme touffe facilement; elle atteint de trente à cinquante centimètres. La corolle est courte et jaune orangé, légèrement striée de rouge à la partie supérieure. Les étaraines ont les filets jaunes, et les anthères pourpres. La multiplication du P. Lohbi ne diffère pas du mode de reproduction des autres espèces. La reprise par boutures est facile et peut se faire en toute saison. Les .semis se font en juillet, puis on repique le plant en pots, pour faire hiverner en serre froide ou sous châssis. Les sols compactes lui sont défavorables. Un terrain frais et léger lui convient parfaitement. Selago Gilli, Hook.; S. myrtifulia, Rchb.; .S. polygaloïdes, Sieb. {Bot. Mag. 3028, et Bot. Reg. 1504). — Le genre Sehujo, fait par Linné, est le type d'une petite famille proposée par A. L. de Jussieu en 1806. Autrefois il faisait partie de la famille des Verbénacées et se distinguait à peine du genre Lippia. Mais la graine notamment présente des caractères signalés par Gaertner et qui légitiment l'autonomie de cette petite famille des Selaginées. Toutes les espèces de cette famille sont du Cap de Bonne- Espérance, et le genre Selago se partage avec le genre HebenslreUia la place dans les jardins et les serres. Le S. Gilli a le port et l'inflorescence du Daphne Dauphin. C'est un arbrisseau rameux à rameaux pubescents, à feuilles étroites lancéolées et in.sensiblement atténuées aux extrémités. Les fleurs sont en ombelle ; leur caljce est pubescent et à trois divisions inégales; la corolle purpurine est monopétale, tubuleuse, et les cinq divisions limbaires sont étalées et linéaires; les quatre étamines sont didynames et unilobées; les deux anté- rieures seulement sont exsertes; le style est filiforme et surmonte un ovaire biloculaire, renfermant dans chaque loge un seul ovule ; les deux achaines que forment le fruit renferment deux graines albumineuses. Cette plante a été découverte par le D'' Gill, qui l'a fait parvenir au D'' Beck du Jardin botanique de Glascow. — La multiplication par boutures est facile. C'est une jolie plante qui réclame la serre tempérée et bien aérée en hiver; elle fleurit à cette époque et se cultive avantageusement en bor- dure pendant l'été en Angleterre toutefois. Le nom de Selago, d'après Pline, serait originaire du celtique sel = vue, etjacli = salutaire. Le Selago était, paraît-il, estimé des Celtes pour guérir les maladies d'yeux. On ne sait pourquoi Linné a choisi ce nom, les plantes qui le portent ne sont pas, qu'on sache, réputées pour les afiéctions dont il s'agit. Si nous rappelons aujourd'hui l'attention sur cette charmante plante de serre froide, c'est qu'elle disparaît de plus en plus des collections et que nous venons de la revoir, avec une vive satisfaction, très bien cultivée et couverte de fleurs chez M. Cli. Saunders, horticulteur, à S'-Helier, île de Jersey. '' Ed. a. — 159 — LE CÉDRON. QuASSiA (Aruba) Cedron, H. Bii. — Simaba Cedruii, Plancli. Le Cédron est le nom indigène du fruit d'un arbre de la Colombie, des régions chaudes du Rio Magdalena. Cet arbre, de moyenne taille, ne se ramifie pas, ou peu, et présente un peu l'aspect des Fougères arborescentes. Il porte à son sommet des feuilles composées, longues de 30 ù 50 centi- mètres, à folioles opposées. Les fleurs, jaunes pâles, sont en grappes à l'aisselle des feuilles et construites sur le type quinaire; elles ont dix étamines, dont cinq plus courtes. Des cinq carpelles, entrant dans la composition de l'ovaire, il n'en reste habituellement qu'un seul fertile, lequel devient un fruit (baie) à peine charnu et contenant dans son inté- rieur un gros embryon, qui occupe toute la cavité du fruit. Bientôt ce fruit sèche, l'embryon se rétracte, et on peut alors constater sa présence en l'agitant dans la coque du carpelle. C'est dans cet état, ou dépourvu de la coque, que ce produit arrive dans le commerce. — Il a été rapporté de merveilleux récits des flibustiers de la fin du XVII" siècle de cette partie de l'Amérique, relativement au Cédron, et c'est probablement à eux qu'on doit la cherté de cette graine, puisque dans les catalogues commerciaux le Cédron sans coque est encore coté 50 fr. le kilogr. Cependant M. Triana, dans un article ajouté à la description de cette plante, dans le Prodomus Novœ-Gvanateusis, pense que sa culture serait facile dans toutes les con- trées environnantes de cette partie du Tropique. " Un climat chaud et humide, un sol humide et protégé par les grandes forêts " sont les condi- tions nécessaires. Les propriétés du Cédron sont un excellent tonique amer. Il a été long- temps et est encore de nos jours préconisé contre la morsure venimeuse des serpents. Beaucoup de plantes ont partagé cette réputation, mais celle-ci semble en avoir conservé le mérite. On emploie à cet eff'et la rapure de l'amande, qui est formée de deux gros cotylédons; une pincée est mêlée à un petit verre d'eau-de-vie, qu'on avale, puis on applique un peu de cette teinture alcoolique sur la morsure, <• en répétant l'opération jusqu'à ce que le danger ait disparu. " On a cherché à comparer le Cédron au Quinquina, mais il est bien constaté maintenant qu'il n'agit dans les fièvres paludéennes, par exemple, que comme les autres amers de la famille des Simaroubées, à laquelle appartient le Cédron. — Dans les livres de thérapeutique et de matière médicale, on indique que le principe amer des cotylédons du S. Cedron a été obtenu cristallisé, et M. Lévy, dans une communication à l'Académie des Sciences en 1851, prétendait avoir obtenu la cédrine, en traitant le produit par l'éther, puis par l'alcool. M. Cloez, répétiteur à l'Ecole poly- technique, a entrepris l'analyse du Cédron, sans pouvoir y saisir la cédrine qu'avait annoncée M. Lévy. Le nom de Simaba Cedron avait été appliqué par M. Planchon, qui avait donné la description de la plante en 1849, sur un échantillon recueilli par Purdie à la Nouvelle-Grenade. M. Bâillon croit devoir, dans son Histoire — IGO - des Plantes, t. IV, rapporter le Cédron au genre Quassia, autre genre bien connu sous ce nom pour fournir un tonique amer, très employé en médecine. J. Fish. NOTES SUR L'HORTICULTURE D'ORNEMENT. Pyrethrum Tchihatchewi, Boiss. — Ce Pyrôthre est une précieuse Composée, dont on a parlé il y a quelques années (Voj. B. Verlot, Rev. Horl. 1868). Il a été trouvé par M. Tchiliatcheff', dans ses voyages en Cliine mineure, puis envoyé à M. lioissier, de Genève, qui l'a dédié au célèbre voyageur-naturaliste russe. Des graines ont été envoyées au Muséum par MM. Boissier et Reuter, et de là la plante s'est promptement répandue, grâce à sa facilité de multiplication. Ce Pyrellirum rappelle un peu parle port une Camomille. Les feuilles sont finement découpées et d'un beau vert brillant, même en hiver! Les fleurs sont en capitules et ressemblent assez il la Pâquerette. Mais le vrai mérite de cette introduction consiste dans la facilité et la rapidité avec lesquelles cette plante développe de nombreuses ramifications, qui s'enracinent immédiatement, et font cette Composée émi- nemment ganonnante. L'emploi en a été fait à dessein au Muséum, dans des conditions très mauvaises, en vue de regarnir des déclivités dénudées de terrain sec et graveleux, où le gazon ne pouvait se maintenir. Quoique dans la plus déplorable situation, la plante a persisté et s'est même étendue. Le P. Tchihaldu'wi est vivace, rustique, propre aux bordures et se multiplie de graines, mais mieux par séparation des souches et stolons enracinés, qui au bout de peu de temps sont de forts pieds. J'ai vu ce Pyrètiire l'aire merveille chez M. le O" d'Epremesnil, au châ- teau de Croissy, près Chaton, l'année dernière; il croissait avec vigueur dans un terrain sablonneux et maigre. M. Verlot prépare une note nouvelle sur le P. Tchihatchewi, relativement aux formes diverses qu'il a prises dans les cultures, et qui lui ont présenté de curieuses observations à relever. Poisson. Les gazons de Convallaria japonica. — Dans un récent voyage que nous avons fait dans le midi de l'Europe, en Italie, principalement à Venise et au lac Majeur, nous avons été frappé de voir, en pleine saison sèche, quand tous les gazons ressemblent à des paillassons, des pelouses parfaitement vertes dans plusieurs propriétés. Vérification faite, nous avons pu reconnaître que ces tapis verts se composaient, non pas de Graminées, mais d'une Asparaginée japonaise qui n'est autre que le Convallaria japonica. Dans le magnifiiiue jardin du comte Papadopoli surtout, à Venise, ces pelouses en Muguet du Japon étaient dune beauté remarquable. Nous recommandons cette espèce pour les janliiis du midi, où la verdure estivale est un mythe. On obtiendrait ainsi des gazons d'un vert intense, qui, comme les pelouses de Junipenii sabina d'Odessa, que cite M. Ed. André dans son Mois en Russie, rendraient de grands services aux jardins rôtis par le soleil caniculaire. J. Linde.n. - ICI - CHRONIQUE HORTICOLE. Septembre 1873. Exposition internationale de Florence. — Nous venons de rece- voir de M. le prolesseur Parlatore, de Florence, le savant botaniste si connu par ses travaux sur la Flore d'Italie et sa monographie remarquable des Conifères dans le DC. Prodromus, l'annonce qu'une grande Exposition internationale d'horticulture aura lieu à Florence du 11 au 25 mai 1874. La capitale de la Toscane, la ville des fleurs, veut avoir son tour dans le cycle des exhibitions et des congrès qui se sont organisés dan.s les grandes villes de l'Europe depuis une dizaine d'années. Le programme, que nous venons de recevoir, contient les promesses les plus séduisantes et ne comprend pas moins de 248 concours. Nous y avons relevé des dispositions nouvelles ou peu imitées dans les tournois scientifiques de ce genre. Citons entre autres : Concours pour les Terreaux et Engrais analysés chimiquement, dont l'emploi dans les différentes cultures des jardins soit démontré le plus avantageux. Concours pour la plus riche et la plus importante collection de Troncs ou tiges à structure anormale appartenant aux plantes grimpantes et particuliè- rement de la zone tropicale. Six concours pour les plus belles et plus fidèles reproductions de fleurs, fruits ou plantes en Dessin . Photographie. Aquarelle. Chromolithographie. Peinture à la détrempe. Peinture à l'huile. Concours pour le plus remarquable assortiment d'Essences de Cédrat, Fleur d'Oranger, Bergamotte, Rose et Jasmin. Concours pour essences variées pour la parfumerie. Concours pour la plus remarquable collection de fruits secs. Concours pour les plus belles gousses de Vanille obtenues en serre. 4 Concours pour les Hespéridées en 200, 20, 15 et 10 variétés distinctes. Concours pour collection d'Essences d'arbres forestiers. Et une foule d'autres concours limités à des espèces déterminées et remarquables, qu'on ne spécifie pas d'ordinaire dans les programmes d'Expositions. Les récompenses consisteront en 100 médailles d'or, 221 d'argent, 131 de bronze, des prix spéciaux pour les jardiniers et cinq grands prix d'honneur du roi d'Italie, du ministère de l'agriculture, des dames patronesses, de la province et de la ville de Florence, sans oublier deux médailles de cinq cents francs chacune, offertes par le prince Paul Demidoff, et une autre par M. Parlatore, pour la plus belle collection de Nepenthes. TOME XX. — SEPT. 187Ô. — 162 — Sous la haute direction du professeur Parlatore, président de la Société royale toscane d'horticulture, de grands noms de l'Italie se sont mis à la tête de l'Exposition et du Congrès. Nous publierons le mois prochain le programme des questions proposées à l'étude des membres du Congrès, auxquels il est fait un chaleureux appel. M. le professeur Targioni-Tozetti en est le secrétaire. On peut dès à présent adresser les demandes d'admission, de program- mes et les communications diverses à M. le professeur Parlatore, au Jardin botanique, à Florence. Cette solennité pleine d'attraits est digne de toutes les sympathies. Nous savons de source certaine que l'Italie fera grandement les choses (une fois de plus fara da se) et que de véritables surprises attendront les excursion- nistes désireux de se rendre à l'Exposition. Nous aurons d'ailleurs très prochainement l'occasion d'aller à Florence, d'où nous ferons tenir à nos lecteurs les renseignements nouveaux que nous aurons recueillis de la bouche de M. Parlatore lui-même. Exposition à Mayence. — De son côté, l'antique ville forte des bords du Rhin nous promet une grande Exposition horticole pour le prin- temps prochain. Elle se tiendra dans le marché aux fruits, du 4 au 14 avril, et comprendra les fleurs, bouquets, légumes, fruits de saison, plans et ustensiles de jardins. Adresser les demandes ainsi : der Vorstand des Gar- tenbau-Vereins zu Maim. Lettre de M. Lafon sur ses cultures. — Nous avons déjà, à plusieurs reprises, appelé l'attention de nos lecteurs sur les remarquables cultures que M. E. Lafon a instituées à S'^-Croix-du-Mont, près de Bor- deaux, pour les arbres à fruits des tropiques. Les résultats continuent à être des plus curieux, malgré un certain nombre de déceptions qui n'em- pêchent point M. Lafon de continuer ses essais avec grande persévérance. Ainsi, la fructification des Papayers (Carica papaya, C. gracilis et autres), des Goyaviers (Psidium piri[erum , P. pomifenim , P. Cattleijaiium) , des Orangers, Mandariniers, du Glycosmis trifoliata, des Averrhoa, des Kakis, etc., etc., est depuis longtemps annuelle et régulière chez M. Lafon. Nous avons pu admirer toutes ces cultures et nous ne saurions trop revenir sur leur compte en encourageant des essais analogues. C'est en spécialisant l'horticulture qu'on augmentera la perfection relative à laquelle doivent tendre tous les efforts des cultivateurs sérieux et progressistes. Nous en avons à chaque pas des exemples. M. Souchet pour les Glaïeuls, M. Truf- fant pour les Reines-Marguerites, les Lhérault pour les Asperges, M. Année pour les Canna, ne sont-ils pas, entre mille, la preuve de ce que peut la persévérance intelligente et la sélection bien comprise? 11 y a donc un grand, un immense intérêt, non pas à encourager le pro- priétaire qui occupe trente jardiniers à lui cultiver trente mille Géraniums et six mille Azalées, qui met tout son bonheur dans la contemplation super- ficielle de plaques de fleurs décoratives, mais à aider de la voix et du geste, à imiter surtout, l'amateur véritable qui aura fait avancer d'un pas la perfection de la culture, l'introduction des plantes nouvelles, ou la créa- lion de formes perfectionnées dans les fruits ou dans les fleurs. — 163 - La lettre suivante, de M. E. Lafon, est donc la bienvenue. Nous y voyons que malgré des insuccès partiels et des ciinditions peu faciles, cet amateur zélé continue sou œuvre avec ardeur et qu'il obtient de temps à autre de précieux résultats. Nous lui souhaitons donc courage et nous savons qu'il n"en est pas besoin; mais nous accueillerons toujours avec reconnaissance ses communications sur cet objet attachant. Bordeaux, Septeml)re 187.3. Cher Monsieur, Mes (Ultuies se sont enrichies de VEuphorki Li-hhi, du Carica niiruiiliacu, de XXnona palK.itris, mais je commence à être très embarrassé par leur dévelo[)penient. Mes plantes ont poussé tellement que je ne sais plus comment faire. Je suis obligé de tailler toutes ces plantes qui finiront peut-être par périr. Mes Clusia ont fleuri et fructifié. Un Imbricaria coriacea est couvert de fruits. Tous mes Pnpinja en sont aussi chargés. Mes A)io)ici ont fleuri toute l'année mais sans succès. Mes Manguiers aussi, mais les Mangues nouées et déjà grosses comme des Abricots seul tombées. Mes Bambous sont magnifiques. J'ai un Musa Enselc qui mesure ô'»78 de tour au tronc. Il a passé l'hiver dehors abrité et je pense qu'il fructifiera l'an prochain. Il a été abrité par une cabane vitrée et chauflé par mes Ihermosiphons. Nos Vignes gelées au commencement ont repoussé sans raisins. La maturité des quelques raisins qui restent est retardée d'un mois. La pluie qui tombe depuis IS jours pourrit tout. Etc., Ole Votre tout dévoué, J. E. Lafon. Publication de la Flora brasiliensis. — Ce livre grandiose, commencé par Von Martius, sous le haut patronage de l'Empereur du Brésil, continué par une légion de botanistes érudits, dirigés par M. Eich- 1er, de Munich, paraît à des intervalles rapprochés, en fascicules qui sont de remarquables monographies pour la plupart. Les fascicules 60 et 61 contiennent les Olacinées, Icacinacées, Zjgophjllées, familles traitées par M. Engler, et les Phjllanthées et Crotonées (deux tribus des Euphor- biacées), rédigées par M. J. Millier, de Genève. L'assemblage de ces familles, dont le texte et les planches magnifiques sont imprimés en format grand in-folio, formera la plus splendide flore régionale qui ait jamais été publiée. Exposition de Lyon. — Nous avons annoncé, l'année dernière, qu'une large fraction de la population horticole lyonnaise avait fondé une association nouvelle, le Cercle horticole lijonnnis, dont la vitalité s'était immédiatement affirmée par quelques actes indiquant un véritable amour du progrès, scientifique et cultural. La Société n'a pas arrêté le mouvement ascensionnel qu'elle indiquait à son début. Elle a ouvert ce mois-ci, au parc de la Tête d'or, à Lyon, une Exposition, dont un correspondant nous parle comme d'un succès complet, ■yingt concours, un nombre considérable d'exposants qui se sont disputé et partagé 80 médailles et 26. mentions honorables, en sont un frappant témoignage. On a surtout beaucoup remarqué les plantes de serre de M. Liabaud, le Bouleau blanc fastigié de M. Métrai, les Cactées de — 164 — M. Torteroto, les arbres verts de M. Jacquier, et de superbes raisins de M. Pulliat. Le botaniste distingué qui préside la Société, M. Faivre, a reconnu ce premier succès dans son discours, à la distribution des récompenses. Nous regrettons toutefois que l'union qui a donné ces résultats ne soit pas sans mélange. Voici pourquoi ; Lettre de M. Sisley; sa démission. — iM. J. Sisley était le secré- taire-général du Cercle. On peut dire même qu'il en était le Deus ex machina, et que la réussite était en grande partie son œuvre. Un peu avant l'Expo- sition, il demanda qu'on introduisit au programme une clause exigeant une culture de .six mois au moins par l'exposant d'une plante quelconque. Le Conseil d'Administration refusa; M. Sisley donna sa démission. ■Voici la lettre qu'il nous écrit pour motiver cet acte : Lyon, le 1" Septeniliic I87Ô. A M. Ed. A.ndré, rt-daclcui' en cliel de ['lllusti-utiun liorlicolc. Cher Monsieur, Je vous prié de vouloir bien annoncer à vos Iccicurs. c|ue j'ai donné ma domissiou de Seerélaire-général du Cercle liorlieole lyonnais. Je me doi.s à nioi-mènie, je doi,s ;i mes amis de la presse liorlieole et aux nombreux liorli- eulleurs et amateurs qui m'honorent, par les relations amicales ipiils enirclieiment avec moi, do dire les motifs de ma résolution. Un dillérend de peu d'importance selon qucUiues-uns et de la plus «rave selon moi, s'est élevé lors de la discussion du prof;ranuiie de notre ICxposilion. J'ai défendu avec ardeur le principe que rml ne |iouvait et ne devait eoneoiirir pour un prix avec des plantes qu'il n'avait pas cultivées. J'ai soutenu et je maintiens que le travail seul doit être récompensé dans les concours. La majorité n'a pas été de cet avis. Je dois m'incliner, mais je dois protester publiquement et me retirer, pour ne pas sanctionner par ma présence ce que j'ai qualifié de fraude horticole. Comme Secrétaire-général du Orcle horticole lyonnais, j'espi-rais par mes nombreuses relations en Europe et en Amérique, servir l'art horticole et les horlieuUenrs. Ma retraite ne me lait pas renoncer à cet espoir; car, je continuerai comme amateur à mettre au service de l'horticulture le peu d'énergie ijui me reste au déclin de la vie, et je répondrai avec empresseinciil à tous les appels qui seront faits ii mon dévouement. Agréez, Monsieur le rédacteur en chef, l'assurance de mes meilleurs sentiments. JkaN SlSLEV. Plus net à cet égard que plusieurs dé nos confrères de la presse horticole qui auraient pu se prononcer en de semblables cas, nous nous rangeons complètement du côté de M. Sisley. Ses adversaires se retranchent derrière des nécessités de commerce et ont peur, disent-ils, d'entraver le bon vou- loir des exposants, en leur refusant de parfaire leur exposition par des achats. Mais nous trouvons qu'il y a là un véritable abus d'argumentation spécieuse, et que fraude horticole est un mot qui n'a rien de trop pour flétrir l'action qui consiste à exposer comme venant de soi des produits achetés la veille chez le voisin. La protestation de M. Sisley n'c t, pas isolée. Déjà, un horticulteur émérite de la Grande Bi^etagne, M. William Paul, avait publié dans le Journal of Horticulture un très bon article, où il dénon(;ait à ses pairs et — 165 — au public cette déplorable tolérance, contre laquelle tout honnête culti- vateur devrait protester. Nous espérons bien que le bon sens des horti- culteurs en fera justice et qu'ils comprendront que le mensonge est la source du discrédit et de la ruine des établissements sérieux. Nouvelle plante textile. — M. Roezl, l'intrépide voyageur-collec- teur de plantes dont nous enregistrons souvent ici les belles découvertes expédiées à M. Linden, a communiqué au Gardeners Chronicle une notice sur un nouveau textile qu'il a récemment envoyé des monts Alleghanys en Allemagne. Les hivers de notre Europe moyenne ne détruiront pas cette plante, qui est vivace et de la famille des Urticées. Son nom est Laportea insignis. M. Asa Gray avait déjà parlé de cette espèce comme introduite en Angleterre et en Irlande par M. Whitlow, il y a une cinquantaine d'années, mais il ne parait pas qu'elle se soit beaucoup répandue depuis cette époque déjà éloignée. M. de MtiUer et le Jardin botanique de Melbourne. — Nous avons été informé par son ami M, Ramel et plus tard par les journaux anglais, que M. le baron Ferd. de Millier avait quitté la direction du Jardin botanique de Melbourne, pour occuper d'autres fonctions. En effet, ce magnifique jardin, où le savant auteur des Fragmenta phytograplnœ mis- traliœ avait réuni tous les trésors de la flore australienne, dus à ses voyages et à ceux de ses devanciers et collaborateurs, ce lieu unique où ce peuple affairé de la Nouvelle-Hollande avait ses seules lettres de noblesse scien- tifique au milieu de la pierre, de l'or et de la vie active des squatters, n'est guère plus considéré maintement par le gouvernement de Victoria que comme un lieu de promenade et de récréation, comme un square banal, où la phytographie sera reléguée à l'ancien plan. Nous savons depuis long- temps la série des misères, grandes et petites, que des fonctionnaires genre Ayrton ont fait subir à ce vaillant et honnête M. de Millier, et nous n'avons qu'à nous indigner contre une administration mesquine qui n'a pas su gar- der les services de ce savant et l'honorer comme elle le devait. Nécrologie. — Nous avons malheureusement à signaler une trouée bien cruelle dans les rangs de l'horticulture et de la botanique. M. Barillet, ancien jardinier en chef de la ville de Paris, est mort à Vichy le 12 de ce mois. Il avait largement contribué par son énergie et sa vive intelligence à la création de ces beaux jardins de Paris, qui ont servi depuis de modèle à tant de grandes villes et répandu partout le goût de l'horticulture décorative. Nous avons eu l'honneur d'être pendant huit ans son collaborateur à la ville de Paris et de le suivre pas à pas dans le développement de ses travaux si variés. Nous entreprendrons dans un pro- chain article, de rendre un juste hommage à sa mémoire et de retracer le r(jle brillant qu'il a rempli dans l'art des jardins de notre temps. M. Barillet était âgé de 50 ans. Un botaniste italien, M. l'abbé Francesco Zantedeschi, dont les travaux sur l'influence des rayons colorés sur la végétation des plantes sont bien connus des botanistes, est mort récemment à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Ed. André, — 166 — PI. CXL-CXLI. DRAŒNA (CORmiINE) REALI, Ll^DE^ mmihe. ORAGONNIER DE RÉALI. ASPARAGINÉES. ÉTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES : Voir musft: liorlic, 18G0, t. VII, pi. 264. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES : D. Rvijimtm liabilu rcforens; fiilUt in corona ampla congesla; pelioli basi brevitcr invaginati, viridi-violasceiilcs pallide iiiarginati, intonsc violaceo regula- riter striali ; lamina ovato-oblonga ampla apice rotiiiiilala, patula, plana, slriis vcl maculis vivide rubris violaceisque supernc depiclis, et secunduni plantic a'tatem plus minus conspi- cuis; flores.... — Ex insulis Oreaiii australis moridian. iji Europani niissa, 1872. Dracsena (Corayliiie) Reali, Lindcn ul André ^Liudcn Calai. 187ô). Cette admirable plante, exposée par M. Linden au grand concours des Dracœna à Gand, en avril de la présente année, a été un des éléments décisifs de la victoire remportée par lui sur les collections rivales, et se présentait comme la plante principale du lot primé. On se souviendra longtemps encore de la sensation produite par cette exhibition de belle culture jusque là sans exemple pour le genre Dracœna. Le Dracœna Reali, originaire des îles de l'archipel du Sud, d'où il fut envoyé à M. Linden en 1872, est une plante qui rappelle par son port le D. Retjina, mais avec une forme plus trapue. Ses feuilles sont réunies en un bouquet coronant, vaste, et s'étalent horizontalement (au moins les adultes) d'une manière très régulière. Les pétioles sont brièvemenf'embrassants à la base, d'un vert violacé marginé de plus pâle, puis devenant violet foncé régulièrement strié. Le limbe de la feuille est ovale-oblong, large, à som- met arrondi, à surface plane, peinte de stries ou de macules d'un beau rouge-carmin et violet plus ou moins intense, selon l'âge de la plante, et mélangées de vert. Les fleurs ne se sont pas encore montrées, et il est pos- sible que cette plante ne soit qu'une variété, mais une splendide variété, de types déjà décrits. En décrivant cette superbe importation, à laquelle nous avons donné le nom du chevalier de Reali, de Trévise (Italie), amateur passionné des Draccena, nous avons la satisfaction d'annoncer, qu'un grand nombre d'autres variétés viennent d'être introduites cette année dans nos serres. La série des beaux Dragonniers est donc loin d'être épuisée, et nous pourrons encore entretenir nos lecteurs de nouveautés hors ligne. Ed. a. 14 2 ^■^«îft^flftr" e i^diirit.tib.ibr. ad naî.pinx m Hortc Liâa . r..\.T;\LV^:rV r-^- 3-^0? a ja:. — 167 — PI. CXLII. MASDEVALLIA LINDENI, éd. a., ... IIARRIANA. masdevallia de harry veitch. Orchidées. ÉTYMOLOGIE et CARACTÈRES GÉNÉRIQUES et SPÉCIFIQUES : Voir Hluslr. hortic, 1870, p. 226. CARACTÈRES DE LA VARIÉTÉ : omnia M. Lindeni, excepiis petalorum colore iuiensiore tuboque flavo (liaud niveo) lougiore. Masd. Harryana, Rchb. fil., in Gavdcn. Chron. 1871, p. 1421. Nous avons publié et figuré notre M. Lindeni en novembre 1870 dans l'Illustration horticole. L'année suivante parut dans le Gardeners Chronide le M. Harryana, que M. Reichenbach fils considérait comme une espèce nouvelle, assertion que n'a pas confirmé le docteur Hooker, qui a publié dans le Bolanical Maga- zine la plante de M. Reichenbach comme notre vrai 31. Lindeni, dont elle n'est qu'une variété. En effet, comme on le voit par la diagnose ci-dessus, le M. Harnjana ne se distingue du 31. Lindeni que par le tube des fleurs jaune, non blanc, plus allongé et par l'intensité plus grande du ton cramoisi des sépales. Les autres caractères, tels que la grandeur des fleurs, la hauteur des hampes, ne sont pas constants. On avait cru que ces plantes appartenaient toutes deux à l'ancien 31. coccinea, Linden, mais celui-ci, et plusieurs horticulteurs anglais qui ont vu fleurir les trois plantes ensemble, déclarent que le M. coccinea est une autre espèce. Le port du 31. L.Hamjana est vigoureux, élancé. Au pied des feuilles dres- sées, linéaires spatulées, épaisses, échancrées au sommet obtus, d'un beau vert foncé, sont insérées les hampes grêles, filiformes, verticales, pourvues de quelques bractées caulinaires membranacées invaginées, tronquées. Au sommet de ces hampes, qui acquièrent 40 à 50 cent, de hauteur, s'épanouis- sent de magnifiques fleurs du plus beau rouge cramoisi, à tube recourbé, jaune pâle à l'extérieur, à trois sépales, dont les deux latéraux sont défléchis étalés ovales, aigus convergents, à pointe filiforme, et le supé- rieur dressé, plus petit, très longuement atténué en pointe fermement éri- gée. Les organes intérieurs du périanthe ou pétales sont minuscules et n'ont d'intérêt que pour la description botanique. Le 31. L.Hamjana est dédié à M. Harry Veitch, l'un des fils de M. James Veitch, aujourd'hui à la tète de l'établissement horticole de Chelsea. C'est une superbe plante de serre froide, originaire de Bogota (Nouvelle- Grenade) , d'où elle a été envoyée en Angleterre en 1871. Ed. a. — 168 — PI. CXLIII. CYCNOCllES MVCLLATDl, imm. cycnoches taché. Orchidées. liTYMOLOGIE : de KiiKvo!, c.vgiio, de la forme de la colonne longuement recourbée en col de cygne. CARACTÈRES GKNÉRIQIIE.S : pcrigonii explanatl loliola extcriora lauceolaia, latoralia iul'ra lahellum subconnata, supremiini auguslius ; Interiora laliora, falcala, decurva. LabcUuni colunma^ conlinuum, liberum, lanccolatum, ocalcaratum, iiitegcrriniuni, ungue abrupto calloso. Columna clongata, areuata, tcics, apice clavala, clinaiidrio utiinquc l'alcato-.aui'iculato. Anlhora biloculaiis. PoUiiiia 2, poslicc sulcala, subpcdicellala , lauilicula llneari glandulx grossie alTixa. (Endlich. Gcn. PI. U18.) Cycnoches, Lindiey, Orchid, lii-i. CAIJACTKItES SPÉCIFIQUES : pseuilohnlhi oliloiigi, couico-cylindracci, reliculn albo Icnui lilltoro induli ; fnVia basi allonuala transvci'se uiiilineata, ovato-lanceolala acuta ; raccmus dclloxus, 5 (et ultra) llorus, pedicellis remolis rcclangulis 5 ccnlini. longis, apice rccurvalis lililormilais. bractois oblongis cucullatis , scpalti pelaluque subcontbrniia in;e(|uilatoraliler lanccolala unguiciilata pallido viridia purpureo-puiiclala; hihclhiin primo basi viridi-macula- tum compn'ssiim cylindracco-unguiculatum, niiix cucullatum vcl carinatuni, radiis 10-12 car- nosis liliformibus niveis elevatis, deiude in linguam v. laminani lanccolatam aculani albidani atropurpureo-apiculatam expansuiH; c/tjnoslcmiuin basi filiforme sicut cycni collem (undc iiomen) longe arcuatum, apice clavaluni; rustellum promiiicns galeatum; retinaculum gros- suni; cmidkula longe arcuata elastica licvi taclu velociter pollinia obovoidea supcrnc projiciens. — Crescit in Mexico, Columbia, Venezuela; anno 1871 in Lindeni caldariis introductum. Ed. A. Cycnoches maculatum, Lindley, Bot. Reg. XXVI, mise. 8 ; Sert. Orik. 53. — Rclib. (. Uuiipl., 11,9. — Walp., 0, 5U1. Voici assurément l'une des plus curieuses espèces de cette prodigieuse famille des Orchidées. Elle a été d'abord découverte par M. Linden dans le Mexique, puis dans la Nouvelle-Grenade et le Venezuela. De la base d'un p.seudobulbe oblong, vert, entouré d'un réseau blanc léger à mailles rompues et surmonté de feuilles ovales lancéolées atténuées à la base, naît une hampe défléchie qui porte 5 ou 6 fleurs (ou plus) supportées par des pédicelles à angle droit. Chacune de ces fleurs ressemble à un insecte fantastique. Elle est d'abord retournée à l'envers et présente la base de son labelle en haut. Ses pétales et ses sépales, ovales concaves, sont d'un vert pâle ponctué de pourpre, peu brillants, mais étranges. Le labelle, d'abord rétréci, onguiculé, devient naviculaire et est orné d'une crête médiane de rayons filiformes charnus, blanc pur, tandis que la partie inférieure (tou- jours tournée vers le ciel) forme u!;e languette blanche aussi avec une pointe pourpre-noir. Mais l'excès d'étrangeté réside dans la colonne ou gynostème. Ce n'est i43 ■T ■' > v